CONTINUATEURS DE LORET
vhi AVANT^ROPOS.
Il n'est pas impossible que les lettres de Mayolas se soieqt continuées jusque vers la même époque ; cependant celles que nous connaissons ne vont pas au-delà du 19 septembre 1666. L'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal s'arrête au même point que celui qui fait partie de la collection de M. le baron James de Rothschild. Bien plus, le lecteur qui a formé ce dernier recueil l'a continué , après quelques semaines d'interruption , à l'aide des lettres de Robinet ('), ce qui semble bien démontrer que la gazette de Mayolas avait cessé d'exister M.
Le plus régulier de nos auteurs burlesques est Charles Robinet qui ne prend aucun repos pendant les dix-huit mois qui nous occupent et rime en conséquence 78 lettres.
C'était renouveler l'assiduité et le succès de Loret; aussi Robinet, parlant des vers qu'il adresse à Madame , dit-il avec satisfaction dans sa lettre du 22 novembre 1667 :
Depuis qu'ils sont à vous on a vu , sans Remède , Cinq Muzeurs , y compris un fameux Ganimède , Donner du Nez en Terre avec leurs beaux Rébus.
Quels étaient ces « cinq museurs »? Nous pouvons bien citer Mayolas, Boursault et Subligny, mais nous avons vainement cherché qui pouvaient être les deux autres. Nous avions espéré trouver quelqiiee renseignements dans les registres de la corporation des libraires de Paris; cet espoir a été déçu. Pendant les années 1665 , 1666 et 1667 les seuls privilèges relatifs à des lettres en vers qui aient été présentés au syndic de la librairie «ont celui de Mayolas, «enregistré le 8 juin 1,665 u)» et-celuide Subligny, enregistré le 17 mai i666U). Robiqet, qui ay^it
(1) Voy. col. 394.
(a) Petit-être l'imprimeur Charles Chenault fit-il continuer par quelque autre auteur les lettres de Mayolas. Il avait un public qui tenait à ce genre de productions ; aussi se rendit-il acquéreur, au mois de juillet, des Lettres en vers à Madame que Robinet avait jusque la fait débiter par Fr. Muguet. Voy. col. 91 7.
(3) Bibfioth. nat., ms. franc. n° 21945 , fol. 39.
(4) ïbid., fol. 48 , v°.
AVAfcT-PROPOS. ut
dbtènu un privilège le 10 décembre 1665 (0, négligea de le faire enregistrer. L'omission de cette formalité devait lui causer dix-neuf ans plus tard de graves ennuis lorsque , après une longue interruption , il voulut foire revivre sa gazette (a>. •
Robinet montrera pendant sept ans encore la même régularité ; aussi ses lettres furent-elles véritablement populaires quoique le nom de l'auteur fut à peu près inconnu te). La meilleure preuve de cette popularité, c'est que les épltres de Robinet furent réimprimées en Hollande. Lui-même se plaint du procédé du libraire hollandais , qui pourtant ne devait nuire qu'à l'éditeur parisien et ne pouvait atteindre le poète U). Ge fut pendant la campagne de Flandre que le libraire Corneille Jansz, qui publiait faGazette d'Amsterdam t eut l'idée de donnera ses abonnés, sous forme de supplément, une réimpression des lettres en vers. On lit dans le n° de cette gazette qui porte la date du 1 5 septembre 1667 : •» Les curieux auront à l'heure de la bourse la Gazette burlesque de Paris. » Le n° du 22 septembre de la même année porte : « Vous aurez
(1) Voj tome 1 , col. 489. »
(2) Le seul auteur auquel nous ayons pensé pour compléter la liste des cinq « museurs • est l'avocat Barbier d'Aocour, à qui l'on attribue divers écrit! en vers burlesques. Sans parler de Y Onguent pour is brûlure au Secret pour empêcher les jésuites de brûler Us livres (Paris , s. d. [1664] , in-4 et in- 12) , on range parmi ses ouvrages une Lettre en vers libres à un amy sur le retranchement des f estes par M . Père fixe, archevêque de Paris, lettre datée du a8 décembre 1666 , qui parut au commencement de 1667 et qui a été reproduite dans le Tableau de la vie et du gouvernement des cardinaux Richelieu et Ma^arin et de Colbert (Cologne , P. Marteau , 1693, pet. in-8 , 304), et une Lettre en vers libres à un amy sur le mandement da M. l'archevêque de Paris portant défense de lire le Nouveau Testament traduit enfrançois , imprimé i Mous (Paris , 1668 , in-4). C** deux épîtres se rapprochent beaucoup du genre de nos gazetiers, bien qu'elles ne portent que sur des faits particuliers et différent par cela même d'un journal. On doit au même Barbier d'Aucour divers, opuscules qui ne manquent pas de rapports avec ceux qui composent le bagage littéraire de Robinet ; on en trouvera la liste dans les Mémoires de Niceron , XIII , 322-327, et dans le Dictionnaire de Chaufepié , art. Barbier. M. Ch.-L. Livet croit que Barbier d'Aucour est l'auteur des Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre , critique publiée sous le nom d'un sieur de Rochemont , d'ailleurs inconnu. Voy. Œuvres de Molière , éd. Despois et Mesnard, V, 41.
(3) Ce <Jui montre bien que le public ne connaissait guère le nom des auteurs qui rimaient les guettes, c'est que Foucault , ayant acheté la charge de procureur du roi aux requêtes de l'hôtel , rapporte dans ses Mémoires que < Loret -» lui consacra quelques vers ; or, c'est dans les lettres de Mayolas et de Robinet , dix-sept mois après la mort de Loret , que se trouve rapportée l'entrée en charge de Foucault. Voy. la table alphabétique , article Foucault.
(4) Voy. la lettre du 8 octobre 1667, col. 1038.
x AVANT-PROPOS.
aujourd'hui et , dorénavant , le mercredi de chaque semaine, la Gazette burlesque de Paris, en demi-feuille de papier. (0 »
Nous ignorons pendant combien de temps les lecteurs hollandais reçurent ce feuilleton versifié. Mayolas devait à la fin de Tannée 1668, en donner la contre-partie, en joignant aux lettres en vers dont il reprit la publication un feuilleton en prose.
Emile Picot.
(1) M. Hatin , à qui nous empruntons cet passages (Bibliographie historique et critique de la presse périodique française , 84) ajoute ; c Je ne sais trop quelle était cette Galette burlesque. On donnait vulgairement ce nom à la Muse historique de Loret ; mais elle avait cessé depuis mars 1665. Il s'agit probablement de quelqu'une de ses imitations. •