‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 140 sur 257 · Du 9. Décembre 1666 (Stmuomr · texte numérisé non relu

Du 9. Décembre 1666 (Stmuomr

Des femmes de la Juifrerie Qui , comriae il n'estoit pas de mine à faire peur, Qu'il avoit de l'esprit & de belles parties ,

Luy voulurent faire l'honneur De croire qu'il estoit l'homme des Prophéties.

Il ne fut étourdy ny fou :

11 n'avoit ny maille ny sou

Et , profitant de leur sottise ,

Il courut ainsi le païs ,

Trouvant par tout la table mise

Aux dépens des Juifs ses amis.

"Quand le Grand-Seigneur l'eut fait prendre Et au'il l'eut menacé de l'empaler tout vif , Au Diable s'il voulut estre encor un Roy Juif I

Il sceut , pour lors , bien s'en detfendre

Et c'est icy le plus plaisant

Mais pardonnez-moy, cher Amant, Si je n'achevé pas présentement l'Histoire.

Un coup de foudre inopiné , Qui vient de me fraper quand je ne l'osais croire ,

Rend mon pauvre esprit estonné

Et suspend toute ma mémoire.

Fiez-vous à l'injuste sort ,

Après ce que je viens de mettre

Au commencement de ma Lettre I

Le Beau Duc db Valois est mort ,

Malgré les belles apparences

Qui remplissoient ♦ hier au soir.

Tous ceux qui furent pour le voir

De cent flateuses espérances;

Et , malgré le bruit qui courut •

Hier au soir mesmes il mourut.

Helas! quelles rudes allarmes

Pour le beau Couple infortuné

Dont ce petit Prince estoit né !

Combien versera-t'il de larmes ?

Ce que le monde avoit de dous

Et de plus charmant après vous

Et ce qu'avoit fait la Nature

De plus illustre & de plus beau

A pery dans cette avanture

Et s'enferme dans le tombeau I Le Rot vient d'arriver pour consoler son Frère :

Je ne sçay s'il le pourra faire ,

Car on dit que Madame & Lut

Sont accablez de leur ennuy.

Cependant , pardonnez à mes inquiétudes ,

Si , disant tout ce que j'ay dit , ~ Je vous ay pu Caire un récit

Qui vous porte des coups trop rudes.

Moy-mesme, en un si grand mal-heur,

543 198. — Du 9. Décembre 1666 (Subuomy). 546

Je succombe sous la douleur.

Adieu , Prince ; si j'en suis creue , 350 On ne nommera plus les Neveux de nos Rots

Du funeste Nom de Valois , Puisqu'il semble aujourd'hui qu'un pareil nom les tue. Nous n'avons encor eu que deux Ducs de ce Nom ,

Depuis que le sang de Bourbon 955 Sur le Trône des Lys est plus craint qu'un tonnerre ,

Et tous les deux n'ont fait que passer sur la terre. Que mes avis , Seigneur , ne soient point superflus ,

Et que Ton ne s'en serve plus !

dr SUBLIGNY.

A Parit, Cher Alexandre Leuelin , au cein de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège

950 È C Oa ne me nommera plut. | 957 A pat.

U ugnature de fauteur et l'adresse dm libraire ne u trouvent que dam A. — BC placent ici U date,

(A La Mute de Cour 1666 (vey. tome I , col. 909), pp. 939-336. B La Mute Dauphine 1667 — 969*171 .

C U Mute Dauphine 166S — 969-971.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par CnAKi.it ROBINET.]

Du 12. Décembre 1666.

Clion , pour aujourd'huy laisse en paix son Altesse ; . Que luy pourrois-tu dire en sa sombre tristesse ? La Nature & le Ciel tous seuls , en ce moment , Peuvent l'entretenir avec quelque agrément : L'une par des Soupirs dans son cœur la soulage , En dissipant ainsi la douleur qui l'outrage , Et l'autre , en luy montrant que cet aimable Enfant Qu'il luy vient d'enlever est chez luy triomfant , Et luy jurant aussi par ses Astres propices

iw Que , si de son Hymen il a pris ces Prémices ,

U les réparera par plus d'un autre Fils Que l'on verra vieillir sur la Tyge des Lys. %

Laissons donc avec eux l'Illustre Désolée , Qui ne peut que par eux estre bien consolée ,

1 > Et, cependant , Salut au bien-veillant Lecteur ;

Je l'apostrophe seul en ce cuisant mal-heur. Et pour luy seul je fais d'abord , en cette Epistre , De ce Lys trépassé le lugubre Chapitre.

l99- — Du l2- Décembre 1666 (Robinet).

Son Mal ayant changé de cours ,

ao On avoit crû que ses beaux Jours N'en recevroyent aucune atteinte , Et , de cette façon , la Crainte Fit quelque temps place à l'Espoir.

Mais, las 1 on se veid décevoir,

25 Car, en suite , une maie Fièvre , Faisant plus que jamais la mièvre Dedans ce jeune Sang Royal , Le menaça du Coup fatal Dont Berger & Monarque tombe

30 Egalement dessous la Tombe.

Alors on luy fit promptement Donner le premier Sacrement, Où tout Enfant se régénère Et par un céleste Mystère

35 Devient , d'Infidèle & Payen , Un Enfant du Ciel , un Chrétien.

tgSïïo1!0 L'Illustre Evesqub de Valance , L'un des Sages Prélats de France , Fit cette Sainte Fonction

40 Avec beaucoup d'attention.

Le Rot Breton & nôtre Reyne Etoient les Parain & Maraine : , L'un pour son grand éloignement , Représenté tres-dignement

45 Par Monsieur le Duc (c'est tout dire), Qui , prenant du susait cher Sire Et de Monsieur le double Nom , En fit une noble Union Dans le beau Poupon dont je parle ,

50 Ainsi nommé Philippe-Charle.

L'auguste Souveraine d'Eu , Qui n'est qu'Esprit, qui n'est que L'Amazone Mademoiselle , [Feu , Qui fait voir tant d'Appas en elle

55 Avec son air majestueux ^ Représentoit aussi des mieux Nôtre adorable Souveraine , Cette belle & charmante Reyne ^StT6 N'ayant pu quiter son Château , stint Ger- De peur d'exposer le Joyau L^ene Qui . sur la fin de sa Grossesse , ■ffcfccSt Nous doit tous combler d'alaigresse. à Pari» Son digne Epous, ce grand Héros, Qui mérite un éternel Los ,

65 La REYNE-MERE d'ANGLETERRB ,

Qu'on prise par toute la Terre , ' Mademoiselle d'ALENçoN , Qui n'a rien que de bel & bon , Et tous les Princes & Princesses 70 Dont j'honore fort les Altesses , Etoyent à la Solennité ,

Certe avec une infinité D'autrecharmant&ttes-beauMonde, En quoy la Cour de France abonde

75 Plus qu'autre Cour de l'Uniyers ; Et, parmi ces Objets divers , Brilloyent maints vrais Anges visibles Lesquels, par leurs Appas sensibles, Font Ici-bas des Bien-heureux ,

80 Ainsi au'on en fait dans les Cieux. Un d'Eux en acceptant ma Lettre:

« C'est là que je m'en vais la mettre, » Me dit sa Bouche tout de Feu , Et ce La vraiment est un Lieu

85 Où 1' Amour des mieux fait son Orge, Car c'est une divine Gorge Que composent les plus francs Lys Que jamais de mes yeux je veis.

Mais fermons cette Parentése

90 Et retournons à nôtre Thèse , Je veux dire au triste Sujet Qui des présens Vers est l'Objet.

Trois jours donc après ce Batême, Qui fut son Onction extrême ,

95 Ledit Duc de Valois , selon Le Sort des Princes de ce Nom , A peine ayant receu la Vie , Se la veid en bouton ravie.

Mercredy, ce fatal Malheur

100 Remplit sa Maison de douleur Et tous ceux mêmes de la Ville Qui furent dans son Domicile Le voir exposé sur son Lit , Où , pour sa Beauté , l'on eust dit

105 Que c'estoit le Fils de Cithére Qui fermoit ainsi la Paupière , Pour goûter un peu le repos Apres ses amoureux Travaux.

Avec une Pompe célèbre , 1 10 Mais toutesfois Pompe funèbre , Il fut, le jour d'hier, au soir.

Conduit dans le sombre Manoir Où la plus cruelle des Parques Reçoit les Corps de nos Monarques 1 15 Et termine, en tres-peu de temps, Leurs Régnes les plus éclatans.

A S. Danys

Ahl ce Penser glace ma Muse Comme l'Aspect d'une Méduse I

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