‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 133 sur 257 · Du 25. Novembre 1666 (Subugny · texte numérisé non relu

Du 25. Novembre 1666 (Subugny

Mais revenons à nos moutons.

Je ne seray donc plus si maigre ny si mince , Et peut-estre alors , mon beau Prince Vostre Muse aura des tétons.

Nous dismes fort peu de Nouvelles , S'il m'en souvient • Jeudv passé , Mais aussi je fus traverse D'avantures je ne sçay quelles , Qui fatiguent jusqu'à l'excez Quiconque songe à des procez.

Disons-en cette fois de belles Pour reparer ce deffaut là :

J'ay tout ce qu'il faut pour cela , Jusqu'aux Nouveautez de Ruelles.

Enfin Monsieur de Carcavy A donc les Médailles en garde ?

Hé bien , Prince , j'en suis ravy.

Qu'à jamais le bon Dieu le garde Du sort étrange & bien nouveau Du mal-heureux Abbé Brunbao!

Je manquay bien • je vous l'avoue ,

Quand je vous dis que cet Abbé

Avoit , l'autre jour, succombé Sous trois voleurs , dont l'un seroit mis sur la roue. Un meurtrier tout seul , que mesme on croyoit fou ,

Pour le moins , autant que filou ,

Fit ce massacre épouvantable ,

Et j'allois pour vous en conter

L'histoire toute véritable Quand un petit Barbon me la vint contester. « Ils estoient trois », dit-il ; € j'en viens de von moy-m esme

» Un qu'on a pris ; l'autre est sauvé » Et l'autre , s'£chappant d'une vitesse extrême , » De trois coups de Mousquet est chû sur le pavé. »

« C'est donc la vérité , » luy dis-je ?

« Oui s , répondit-il , « tout de bon. » Or jugez si l'erreur est un si grand prodige ,

Et qui ne croiroit un Barbon ?

Je n'en croiray plus que moy-mesme, Changeons cependant d entretien.

On dit que I'Anglois ne vaut rien , Qu'il est plein d'un orgueil extrême , Et que son extrême fierté

34 A On me pourra voir des tétons.

39 A jusques à l'excez.

40 A Toujours quiconque a des procez. 45 A Dt Calcavt.

58 A Et j'allois ainsi vous conter.

72 A Qu'il est tousjours fier à l'extrême

73 A cette extrême.

499 194- ~ ^ *'• Novembre 1666 (Subligny). 5oo

Hors de Londre v en un mot, ne veut pas de traité. 75 v A vostre avis , Dauphin , n'est-ce pas bien répondre

Et s'expliquer sur un tel point?

C'est à dire qu'il n'en veut point , Car qu'il nous dise un peu dans quel endroit est Londrb.

Cela portera les Estats 80 A faire enfin si bonne guerre

Que les Fiers-à-bras d' Angleterre Voudront faire la paix auand on ne voudra pas. Pour le Printemps prochain tout le monde s'appreste A combattre plus que jamais 85 Et , quand on aura fait des frais ,

En vain ils chercheront quelque prétexte honneste A détourner le coup qui les menacera On leur dira : « Messieurs , vous avez fait la beste ; * Le Loup , Messieurs , vous mangera. » *

w Quelqu'un m'est vrayment venu dire ,

Que le grand nombre de Vaisseaux Que les Estats mettront au Printemps sur les Eaux Ne les devra point faire rire.

On assure , Dauphin charmant , 95 Qu'Us auront sur cet Elément

Prés de cent soixante Navires ; Que nous aurons aussi bien qu'eux , Sous des Chefs des plus belliqueux , Des Vaisseaux suffisans à gagner des Empires ; 100 Et , que pour avoir plus d'une corde à son Arc ,

Une Flotte s'appreste encore en Dannemarc. Hé ! que I'Anglois pense-t'il estre Qu'il croit vaincre tant d'ennemis . Et qu'il jure , dit-on , d'envoyer encor paistre 105 Et la Hollande & ses amis?

Il l'entend peut-estre de mesme Que l'entendoit hier un bouffon Qui , raillant plaisamment de cet orgueil extrême : « Vive Dieu 1 * disoit-il , «r le secret en est bon. » no Le rusé , par cette superbe ,

Sçait qu'attirant les Hollandois Où Londres estoit autresfois , Ils n'y trouveront que de l'herbe.

Le bruit court que le Parlement 115 De sa Majesté Britanique

Fait deffence aux Anglois , par Arrest authentique , D'imiter nostre habillement.

Cet Arrest fait bien pour nous autres :

90 A Je me suit vrayment laissé dire. |j îoa A B C penee-H.

94 A Comment ? on dit, Dauphih charmant.

Soi 194, — Ou 25. Novembre 1666 (SubugnyV Sm

Il m'estoit tousjours bien fascheux 70 Que des Messieurs bastis comme eux

Pussent estre pris pour les Nostres.

Il s'y fait cncor du Can-Can

Entre le Duc de Bouquinkan

Et certains Cours galant homme 125 Qui Comte d'OsssRY se nomme.

Ce Comte au Duc a fait appel ;

L'autre a refusé le Cartel

Et , comme Ton feroit en France Depuis qu'on y deffend ce sot ferratllement, 130 En a fait plainte au Parlement ,

Qui , dit-on , en prend connoissance.

Bien des gens , aimans le defly.

Du Duc Bouquinkan disent fy.

Et pensent qu'il n'a point force esprit dans la teste ; 135 Mais ces gens , Monseigneur , ont tres»mal rencontré :

Le refus d'aller sur le pré

Marque plutost qu'il n est pas béate.

• Pendant que nous parlons d'AHGLOis , Il faut , Prince , que je vous die 140 Tout ce que j'en sçais à la fois.

On dit qu'ils ont , par perfidie , Fait une grande invasion Sur les Espagnols d'Amérique Et pris avec leurs biens leur habitation. 145 Ce coup-là , Monseigneur , dément bien la rubrique

Qui faisoit déjà croire à tous Qu'ils dévoient se liguer ensemble contre nous. Il est vray que I'Anglois est un Diable en intrigue 9 Qui soutient , d'un front sans égal , 150 Qu'il n'a point signé cette ligue

Parce qu'il ne veut point quitter le Portugal. Voyez la trahison & la malice extrême De dire qu'il a refusé Ce qu'il leur demandoit luy-mesme !

155 Le Monde est , parbleu v bien rusé !

Le General De Caracbne A fait un tour aux Portugais , Dont les Espagnols sont bien gais.

Il en tua huit cens , dit-on , dans une plaine , 160 Outre quinze cens prisonniers

Qu'il emmena ces jours derniers.

Ce Caracenb là n'entend point raillerie Et l'on dit qu'il a pris , par ces efforts puissans ,

134 A Et croyent qu'il n'a pat.

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Le grand Maistre d'Artillerie, 165 Qui vaut encore quinze cens.

Si I'Esfagnb a ce bien , on ne luy doit pas plaindre ; Elle souffre d'ailleurs un assez rude échec * La peste met Madrid à sec Et ae toutes parts s'y fiait craindre.

170 Elle n'épargne point de rang ,

Frappant les Grands comme le reste , Et aéja sa force est funeste A la Marquise d'Almancan.

Quelles cruelles destinées !

175 Elle n'avoit que quinze années ,

Et le Comte de Palme , à qui ces tristes cous Causent une douleur cruelle, Estoit promis à cette belle Pour en estre l'heureux Espouz.

180 Un Marquis , aussi , des plus dignes ,

Qu'on appelle De Guevara , Et Gendre du Prince de Lignes , S'il n'est déjà mort , en mourra.

Quelles grâces , Dauphin , ne devons-nous pas rendre 185 Au Ciel qui , jusqu'icy , nous en a sceu deftendre*?

Cette peste est chez les Anglois v Elle est dans I'Itaue , elle est dans I'Allemagne , Elle règne en Turquie , en Flandre & dans l'Espagne , Et tout visiblement respecte les François.

190 J'ay toutefois au Ciel à faire encor plainte

Du mal dont le Duc de Valois

Sent tousjours la cruelle atteinte :

Six dents luy percent à la fois.

La mort frappe une Créature 195 Parce que souvent la Nature

Est par trop lente en sa faveur;

Mais , loin d'avoir esté trop lente , Si ce Prince mouroit de fièvre ou de douleur, Ce serait qu'elle auroit esté trop diligente.

200 Monsieur de Bellefons s'en va

Pour croiser le Canal avec Monsieur du Quesne

Et pour se préparer, dit-on , un Caneva

De ce ou'il prétend faire en la saison prochaine.

le tiens bien des Anglois à fonds 205 S'ils en rencontrent le Navire ,

Car c'est un admirable Sire

Que ce Marquis de Bellefons.

Il s'est déjà défait de tout son équipage Qui ne luy peut servir dans cet employ Naval ;

171 A Frappe. I 195^ Faute que.

l68 BC MADftiC I

5o5 194. — Du a5. Novembre 1666 (Subuokt). 5o6

210 Mais avezr-vous veu le Cheval •

Que son affection donne à son Rov pour cage?

On dit qu'il n'est rien de mieux pns ,

Que c'est un Animal sans pris

Et que , si quelqu'un le méprise , ai 5 C'est qu'il est luy-mesme un cheval

Et qu'il enrage que l'on prise

Les qualitez de son égal.

S'il plaist à Dieu , nostre Commerce , Que I'Anglois voit avec douleur s** Sera libre par sa valeur ;

Nos Vaisseaux n'auront plus personne à la traverse Et jusques dans Cayenne on se rendra d'icy, Comme d'icy mesme à Poissi.

A propos de I'Isle Caybhne , 99) Monsieur de la Barre en a fait

Un petit Livre fort parfait.

[Description de la Piano» BqnlnoilaVt, oy-dtvaat appeMs Ouytnae et, par

les Espagnols, El Doredo, nouTeUemeot ramlM sons roMaveaee du Roy ; par le Sleor te Febvre de ta Barre, son Lieutenant général dans ot Pale. A HH», Càea Hem BOou, 16W. In-I.)

Je ne m'estonne plus qu'il l'aime et qu'il s'y tienne ; Il seroit à soy-mesme extrêmement cruel

De n'aymer pas une contrée J|0 Où règne le long de l'année

Un beau Printemps perpétuel.

Mon beau Prince , achetons ce Livre :

Ribou le vend dans le Palais , Et, comme son Autheur se pique fort d'y suivre a35 Une Relation plus pure que jamais ,

Nous auront le plaisir d'y lire De quel air De la Barre aggrandit nostre Empire.

Le Messie des Ottomans S'est fait Turc pour toute sa vie , uo Moyennant tous les jours vingt francs :

Ah 1 bon Dieu ! le plaisant Messie !

Je sçais encor des Nouveautez Qu'on m'apporte de tous costez , Dont ma lettre seroit galante ; a45 Mais , tousjours , mon papier finit

Quand j'en veux faire le aebit.

Adieu , je suis vostre Servante.

de SUBLIGNY.

A Përii , Cher Alexandre Lesselm , au coin de h rue Dauphine devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy,

210 veu ». dans BC. La signature de t auteur et l'adresse du libraire ne

il$A plus vraye. se trouvent que dans A. — BC placent ici la date

(celle du 21 et non celle du 25 novembre).

(A La Muse de Cour 1666 (voy. tome 1 , col. 909) , pp. 213-220. B La Muse Dauphine 1667 — 242-251.

C La Mute Dauphine 1668 — 242-251.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Pak Chaiim ROBINET.]

Du 28. Novembre 1666.

Moderne & réelle Minerve , Qui de la fabuleuse & l'ancienne Pallia , Soit de Corps ou d'Esprit , éfacez les Appas , Je vais sonder pour voua ma poétique Verve.

C'est derechef le Jour où , par un sort bien doux , Je retaille ma Plume & compose pour Vous, Sans avoir autre But que celui de vous plaire.

C'est beaucoup entreprendre, après ce que j'ay dit Et je suis un vrai Téméraire , Mais vous êtes pour mon Ecrit Une Minerve débonnaire.

Il est , je croi , de mon devoir De faire à mes Lecteurs sçavoir Que vos deux Altesses Royales ,

15 Qui nule part n'ont leurs égales , Ont quelques jours laissé la Cour Et fiait à Paris leur Séjour Pour veiller, selon l'importance , A la chère Convalescence

ao De Monsieur le Duc de Valois , Que de trop tyranniques Loix Menaçovent ae la Sépulture Contre l'ordre de la Nature , Qui ne fait que de mettre au Jour •

35 Ce beau Lvs si digne d'amour, Et dessus qui toute la Francs Fonde une si haute espérance.

Mais le grand Destin de nos Fleurs A la fin dissipe nos peurs

30 Et veut , en calmant cet Orage , Convertir tout en bon Présage , Si que ce beau Prince , à deux ans , Ayant jusqu'à vingt & deux dents , Nous marque par cette Avanture

35 Sa force & sa vigueur future.

Pour rendre compte rie à rie , Comme je le dois au Public (Que le bon Dieu garde du Fronde), Ajoutons que le Roy son Oncle

40 VTnst pour le voir, Dimanche, exprés Dedans vôtre Royal-Palais, Et puis que ce charmant Monarque, Qui conduit si bien nôtre Barque , Fut voir la belle d'ARMAONAC

45 Qui , s'ébatant au doux Trie-Trac Avecque son aimable Comte, A d'un beau Fils accreu le compte De ceux qu'elle a ci-devant faits , Qui sont autant d'Amours parfaits.

50 Tout d'une traite je dois dire Que, Jeudy, pour tant soit peu rire.

Puis que le Duc se portoit mieux , Nôtre Mysantrope amoureux , Dont Molière est l'Autheur habile ,

55 Parut dans vôtre Domicilie , Où sa Troupe , qui nous ravit , Fit miracle , à ce qu'on m'a dit.

Mais passons à d'autres Nouvelles ,

Soç

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