‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 167 sur 257 · V. SEMAINE · texte numérisé non relu

V. SEMAINE

Du Jeudy 10. Mars 1667.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Si quelqu'un à la Cour ne croit point aux Espris Et se moccjue en son cœur d'aventure pareille , Petit Mary, je vous conseille De nous l'envoyer à Paris.

s Monsieur Fouquet Croissy, qu'une longue disgrâce

A deû faire connoistre assez, à mon avis, L'autre jour, en disnant, tomba mort sur la place , Et depuis ce temps-là revient voir ses amis. On va prendre pour une pièce 10 Faite en faveur des curieux

Ce récit des plus sérieux ; Madame de Vasse v sa Nièce , Et Monsieur l'Abbé Catinal , A qui la chose est arrivée , «3 Sçavent pourtant si je dis mal

Et si c'est fable controuvée.

Cet Abbé , des premiers , le vit , Dans son jardin , prés de la porte, Jusques-là que l'histoire porte a* Qu'il avoit encor mesme habit ,

Mesme posture , mesme esprit , Chapeau fort enfoncé , beau grand point de Venize ; Pour sa Nièce , qu'on tient une aimable Marquise , Il la visita dans son lit , 25 Et c'est dont on se formalise ,

Et peut-estre dont on mesdit ; Mais moy, mon cher Dauphin , loin que j'en subtilise v

7i3 218. — Du 10. Mars 1667 (Sobugnt). 714

C'est ce qui met chez moy la Nouvelle au crédit. Je connoy sa vertu profonde ; y> Ce n'est point un de ses talens

De recevoir au lit de semblables Galans v

S'ils n'estoient point de l'autre monde.

Je ne sçay presque rien & suis dans l'embarras Si les Nouvelles ne m 'arrivent , *5 Et tous les Jeudis s'entre-suivent ,

Mais ne s'entre-ressemblent pas.

Monsieur Bontemps , Seigneur , depuis son mariage , A-t'il osé paroistre avec les Courtisans ? u

Il a pris pour sa femme un enfant de treize ans : lM ** ****

40 Dites-moy ce qu'on fait d'un tendron de cet âge ?

Si j'osois , je prierois le Roy D'observer par plaisir un peu cet aimable homme , La nuit qu il l'aura fait revenir prés de soy ; Il verroit que , bien loin de dormir un court somme , 43 Ainsi qu'il faisoit chaaue nuit

En couchant au pied de son lit , Assoupy jusqu'au fond de l'ame Par le charme du Dieu Nabot Et grâce aux treize ans de sa femme , 90 II dormiroit comme un sabot.

Il n'en faudrait pourtant rien dire , Car, de l'air qu'il aime son Roy, Les treize ans pourraient bien , ma foy, N'en avoir pas trop de quoy rire , 55 Et , pour qu'on ne crût point une seconde fois

Que son soin une nuit pût estre moins fidelle , Au grand malheur, Dauphin , d'une Epouse si belle , Il en iroit dormir , contre toutes les lois , Peut estre quarante auprès d'elle.

6° Ce fut Samedy, Monseigneur ,

Que se fit la Cérémonie Qui de ces deux Epoux causa tout le bonheur ; J'y vis une charmante & leste Compagnie , Et la chère y fut grande , au moins autant qu'on peut 65 Dans un maigre temps de Carême ,

Où, quand on est Chrestien , fust-on Monarque même ,

On ne fait pas tout ce qu'on veut :

Grand potage , mets délectable ,

Grands ragoûts de beaux grands poissons , 70 Accomodez en cent façons ,

Bon feu , bon vin , bon fruit ; Monsieur Colbert à Table , Une grande Blondine avecque mille attrais , Qui peut-estre y tuoit de grands Blonmns bien-fais ; D'autres Beautez encor, dont l'une . au teint d'albâtre ,

71 5 n8. — Du 10. Mars 1667 (Subughy). 716

75 Pissant une ou deux fois devant Monsieur Colbbrt,

Le baisa mignardement quatre ; L'Atilla de Corneille , autre Pièce & Concert,

Thuorbes, Violions, Violles,

Et jusques à Monsieur Lambert, 80 Qui pensa sur la fin y chanter ces parolles :

Qu'on deshabile nos Epoux , Qu'ils goustent ce qu'ont de plus doux Les plaisirs innocens d'une amour toute puhe. Allons, allons , l'Espouse attent.

85 o quatre fois l heureuse enfant !

Elle a Bon-temps , Dieu veuille qu'il luy dure !

Si de bons mots encor qu'on dit en ce lieu-là , Quand en effet on les deshabilla , Fontvce que l'on appelle une agréable (este , 90 Jamais rien ne fut plus honneste.

Je vous ay parlé d' Attila Qu'on représente chez Molière ; Quand voulez-vous venir voir là La Grange , Hubert, là Torilliere , 95 Du Croisy, du Parc & Bejart ,

Et la jeune Mouere mesme , Représenter ce grand Poëme Avec toute la force & l'art Dont on crût jusqu'icy capable 100 Le seul Hostel inimitable ?

On a tort de dire en tous lieux Que ce n'est point leur fait aue le jeu sérieux. Mais venons à TAutheur, l'Illustre de Corneille ; C'est tousjours luy pour les beaux Vers 105 Et pour la force sans pareille

De ses Caractères divers.

La pompe , le beau tour , la science profonde Accompagnent tousjours les sentimens qu'il a , Et rien ne me déplut, à son grand Attila , 1 10 Qu'en ce que j'y vis trop de monde.

On dit que des railleurs qui font les Esprits fins

Trouvèrent beaucoup à redire Q'un Héros y parust croire tant aux Devins ; A ces gens là , mon Prince , il leur faut faire dire 1 j* Le dernier incident du Roy

Et du fidelle de Louvoy , Et peut-estre , sur cette histoire , Ils ne feront point tant difficulté d'y croire.

Le Marquis de Louvoy , dit-on , 120 A voit mis chevaux & bagage

717 *»8. — Du 10. Mars 1667 (Subligny). 718

Au Village de Montesson ,

De Saint-Germain le voisinage ;

Le Roy, s'estant mis , sur le soir,

Pour un moment à la fenestre , 135 D'où vers Montesson même il vit le feu paroistre :

« Ah ! Monsieur de Louvoy, » cria-t'il , «r venez voir ,

» Venez vistement , je vous prie ; » Voila tous vos chevaux brûlez dans l'Escurie. »

Le Marquis , qui ne croyoit point > 30 Qu'il fut devin jusqu'à ce point :

« Ouy, » répondit-il , « Sire , » & , n'en faisant que rire , « J'ay peur , » ajouta-t'il , € qu'avec peu de raison ,

» Il ne m' arrive chose pire » Et qu'il ne faille encor en payer la maison. * >35 Cependant il n'estoit rien' de plus véritable ;

De quatorze chevaux à peindre & tres-adroits ,

On n'en a pu sauver que trois

De ce désordre épouventable.

Demandez maintenant aux critiques malins 140 S'il ne faut point croire aux devins.

Moy-mesme ils me mordront peut-estre Et me vont accuser de galimatias

De faire un Devin de mon Maistre ;

Toujours ne l'offençay-je pas , 145 Et mesme estre Devin , me semble ,

N'est pas un inutjle trait

Pour rendre un Monarque parfait.

Ouy, Louys en est un ; que tout perfide tremble ! Peut-estre mesme aussi ce grand et puissant Roy ■ *o Devine que qui croit que par là je 1 offence

N a point au cœur tant d'innocence

Et ne l'aime pas tant que moy.

Bon Dieu ! que j'ay de peine à fournir mes Nouvelles Et que les gens ont tort, qui sçavent les secrets 1 55 Des Provinces ou des Ruelles ,

De ne m'en donner point quelquefois des sujets ! Pendant que j'en suis là je donne avis au monde Que , s'il souhaitte cjue j'abonde En entretiens divertissans , 1*3 II me faut envoyer des mémoires plaisans.

Louis a donc donné la place Du Marquis de Fourille à Monsieur de Pradel? Ce bon choix de ses gens va le rendre immortel; Je gage qu'il l'a fait de la meilleure grâce i6* Que Ton se puisse imaginer,

Car, dans la terre toute entière .

Je croy que jamais Roy n'aima tant à donner D'une peu commune manière.

719 *i8. — Du 10. Mars 1667 (Sublegny) 720

Je vous dis vray, petit Espoux , 1 70 J'ay beau parcourir les An nales v

Jamais Princes n ont eu tant de Vertus Royalles Que celuy qui règne sur nous.

Pourveu que l'on ait du mérite , Il ne faut point estre à la Cour 175 Pour briguer son prix chaque jour,

Et l'on l'a tost ou tard, sans qu'on le sollicite. Devisa m'en sera tesmoin , Qui , pendant qu'il estoit fort loin , Eut de la Cour certaine lettre 180 Où le Roy luy mandoit que , quoy qu'il en fut hors .

Il s'estoit souvenu de son nom pour le mettre

Enseigne en ses gardes du Corps.

Il me sera tesmoin encore avec la France

Que , lorsque , depuis quelques jours , 185 » Il en receut la Lieutenance ,

Il y songeoit bien moins qu'à ses vieilles amours Je connois peu , Seigneur , d'ANOENs Capitaines A qui , sans y penser, il vienne tant d'emplois ; Tous ceux qu'il eut mesme autrefois >9* Luy venoient ainsi par douzaines.

Quant Devisé fut Lieutenant , Le Roy luy fit donner à Busca son Enseigne ; Il ne mérite plus , le galant , qu'on le pleigne : Il est bien en Cour maintenant.

>95 II a depuis peu belle. femme ,

Qui l'aime de toute son ame ; Il peut prétendre encor à de plus hauts emplois , Où le sort , que je croy , ne mettra plus d'obstacles. • Tout cela vaut mieux deux cens fois »oo Que d'estre encor en fuitte & chez les Hollandois ,

Quoy que pour leur deffence il y fist des miracles.

J'ay peu àc chose à dire d'eux :

Ils ont pris Saint Patrice , une frégate Angloise , Par un exploit célèbre & des plus belliqueux 205 Qu'ait , dit-on , jamais fait la valeur Hollandoise.

La Ville où pour la Paix se fera le traité

N'est point encor deternfinée , Et pourtant on la croit certaine cette année.

Je sçay fort peu de chose aussi d'autre côté, si* Lubomirski , jadis rebelle ,

Est tousjours mort , ou n'est pas mort : Le temps nous donnera peut estre de son sort Quelque plus certaine nouvelle.

Peut-estre Dieu , tout à la fois, 315 Veut laisser en paix Varsovie ;

Pour le moins est-il vray que le Roy Polonok A , pour douze ans , fait trêve avec la Moscovie.

2t8. — Du 10. Mare 1667 (Robinet).

La digne Esfouse de ce Rot , Le dernier mois , fut attaquée D'un mal dont elle fut à demy suffoquée ; C'eust été dommage , ma foy.

Adieu , je vous promets la semaine prochaine Quelque chose de plus galant ; J*ay pesté , celle-cy, cent fois contre la veine Et donné mille fois au Diable le Talent.

db SUBLIGNY.

4 Paris, Cher Pierre Le Momitr, rue des Motkurins , au Feu Divin , tééy. Avec Privilège

(La Mute Dauphtne , «te. , 1667 — voy. le n° 309 , col. 640 —, pp. éi-73

LETTRE EN VERS A MADAME

[pAt Chailis ROBINET.]

Du i3. Mars 1667.

Ah ! Princesse , je sens un tel excès de joye Qu'il faut que de mon Cœur il passe dans mes yeux ; Que, dedans & dehors, j'en sois l'entière Proye , Et qu'il aille éclater jusqu'au Séjour des Dieux.

Que son Sujet est beau I je meurs qu'on ne le voye. Il ravira la Terre , il charmera les Cieux , Il aura les Appas de la Beauté de Troye , Ou toute la Valeur du Dieu victorieux.

Ne m'entendez-vous pas , 6 Princesse divine ? Je parle du Héros , ou bien de l'Héroïne Que la Nature en vous forme avecque l'Amour.

Laissez-les-en repos achever ce Mystère , Sans autre mouvement que le très-nécessaire , Afin qu'on puisse voir leur bel Ouvrage au Jour.

15 Mais après ce Sonnet , Madame , Je vais soudain changer de Game , Et promptement gazettizer,

Je veux dire nouvelliser.

Chantons d'abord les Epousailles

ai9* — Du i3. Mars 1667 ; Robinet).

*o Du Capitaine de Versailles , Et disons que Monsieur Bontemps A bien sceu se faire un bon temps De l'austère & triste Carême , Qui rend la Trogne sèche & blême

«5 Au peu de Gens qui bonnement Le jeûnent ponctuellement, [dre , En efiet , peut-on mieux l'enten- Brillante Altesse , que de prendre, Comme lui , conjugalement

j°Un Tendron & jeune & charmant , Presque en la première Semaine De la pénible Quarantaine ?

Du Détail , vous n'ignorez rien ; Mais , en fidelle Historien ,

>5 Je m'en vais, s'il vous plaît, le mettre Succintement dans vôtre Lettre , Pour en faire part au Lecteur.

Dimanche dernier, sans erreur, Bontemps » tres-chéri du Monarque ,

40 Ce qui son mérite à tous marque .

Donna la Main , selon les Loix , A Mademoiselle du Bois , Tout-à-fait digne de son zélé , Etant & sage , & jeune , & belle ,

45 Qui sont trois charmans Attribus , Et Fille , pour dire encor plus , D'un Sage Supôt de Finance , Qui l'entend mieux qu'Homme de

[France.

Cet Hymen fut accompagné

*oD'un Banquet bien assaisonné Avecaue bonne Mélodie Et mêmement la Comédie , Et puis , au Reste les Conjoins Donnèrent, je croi. tous leurs soins,

55 Car ce Reste étoit leur Affaire Où nul autre n'avoit que faire.

Mais parlons un peu d' Attila , Car ce (ut cette Pièce- là Qui servit à ce grand Régale .

&> Dans une magnifique Sale Où , vrai comme je vous le dy, Il faisoit plus clair qu'à Midy.

Cette dernière des Merveilles De I'Aîné des fameux Corneilles

65 Est un Poëme sérieux , Où cet Autheur si glorieux , Avecque son Stile énergique ,

Des plus propres pour le Tragique ,

Nous peint , en peignant Attila .

7°Tout-à-fait bien ce Règne -là ,

Et de telle façon s'explique

En matière de Politique

Qu'il semble avoir, en bonne foy.

Eté grand Ministre ou grand Roy.

75 Tel , enfin , est ce rare Ouvrage f

Qu'il ne se sent point de son âge

Et que, d'un Roy des plus mal nais.

D'un Héros qui saigne du nez ,

Il a fait , malgré les Critiques , 80 Le plus beau de ses Dramatiques.

Mais on peut dire aussi cela

Qu'après luy le même Attila

Est , par le sieur la ToanxiénE ,

Réprésenté d'une manière *5 Qu'il donne l'Ame à ce Tableau

Qu'en a fait son parlant Pinceau.

Toute la Compagnie , au reste,

Ses beaux Talens y manifeste ,

Et chacun , selon son Employ.

9° Se montre digne d'être au Roy.

Bref, les Acteurs & les Actrices

De plus d'un Sens font les Délices

Par leurs Aurais & leurs Habits ,

Qui ne sont pas d'un petit prix , 95 Et mêmes une Confidente

N'y parêt pas la moins charmante , *■££*

Et maint ' le cas est évident ) ***•

Voudroit en être Conpidant.

Sur cet Avis , qui vaut l'Affiche , 100 Voyez , demain , si je vous triche t

Aussi-tôt que vous aurez lu

De ma Lettre le Résidu.

Les Tartares à laide Trogne Ont abandonné la Pologne ,

IQ5 Dit-on . pour la seconde fois , Après leurs merveilleux Explois , Et se sont sauvez au plus vite , Voyans qu'avec le Moscovite Elle avoit condud son Traité ,

1 10 Pour treize ans de Trêve arrêté.

Je vien d'apprendre , en bonne

De leurs Hostilitez la cause. [Prose.

Leur Kam , tranchant du Grand

[Seigneur , Comme Lui se pique d'honneur, 1 15 Et , tout ainsi que sa Hautesse .

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