Du 1. May 1667 (Robinet
péroit dans dix avoir , de sa façon , Encor le dixième Garçon.
Vous laissant à tirer la juste conséquence , 300 Je vais dater ma Lettre en toute diligence.
Elle est du trente Avril , telle-quelle , ma foy , Car mon Mal me réduit en un si triste arroy Que même je crains bien (jue , pour l'autre Semaine , Je ne puisse r'ouvrir ma Veine.
A Paris, Chez P. Muguet, rue de la Harpe , aux irais Rois. Avec Privilège du Ray,
(Biblioth. nat. Le2, aa. Ré». — Biblioth. Mazartne , 296 , A*. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 180a.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pai Chailis ROBINET.]
Du 8. May 1667.
Notre Rheumatbme a fait gille , Il a • tout de bon , détallé »
Et je ne suis plus désolé , Mais alaigre , dispos , agille.
Je vais donc , comme un Rodomont , Regrimper sur le double Mont ,
Afin d'y façonner un May pour son Altesse.
Ma Clion m'aydera dans ce noble Dessein , Et je voi qu'avec akigresse
Elle vient à l'instant me présenter la main.
Il est encor arrivé noise A la Diète Polonoisb , Sur le Point de I'Arjuejieban Que maints Nonces , avec hahan ,
«5 Soûtenoyent être nécessaire Et se devoir promtement faire.
Mais ce discord fut appaisé Par le Discours bien avisé De Cazimir , Rov de Pologne ,
«©Qui toujours a prou de besogne.
Jugez quel est son embarras :
Il a , d'un costé , sur les bras ,
Le Tartarb , d'humeur cruelle ,
Avec le Cosaque rebelle ; *5 II craint les Turcs,, d'une autre part,
Se voyant contr'eux sans Rempart.
Les troupes de Lithuanie ,
Le Castelan de Posnanie
Et maints autres Je ne sçai qui , 3° Rejettons de Lubomirsqui ,
Avec leurs pieds tortus font rage.
O voyez donc de quel courage
Doit être un Prince revêtu ,
Et ce qu'il lui faut de vertu
*3o. — Du 8. May 1667 (Robinet).
35 Dans les bizarres conjonctures De tant de sortes d'Avantures !
On écrit que le Grand Sultan , Animé par Monsieur Sathan Contre ledit Roy du Sarmathe ,
40 Que la Guerre intestine matte , Pour , après , le mieux insulter, Se propose enfin de quiter Ses grands Projets sur la Candie , Quoi que la Renommée en die ,
45 Et que , selon ce sien désir, Il a fait sçavoir au Visir Qu'en bref, avec la République , Employant bien sa Politique , Il conclue une Trêve ou Paix.
5° Or, cela flatant ses souhais , Voyant bien qu'il perdroit sa peine Devant la Métropolitaine Et , par un plus rude méchef , En suite, peut être , le Chef ,
55 II n'oubliera rien , chose seure , Pour la Trêve ou la Paix conclure.
D'ailleurs aussi le Vénitien Non plus , je croy, n'obmettra rien Sur un Point qui trop le regarde ,
60 Et son Sénat prudent n'a garde De laisser échaper, non , non , Une si belle Occcasion.
Ainsi donc, des uns l'Infortune Aux autres seroit opportune ;
65 Mais suspendons tout jugement , Car il en peut être autrement Et , bien souvent , une Nouvelle D'un jour à l'autre n'est plus telle Et , sur tout , venant du Levant,
7° Autant en emporte le Vent.
Quoi qu'il en soit , le Marquis Ayant quité la grande Ville [Ville, Où , pour cet Estât Vénitien , Il a montré du cœur très-bien ,
75 Comme aussi beaucoup de prudence, Il s'en revient, en diligence, Prés du beau Duc des Savoyards , Pour marcher, sous ses Etendards , Contre la Ville Genevése ,
80 Qui fait contre lui la mauvaise ; Mais ailleurs nous en parlerons , Quand un peu plus nous en sçaurons.
Une autre importante Nouvelle Tient les Curieux en cervelle ,
85 Car cela peut estre un faux bruit : C'est que , du quinze Avril la nuit , A la fin , I'Ame du Saint Home , Quitant le Grand Siège de Rome , Alla , dans le Céleste Lieu ,
9° En prendre un autre auprès de Dieu. Ainsi soit-il , si d'avanture L'Avis n'est pas une imposture 1 Tout bon Chrétien doitaujourd'huy Faire ce dernier Vœu pour luy.
95 On dit que le Prince de Parme , J^S Friant de la guerrière Allarme Et qui se signale vraiment Dedans le beau Commandement Qu'il a de la Cavalerie
100 Du Monarque de I'Ibérie , S'est saisi sur les Portugais , Qui n'en ont pas été plus gais , D'un Fort a assez grande impor- Et qui donne pleine licence [tance
">5Aux Fourrageurs des Espagnols
De dénicher des Rossignols.
Leur Gouverneur dedans les Indes, Où Ton conêt le Dieu des Brindes , A repris , dessus les Anglois ,
1 10 Par un de ses plus beaux Explois , L'Isle de Sainte Caterine.
S'ils en sont d'une humeur chagrine, Vous le devinez aisément ; Mais , las ! alternativement ,
1 !5 En Guerre doit-on pas s'attendre , Quand on a pris , à voir reprendre ?
Mais je croi qu'on ne verra plus Ce belliqueux Flus & Reflus Entre I'Angleterre & I'Hollande ,
120 Car, de la façon qu'on le mande , Elles vont , selon nos souhais , Tout de bon conclure la Paix.
Déjà , pour beaux Préliminaires , Qui facilitent les Affaires ,
125 Elles sont toutes deux d'Accord , Pour mieux terminer leur Discord .
Qu'elles garderont les Conquêtes Que chacune des deux à faites.
a3o, — Du 8. May 1667 (Robinet).
Ainsi le Britannique Roy 130 L'a fait scavoir, de bonne foy, Par une Lettre bien conceue , Que , tout à mon aise t j'ay leue , Aux Puissans Etats Généraux, Comme eux , de sentimens égaux , 135 Avoyent déjà daigné l'écrire A cet aimable & brave Sire.
Un petit Lévrier , cependant , A la Chasse beaucoup ardant (C'est , pour plus clairement le dire, ■40 Une Frégate , ou bien Navire , De quatre Pièces de Canon « Qui s'acquiert un très-beau Renom , La Sous un Marquis, qui la commande], Mardis q^ levrier t jonc ^ comme on le
0°**"* [mande ,
M5 A , n'aguére , presque à la fois , Pris cinq Batimens des Anglois , Dont l'un fut coulé sous les Ondes , Autant améres que profondes , Et quatre à Brest furent receus , «5° Voire même les bienvenus,
Sur tout un , où six Damoiselles , Ce dit-on , jeunettes & belles , Augmentaient un riche Butin Qu'y faisoit trouver le Destin.
155 Mais , en avançant nôtre Epitre , Passons à quelqu'autre Chapitre.
Ces derniers jours , à Tarascon ,
IDomlnf- L'ARCHÉPISCOPUS d'AviGNON
îiârini] Posa , bien avant dans la Terre , 160 La bénite & première Pierre
D'un CONVENTd'AUGUSTINS DéCHAUX,
Qui par tout en ont d'assez beaux.
Mais , de crainte que l'on ne pense Que ce soit contre I'Ordonnance ,
165 J'avertis qu'en Quarante-deux La Reyne Mère , au cœur pieux , Se déclara la Fondatrice De ce Monastique Edifice , Et que , tout fraîchement , le Roy ,
170 Par sa Patente , en bon arroy, A voulu de son digne zélé Rendre la Mémoire éternelle.
Une belle Procession Releva bien cette Action ,
175 Où l'on compta, sans que je mente , Jusques à quatre cent cinquante
Penitens , de qui les habis [gris , Etoient tous bleus , noirs , blancs & Et dont huit , que fort on exalte ,
180 Sont mêmes Chevaliers de Malthe.
Apres eux , étoient Capucins , Observantins, Dominicains Et d'autres tres-Reverens Pérès , Que l'on appelle Trinitaires ,
185 Avec le Séculier Clergé , Dedans un bel ordre arrangé , Et plusieurs agréables Anges , Qui valoient beaucoup de louanges , Portans , en beaux petits Soudards ,
190 Des Guidons & des Etendards Aux Armes de la Fondatrice , A qui 1* Immortel soit propice !
La belle Orfeline de Foix
Est decedée à dix-huit mois , 195 Et cette si grande Héritière ,
Dans une tort petite Bière,
Joint , en leur ténébreux Séjour , (£5!?e?e
Ceux qui lui donnèrent le jour. ^t
Sans la Parque, un peu trop hâtée, 200 Etant & belle & bien rentée ,
On l'eût vue , en temps & Saison ,
Bru d'une assez bonne Maison ;
Mais jamais cette' Mort sévère
Nos Interests ne considère.
305 La noble Infante de Toussi ,
Laquelle déjà met Ici
A maints Cœur la Puce à l'Oreille ,
Ainsi qu'une jeune Merveille ,
Eut vraiment T honneur, l'autre Jour, a 10 D'estre , aux Yeux de toute la Cour,
Commère de nôtre cher Sire ,
Donnant , comme on vient de me
Avec sa grande Majesté , [dire ,
Pieusement , Chrétienté 315 Au Fils de l'heureuse Nourrice Madame
Qui , dessous un Astre propice ,
A donné , jusques à la fin ,
Du Lait à notre beau Dauphin.
Moraau
Jeudy , ledit charmant Monarque, 220 Qui conduit à ravir sa Barque , Vinst se promener à Saint Clou , Lieu des plus délicieux , où Les deux Nompareilles Altesses
a3o. — Du 8. May 1667 (Robinet).
Qui sont les aimables Hôtesses
«5 De ce Terestre Paradis ,
Lequel rend les Sens ébaudis , A miracle le régalèrent , C'est à dire le testinerent Tout à fait magnifiquement,
»jo Proprement & royalement , Outre leurs Anges invisibles , En ayans là plusieurs visibles , Si beaux , si charmans , si touchans, Que Ton a les derniers penchafts ,
**5 A croire qu'autant que les autres Us méritent nos Patenôtres , Et que le Lieu des Bien-Heureux Est où sont leurs aimables Yeux.
A propos de visibles Anges , 340 Le plus digne de nos louanges , A sçavoir celuy de Louys , Dont tous les Yeux sont éblouis , Nôtre excellente & sage Reyne , Le même Jeudy, prit la peine , *45 Par un tres-obligeant souci , De venir, ce dit-on , Icy,
** du™ ^°*r k8 illustres Carmélites , Bouioy Qui sont ses chères Favorites , Ayant avec elle un Amour 250 Qu'elle-mesme a produit au Jour, Son brillant Dauphin , lequel passe Tous les Amours en bonne grâce.
Parlant de I'Amour aujourd'huy, Je finis ma Lettre par luy.