AVIS POUR RIRE
Comme la Ville de Paris 335 Est le Centre des beaux Esprits Et le Rendez-vous ordinaire Où , comme en leur plus noble
[Sphère , Viennent toutes sortes d'Agens , Possedans secrets & talens , 340 Qui font qu'après eux l'on s'écrie Ainsi qu'après quelque Messie , Une Dame , dit-on , de Blois , "Y fait grand bruit, depuis un mois , Par une Drogue merveilleuse
245 &* tout * fa** miraculeuse.
Les Visages disgraciez Et les plus maléficiez , Ouy, les plus laids , les plus énor- En reçoivent de belles formes, [mes,
350 Et des Visages de Démon
(Il ne faut point dire : c'est-mon) Deviennent des Visages d'Ange , Dignes d'amour & de louange.
Enlevant la première Peau ,
355 Elle change un Teint de pruneau (O la belle Métamorphose I) En vrav Teint de Lys & de Rose , Et , reformant yeux, bouche & nez, Tant ses éfets sont peu bornez ,
aéo A la honte de la Nature , Leur donne une juste mesure , Du feu , de la vivacité Et tout ce qui fait leur beauté ;
Si que cette Reformatrice
365 Passe quasi pour Créatrice.
On dit que des bourrus Objets , Qui font leur gloire d'être laids , Voyans plusieurs de leurs pareilles Briller comme jeunes Merveilles ,
370 Par l'éfet de ce grand Secret , Avec un murmure indiscret , En étans sotement fâchées , Les appellent les Ecorchées ; [pas Mais leurs discours n'empeschent
375 Que d'autres , qui manquent d'ap- N'ayent recours à cette Dame; [pas, Et , bien loin que je les en blâme , Je serois d'avis tout-de-bon Que chaque Masque & Laideron
380 Mist cette Drogue à son usage , Pour avoir un autre Visage.
Les deux tiers du Monde à nos yeux En plairoient dix mille fois mieux.
Courez-y donc , suivant l'Afiche ,
385 Et voyez si la colle on fiche.
Pauvres Laides à faire peur , C'est par ma-foy, de tout mon cœur Qu'à la Dame je vous envoyé , Afin que Belles l'on vous voye.
390 Mais , si c'est conte à plaisir fait Et qui ne soit d'aucun éfet , Je vous conseille , en conscience , De prendre tout doux patience.
150 Et de.
Madame , je me suis trompé Touchant le succez de ma Lettre ; La joye , encor un coup , m'a trop préoccupé , Et je l'ay, tout honteux, sous la Presse fait mettre.
97i 244* — Du i3. Aoust 1667 (Robinet). 97a
Ces Vers , soient-ils bons ou mauvais v Du treizième d'Aoust sont faits.
A Paru, Ck*i Ck. Chencult, Imp. & Ub., nu de U HwcJutte, aux Armes du Roy. Avec Privilège de S. M.
(Biblioth. nat. Le*, 22. Ré*. — Biblioth. Maurine, 296. À*.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[PAt Cnailii ROBINET.]
Du 20. Aoust 1667.
Madame , à qui j'écris , par un beau Privilège Que , grâce à vous , j'obtins de l'auguste Seguier,
Hélas 1 qu'un autre encore n ay-je , Mais qui ne dépend pas de ce grand Chancelier ? Il le faudrait avoir des Filles du Parnasse , Et je l'apellerois , par un nom spécieux , Le Privilège glorieux D'écrire à la Suprême Altesse Dans le pur Langage des Dieux , 10 Avec grâce , enjouement , brillant , délicatesse
Et tous les autres agrémens , Dignes de son Esprit , le plus beau de ce temps.
Mais , pour ce Privilège , en vain je le désire . En vain je le demande à ces Sçavantes Sœurs , 15 En vain sur leur Mont je soupire ,
Afin d'en obtenir ce comble de faveurs; Je m'en suis avisé trop tard , ce disent-Elles , Et je ne parés pas assez jeune à leurs yeux Pour désormais écrire mieux.
20 Croyons-en les npbles Pucelles ,
Et vous , grand Chef-d'œuvre des Cieux , Héroine parfaite & toute des plus belles , Au lieu du Sacrifice , agréez , par bonté , Comme les Dieux , la Volonté.
25 Brillante Altesse , à propos d'âge ,
Cazimir sur le sien , m'a-t'on dit , s'excusa ,
Lors qu'on luy proposa Un second Mariage ; Il auroit souhaité d'avoir dix-huit ans moins ,
97 3 345- — Du 20. Aoust 1667 (Robinet). 974
30 Afin de s'aquiter plus galamment des soins
Qu'à jeune Epouse l'on doit rendre.
Ainsi , l'Entremetteur, aux yeux de maints Témoins ,
Eut beau disertement s'étendre Sur les rares Appas d'une paire d'Objets 35 Dont il laissoit régler le chois à ses souhaits ,
Il n'eut pour ces Beautez nulement le cœur tendre.
Ces Beautez-là pourtant Sont de bonne Maison , de Mérite éclatant : Des Sœurs de I'Empereur l'une même est l'aînée , 40 Çt l'autre l'est aussi des Princesses d'iMSMiucK , d^SîS^SîïfîflSô]
Et de bien des Vertus ornée. f J£ltad?£ïï|flM
Si je pouvois rimer facilement en pruck , diu^rack, née «nSn
J'étendrois leur Panégyrique ; Mais la Rime , en ce lieu me faisant trop la nique , 45 Je vous proteste , par Saint Luc ,
Que nulement je ne m'en pique.
Revenons au Roy Polonois :
Il va dépescher au plus vite , Auprez du grand Duc Moscovite , 50 Que l'on dit être un franc sournois ,
Un Ambassadeur de mérite, Lequel sera chargé , pour ce Duc , de Présens Dont à moy de pareils sembleroient fort plaisans Et • sans mentir, fort acceptables.
55 Un beau Char attelle de six rogues Chevaux ,
Qui pourront le traîner & par monts & par vaux , En est un qui n'est pas des moins considérables ; L'autre est un grand Bassin d'argent, Accompagné de son Aiguière , éo Qui , ce m'a dit certain Agent ,
Certe au premier ne cède guiére , Car il est de vingt mille écus , Pour le moins & non pour le plus ; Item , une Montre sonnante 65 Est de ce beau Régale encor ,
Montre tout-à-fait éclatante Et couverte de plaques d'or, Où brille aussy la Pierrerie Dont l'Inde Orientale est si riche & fleurie , 70 Si bien donc que le Duc y pourra plaisamment
Compter les heures de sa vie Et mesme en voir marquer jusqu'au dernier moment D'une Aiguille de Diamant.
Mais cette Montre-icy rapelle en ma mémoire . 75 L'assez plaisante Histoire
D'un Ministre de Çharenton.
Allant faire , un matin , te Prêche . *ce dit-on ,
975 t*45- — Du *>• Aoust 1667 (Romsr). 976
Il trouva trois quidans oui disputoyent sur l'Heure Et qui , l'appercevans , aisoyent : « Voicy Monsieur 80 » Qui pourra décider oui gagne la Gageure. »
Alors, tous à la fois , et énxn ton de Brailleur : « Monsieur, » s'écrient-ils à l'honnête Ministre , « Daignez-nous dire , s'il vous plaist , » L'Heure que maintenant il est. »
8* Luy, ne prévoyant rien en cela de sinistre ,
« J ay, » leur replique-t-il , « la Mesure sur moy. »
Ce disant , une Montre il tire Et la leur laisse voir tout à la bonne-foy ; Mais l'un des Compagnons , se metant à sourire : 90 « Devineriez-vous bien , » ce luy demande-t'il v
« Quelle heure marque cette Aiguille ? » — « Faut-il , pour vous répondre , être si fort subtil? » Repart le Ministre à ce Drille , « U est sept-heures demy-quart. »
9$ € Ouy, mais, » réplique l'autre, € ajoutez que c'est l'heure
» Qu il faut que vôtre montre à tous trois nous demeure. » Et , là-dessus , tous trois luy dirent : « Dieu vous gard ! » Vous jugez bien qu'iceux étoient gens d'industrie , Et , pour l'homme dupé, vous jugez bien de plus 100 Combien , après sa perte & telle raillerie ,
Il demeura confus.
Au reste , qu'il est de ces Drôles Habiles à jouer ainsi de jolis rôles ! Le bon Jour de 1' Assomption , 105 II s'en trouva dans Nôtre-Dame
Qui s'avisèrent , par mon ame , D'une diantre d'invention Pour dessus les goussets Caire une irruption. Tandis qu'on y chantoit l'Office en haute game, 1 10 > Quelques-uns d'eux , étans à la Voûte montez .
Jetèrent dans la Nef & parmy l'assemblée Trois ou quatre plâtras qu'ils avoient apportez , Et l'Assemblée en fut en un tel point troublée , Ces marauts-là crians que la voûte alloit choir, 1 15 Que tout chacun son poste quite ,
Avec des cris de désespoir, Et , pesle-mesle 9 essaye à gagner la guérite. Or, dedans ce désordre , où f un est décoCffé , Où l'autre a les côtes froissées , tao Où ccluy-cy du moins a quatre dents cassées ,
Et tel autre est même étoufé , Où celuy-cy pert sa perruque , Qui laisse à nud sa laide nuque , Cet autre enfin son beau rabat , ia5 Et telle Dame aussi son mouchoir & ses perles ;
Pendant , di-je , ce beau sabat , Le reste des Filous , qui sont tous de fins Merles , Nettoyent les goussets , se chargent de butin
977 245. — Du *o. Aoust 1667 (Robinet). 978
Et font une récolte , en un mot , des plus belles. 130 Ah ! ce tour-là vaut bien que le juste Destin.
Les fasse un jour monter aux Cieux par des Echelles.
Mais pour revenir aux nouvelles Dont nous a fait sortir cette digression , Il n'est pas fort constant , dit-on , ,35 Que les Musulmans infidèles
Ayent , en Candie , encor quité Le siège de la grand* Cité.
Il est seur seulement que le preux Marquis Ville , Qui deffend comme il faut cette importante Ville , I4o Les a repoussez fièrement
Jusques dans leur retranchement ; Et , sur ce point , la Renommée Un Qui-pro-quo sans doute a fait , Ayant esté mal informée ; 145 Voila ce qui , je pense , en est.
Mais parions un peu d'autre chose.
J'ay sceu , d'un grand homme à dada , Que le Traité de Paix , contenant mainte clause . Fut , enfin , l'autre-jour, signé 'dedans Bréda , 150 Avec force cérémonies.
Voila donc les noises finies Entre-nous désormais & Messieurs les Anglois ,
Ainsi qu'entr'eux & les Danois , Et les braves Estats des Provinces-Unies.
155 II n'en est pas de même entre I'Ibére & nous ;
Il aime moins la Paix qu'il n'aime la Castille ,
Quoy qu'elle soit du Ciel la sainte & digne Fille ,
Et que les Siens par-tout succombent sous nos coups.
Il s'en va perdre Lile : ouy, dans quelques journées , ,60 Cette belle Ville est au Roy
Et nos charmantes Destinées La feront voir dessous sa Loy, Malgré sa Garnison si forte
Et son preux Gouverneur, le Comte de Broué , 165 Qui , selon ce qu'on en rapporte ,
Ne sçauroit être assez loué.
Tant plus brave il sera , Louis aura de gloire D'emporter sur luy la victoire :
C'est de tels Ennemis qui sont dignes de luy. 170 Et je sçais qu'il reçoit sur sa brillante Teste
Avec quelque espèce d'ennuy Le Laurier de toute Conqueste Qu'il ne doit qu'à ce grand bon-heur
Qui si facilement le rend par-tout Vainqueur.
979 *4$* — Du 90. Aoust 1667 (Romnbt). 980
175 Dans les Formes exprès il attaque la Place :
Avec circonvalation , Avec contrevalation ; Et , bref, le beau chemin se trace Avéque plus de peine à sa réduction. tSo Mais le Pays Conquis , lequel fort bien remarque
Le dessein du Monarque , Et que pour son honneur il cherche des Travaux , Allume cependant desja ses feux de joye Et vers le Firmament ses nobles Cris envoyé 1S5 Comme si Luje etoit au pouvoir du Héros ,
Jugeant bien qu'ataquer & prendre est chose même Pour ce Grand Porte-Diadème.
J'ay sceu d'un Objet bien charmant Que lorsqu'on repoussa , du côté de Dermonde , 190 Les Espagnols si vertement
Au delà de I'Escaut , Rivière très-profonde ,
Un Brave , qu'on nomme Ternaut, ^ÊmES^S*01
A qui jamais le cœur ne faut, d«ç«ydnCqiaii
Etoit de la belle Partie * Qnaê^
19$ Et qu'il y signala son zelle tout ardant ,
Tuant des Ennemis illec le Commandant ,
Et que cette Action hardie , Dont son Êpée t aux yeux du Roy, Vint , toute rouge . faire foy, 300 Fut de Sa Majesté hautement applaudie.
Ah ! qu'il est doux & glorieux De plaire à cet aimable & grand Victorieux !
Poursuivons par un mot de l'Hôtel de Bourgogne , Où paressoit jadis une Dame Gigogne.
105 Le délicat Monsieur Gilbert
Y fait voir, dans le stile tendre , Où t sans-doute , il est un expert , Ero , l'infortunée , & son triste Léandre t Qui , venant l'adorer, dans les Ondes se pert. a 10 Ils sont représentez , on peut dire à merveille ,
Par le sieur Floridor & la grande Du- Parc, Que 1 on nommeroit bien des Grâces le beau Parc.
Voyez-les , je vous le conseille.
Montfleurt fait aussi le Récit de leur mort-, 215 D'un air tres-diçne de leur Sort,
Et qui pour eux remplit tous les cœurs de tendresse.
Mais , pour en banir la tristesse , Brécourt, en stile goguenard , Donne , à l'issue , une autre Pièce 320 Qui bien vite la fait retirer à l'écart.
Cette Pièce a pour nom I'Infante Saucoque .
24$- — Du *o. Aoust 1667 (Robinet).
Ou bien le H&tos des Romans.
A rire l'un & l'autre à merveille provoque ; Mais allez sur les lieux apprendre si je mens.
Ajoutons vite , ma Muzette , Une petite Historiette.