o Que son air noble & gracieux
Une certaine Damoiselle , Aussi tres-passablement belle , Ne l'eutpas lorgné bien long-temps Qu'un Trouble se glisse en ses sens
205 Et l'émeut d'une telle sorte
Qu'à l'instant,demandant main-forte A tous ceux qui se trouvoyent là :
c Ah ! » s'écne-t'elle , € te voila , » S'élançant vers le Gentil-homme ,
210 Qu'Artemidor ici je nomme ; « Te voila donc , perfide Amant , » Et le Ciel , touché justement » De l'injure que tu m'a faite , » Aujourd'hui son secours me prête,
215 » Toffrant à ma rencontre Ici , » Afin que sans nulle merci
» Je perce ton cœur infidelle »
Parlant ainsi , la Damoiselle Fait briller un Fer meurtrier,
220 Duquel , dans son courroux aider, Elle alloit , en félonne Parque , Le précipiter dans la Barque Où le vieux Pilote Caron Nous fait traverser I'Acherow ,
225 Sans qu'à l'instant la Compagnie S'oppose à sa fiére manie.
Mais le jeune Hermite entre tous, Fort interdit de ce courroux , Arrête le premier la Dame
230 Et lui fait serment sur son ame Que cet Artemidor n'est point Celui qui l'irrite à ce Point; Qu'elle s'atache à l'apparence.
Qu'il faut que quelque ressemblance
233 Abuse fortement ses yeux , Et lui dit de l'observer mieux.
Le beau Cadet , peu hardi mile , Etant tout défait & tout pâle, Lui confirmé , rempli d'efroy,
240 Qu'elle doit une entière foj A ce que lui dit cet Hermite, Qui fait des mieux la chate mite Et le bon Père illuminé , Dequoi chacun est étonné.
24$ Mais , de l'Amante courroucée La grand'fureur étant passée , Le Coche poursuit son chemin , Et , cependant l'on fait qu'enfin Elle raconte son Histoire