Du ai. Novembre 1666 (Robinet
Auquel depuis un si long-temps Aspirent leurs Souhais ardans , Et Ton doit , dans ces occurrances , Prendre toutes ses asseurances.
55 La belle Madame Portail , En suite d'un heureux Travail , A produit avec grand courage Son Chef-d'œuvre de Mariage , Un Infant composé d'appas
60 Comme elle , qui n'en manque pas , Remplissant ainsi d'alaigresse L'heureux Autheur de sa Grossesse, Qui void, par ce premier beau Fruit, De ses Caresses le profit ,
65 Et que l'Amour qui son cœur flate Ne semé pas en Terre ingrate.
Aux Yeux de toute nostre Cour , Ce Poupon receut, l'autre jour, La seconde Vie au Baptême ,
70 Certe , avec une gloire extrême.
Louis , I'Honneur des Souverains , Sur les Fonts lui presta ses Mains , Qui dispensent & Paix & Guerre A son gré par toute la Terre ,
75 Et l'honora de son grand Nom , En tous Lieux d'éclatant Renom.
Vous le sçavez , Royale Altesse A qui mes Epistres j'adresse , Car aux belles Mains de Louis
80 Les vôtres , plus blanches que Lys, Se joignirent dans ce Mystère , En la qualité de Commère :
Et même il mêla , ce dit-on , Vôtre Nom avecque son Nom.
85 Apres quoy, non à l'avanture , Mais de certitude j'augure Mille Biens pour ce cher Enfant Dés son Berceau si triomphant.
Mais c'est à Madame sa Mère
90 Qu'il doit un Destin si prospère Et , pour faire plus clairement , A nos Lecteurs sçavoir comment Je n'ay rien que deux mots à dire , Qui sans doute peuvent suffire.
95 Cette Dame , qui beaucoup vaut , Est l'aimable de Chemerault, Qui fut Fille d'HoNNEUR , & chère A la Défunte Reyne Mère.
Défunte , helas I en le disant , 100 Je tombe en un ennuy cuisant ; De douleur mon cœur en soupire.
Ah ! quel Mal-heur pour cet Empire!
Ici je ne puis oublier, Mais je doi vraiment publier
105 Que la Maréchale excellente , Qui parêt si digne Régente De nôtre Dauphin glorieux , Par un sentiment tres-précieux , Avoit aussi , l'autre Semaine ,
1 10 Fait la Fonction de Maraine Avecque son Papa charmant , Ce que j'ay sceu présentement Et sans nule autre circonstance , Que je passe ainsi sous silence.
Maréchal* 4a !■ Moto
1 15 Nous avons avec gayeté ,
Enfin, vu dans nostre Cité
La Troupe des Chrétiens-Esclaves ,
N'aguéres tirez des Entraves ,
Tant dans Algier que dans Thunis , 1 90 Par nos Pères cent fois bénis ,
Nos Reugieux-Trinitaires ,
Avec les Sommes nécessaires.
Samedy , ces Libres-Captifs ,
De différons Pays Natifs , 125 Arrivèrent en cette Ville
Et furent , de façon civille ,
Tous rendre hommage au Général Jj^j,
Qui porte un Bonnet Doctoral.
Ils n avoient lors, au lieu de Chaînes, 130 Qui faisoyent leurs honteuses peines,
Que de mignards Liens dorez
Desquels ils n'étoient que parez
Et que tenoient de petits Anges ,
Dignes d'amour & de louanges 135 Pour leur grâce & pour leur beauté,
Et tous Enfans de Qualité Quatre Pérès , ires-honorables ,
Ayans des barbes vénérables ,
Comme les quatre Rédempteurs , i4oEtoient aussi les Conducteurs,
Portans pour marque de leur Gloire
Les Symboles de la Victoire. d«p*im*s
En cet ordre , le Lendemain .
Par tout suivis sur le Chemin , 145 Ils furent en une Paroisse
Des plus grandes que l'on conoisse ,
Et dont le Patron , non succint , • A la Chasse devint grand Saint ,
Puis aux Mathurins retournèrent , 150 Où pleinement ils festinérent.
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Mais • pour n'oublier rien du tout Et mettre le meilleur au bout ,- Illec pour Eux se fit la .Quête Par une charmante Nanmbttb , 155 Riche en appas, biens & vertus, Et qui n'a que seize ans au plus.
Jugez si telle Damoiselle Demeurera long-temps Pucelle.
Un furieux & maudit Fou ,
160 Ou bien détestable Filou »
Car je ne sçai sous lequel titre Je doi parler de ce Bélître , Les uns disans qu'en vérité Il avoit l'esprit tres-gâté ;
165 Quoy qu'il en soit, ce méchant Hère, Ayant esté des Contes faire Dans une assez bonne Maison , Sans suite , rime ni raison , Bref, tissus de telle manière ,
170 Qu'il fut pris pour Visionnaire Par un bel Esprit mémement , Vint au Louvre dans le moment Et , pour dire l'Histoire en somme , Y trouvant seul un honeste Homme,
175 Qui s'appeloit I'Abbé Bruneau , De Bayonnéte ou de Couteau Le massacra dans sa Demeure.
Il en fut payé dessus l'heure Par certain coup de Mousqueton,
180 Qui le fit tomber mort , dit-on , Du faiste de cet Edifice ; Mais, sans doute, un autre Supplice Auroit son Forfait expié Et vif il eut esté roué.
185 Mais , puisqu'ainsi la Providance En dispose par sa puissance , Laissons- la faire & poursuivons Ce que d'autre part nous sçavons.