‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 223 sur 257 · Du 18. Septembre 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 18. Septembre 1667 (Robinet

Ainsi , sans vous rien garantir, Je m'en tais , de peur de mentir.

Finissons par l'Historiette Que je trouve sur ma tablette , 21$ Laquelle vient de Londre aussy, Telle que je la mets Icy.

LE QUAQUER AMOUREUX.

Un de ces Gens à Trogne blême Plus que d'un Jeûneur de Carême , Qu'on nomme Quaquers ou Trem-

[bleurs , 220 A cause que ces bons Messieurs De propos délibéré tremblent , Quand dans leurs Temples ils s'assemblent , S'étant senty navrer au Cœur Par un Objet plein de douceur, 225 Fit croire à cette Créature f Un peu simplette de nature , Qu'd avoit sceu , ce mande-t'on ,

Par une sainte Vision, Que c'étoit un cas nécessaire

2jo Qu'il accomplist le doux Mystère Avéque ses charmans Appas.

« Hé bien ! je n'y résiste pas , »

Dit cette Belle , aussi Trembleuse , Plus niaise que scrupuleuse ,

2J5 « Faisons du Ciel la volonté. »

Lors le Quaquer , tout transporté , Eut telle accointance avec elle Que , de leur réciproque zelle , S'ensuivit certaine Tumeur

240 Laquelle causa grand'rumeur Chez les Parens de la Trembleuse , Qui , sans en être plus honteuse , Leur conta sa naïveté , Dont- il fut mille fois pesté

24$ Contre ledit Quaquer impie.

Après cela , que l'on se fie A ces francs Hypocrites-là I O Ciel ! qu'il est de ces Gens-là Bien autre- part qu'en Angleterre;

250 Mais , las ! encor il s'en faut taire 1

Traînez-vous vers Madame , en son Villers-Cottrés , Et-Ià , mes Vermisseaux , saluez ses Attirais.

Le dix-sept j'enfantay cette petite Engeance, Pour laquelle au Lecteur je demande indulgence.

*55 J'ay fait en Vers irréguliers Plusieurs Discours Epistoliers , Pour plaire à d'habiles Cervelles Qui jugeoient ces Rimes plus belles, Et , de fait , plusieurs du fin goût

260 Y rencontroyent plus de ragoût ; Mais, comme il est plus d'imbéciles, Sans doute , que de Gens habiles , Les premiers , en lisant ces Vers , Les taisoyent aller de travers

265 Et , n'entendans pas la Cézure , En rompoyent toute la Mézure.

D'ailleurs , à parler franchement , Ce fut toujours mon sentiment , Que ces Rimes irréguliéres

270 Pour des Epîtres familières

N'étoient pas d'un succez trop seur, Et que, pour rendre en un sens pur Une Historiette ou Nouvelle , La Rime unie étoit plus belle.

275 A ces Causes donc , j'ay repris (N'en déplaise à ces fins Espns) Mon ancien petit Ramage , Hors l'endroit où je rends Homma- A la Jeune Divinité [ge

280 Qui m'a donné la liberté

De produire sous ses Auspices , Qui valent cent Astres propices , Mes nouvellistes Vermisseaux.

Ce sont ces Préludes , nouveaux

285 Dans toutes mes Lettres en rime , . Qu'en plusieurs bons Lieux on esti-

[me, Et d'où, par maints écrits charmans.

Je reçois de doux complimens , Comme encor, sans en rien rabatre,

29° J'en ay receu depuis peu quatre ; L'un desquels , en Vers trés-polis Et passant , certe, les jolis , Est d'une trés-charmante Muze ,

249* — Du *8. Septembre 1667 (Robinet).

Qui rend la Mienne bien camuse 295 De n'avoir rien vraiment d'égal :

C'est Mademoiselle Paschal ,

Qui sçait , tant qu'en Rime au'en Ecrire mainte belle chose. [Prose ,

A Paris, cht{ C. Ckmault, nu de la Huckttte.

(Biblioth. oat., Le3, 22. Rés. — Biblioth. M a tari ne. 396 A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Chaklbs ROBINET.]

Du 24. Septembre 1667.

Ma Muzette , je viens d'apprendre Qu'on attend dans deux jours ( en leur Palais Royal , Ce Couple si charmant , si noble & si loyal , A qui de nos Respects le Tribut il faut rendre.

O l'agréable nouveauté ,

Dedans nôtre grande Cité , De revoir ce Héros brillant de fine Gloire , Et sa belle Héroïne étalant mille Attrais I Ouvrons donc promptement , Clion , nôtre Ecritoire Et , pour les régaler, tenons nos Vers tous prests.

Je suis si ravi des merveilles Qui charmèrent mes deux Oreilles , Dans nôtre Sorbone , Lundi , Pendant tout un Apres-midi ,

15 Qu'il faut que par ce beau Chapitre Je débute dans mon Epître.

Le jeune Prince , & vieux Docteur, Dont chacun est l'Admirateur, D'Albret, dans cette Vespertine ,

20 Dessus la Science Divine Continuant de s'exercer Et tous ses Rivaux surpasser, Etoit l'Autheur de ces Merveilles Que je puis nommer non-pareilles.

25 Avec quelle vivacité

Douceur, grâce & facilité , Soûtinst-il ses Antagonistes , Quoi que trés-doctes Sorbonistes !

Avec quelle force d'Esprit

30 Mit-il à bout qui l'entreprit

Sur chaque scavante Matière Qui servoit alors de Carrière !

Avec quelle solidité , Avec quelle fécondité

35 Et quelle admirable mémoire Cotta-t'il de la Sainte Histoire Les Passages qui lui servoyent Et ses Assaillans confondoyent I Avec quelles lumières pures

40 Ecarta t'il des Ecritures Les divines obscuritez , Pour mettre au jour leurs véritez !

Il ne faut pas que je me taise Des deux plus beaux Points de sa

[Théze ,

45 Dessus lesquels on prit l'essort Et qui , certe , me plurent fort , N'êtans pas moins Philosophiques , Sans doute , que Théologiques.

On demandoit , au premier cas ,

25o. — Du 24. Septembre 1667 (Romnetj.

5° Si le Signe qu'Eaéchias Receut de sa santé futaie , Ainsi que porte l'Ecriture , Fut la Rétrogadation (Curieuse est la Question)

55 Seulement de l'Ombre Solaire , Ou du Corps du Grand Luminaire? L'autre , aussi curieuse encor, Touchoit Nacabudonosor :

Sçavoir si ce Prince superbe ,

60 Qui fut réduit à brouter l'herbe v Etoit & dedans & dehors Changé , tant d'Ame que de Corps.

Or, sur l'un & sur l'autre Thème, Ou sur l'un & l'autre Problême,

65 Ce Prince , toujours glorieux.

Discourut & prouva des mieux ; ïklpJjJSSf Et d' Amiens le Prélat illustre , Dont le mérite a tant de lustre , Ne l'ataqua sur ces Points-là ,

70 Avec les beaux Talens qu'il a , Que pour lui donner plus de gloire De sa belle & pleine Victoire.

Donc , ce Sorboniste Héros Receut un universel los ,

75 Tant des Citoyens de Sorbone, [ne, Qui certe en grands Docteurs foiso- Que de plusieurs sçavans Prélats , Ducs & Pairs, Princes, Magistrats, Et d'autres de haute volée ,

&o Qui lors composoient l'Assamblée .

Mais , Hardouin de Perefix ; L'auguste Prélat de Paris , Qui scait si bien dire & bien faire , Présidant illec dans la Chaire ,

85 L'apostropha dessus la fin ; En élégant & beau Latin , Et , d'une grâce sans seconde , L'élogisa le mieux du Monde , Au nom de tout le grand Concours,

9° Qui fut charmé de son Discours , Où , sans aucun mot bas ni mince , Il conclud fort bien que ce Prince, Doué d'un si docte Cerveau , Etoit un Prodige nouveau.

95 Le lendemain , en grande Sale ,

Et Sale Archiépiscopale ,

Il receut , de belle hauteur,

L'illustre Bonet de Docteur,

Ainsi que la juste Courone

100 Que lui présentoit la Sorbone.

Le en.»- u chcf de l'Univers}^ f

Avec grande solennité ,

Le lui donna donc , en présence

D'une magnifique Assistance ,

105 Où nôtre admirable Prélat , En son pontifical éclat , Faisoit fort dignement figure , En tête de la Prélature Et de la docte Faculté ,

1 10 Charmée , en bonne vérité , De voir dedans sa Compagnie Un Docteur de si haut Génie , De telle Naissance & , de plus , Orné de toutes les Vertus.

115 Les Candiots , par Contre-mines, Rendent inutiles les Mines Des laids & cornus Musulmans , Et vous en font , à tous momens , Sauter en l'Air un si grand nombre

120 Que le Visir, tout morne & sombre. En enrage au fonds de son cœur.

Perdant l'espoir d'être Vainqueur.

Car, enfin , sans en rien rabatre , Encof deux mille & deux cens qua-

125 On fait le saut comme cela ftre Avec ces Contremines-là , De plus, dans un Assaut, n'aguéres,ࣣ™£, Cinq cens de ces malheureux Hères iww»

Furent de même abasourdis

130 Et mortellement étourdis , Si bien que toute leur Armée , Au dire de la Renommée , A le cœur failli tellement , De maint semblable Evénement ,

13$ Que les Spahis & Janissaires , Qui sont leurs meilleurs Militaires, Crièrent I'autre-jour « Paix , Paix • (Comme l'Objet de leurs souhaits) Au Secrétaire de Venize .

140 Dont le beau Renom s'éternize.

Au reste , à l'Assaut ci-dessus ,

Où ces Turcs furent bien receus ,

Le brave Généralissime

Parut , certe , vaillantissime 145 Et , dedans ce guerrier Trie-Trac ,

Receut même dans l'Estomach

Une Otomane Mousquetade ,

Mais de qui toute la boutade

Contre son Plastron s'amortit , 150 Et ni mal ni peur ne lui fit.

Le preux Savoyard, Marquis-Vilue,

a5o. — Du 24. Septembre 1667 (Robinet).

Y montrant son cœur en beau stile, Eut aussi , dedans les Cheveux , Un coup de Flèche fort heureux ,

155 Et nôtre Avanturier illustre • Commençant d'y mettre en son

[Lustre , Ou , si vous voulez , en son Jour, Ce Feu qu'il tient du Grand d'HAR-

[cour, De même y receut, au Visage ,

160 Ainsi qu'on le mande , un Outrage, Mais si léger, grâces aux Cieux , Que ce n'est qu'un Coup glorieux.

Lecteur & Lectrice, hé-bien ! au'est- Ma Muse est-elle Prophétesse r [ce?

165 Vous scavez ce qu'au dernier jour Je préais du Prince d'HARCouR , Et vous voyez , à la huitaine , Cette Prédiction certaine.

A propos de guerriers Explois ,

170 Au grand dépit des Bruxelois , Le fameux Prince de Turennb , Qui , pource , de nôtre Hypocréne Mérite bien tant soit peu d'eau , En vient de faire un assez beau.

175 Sans s'amuser à la Moutarde , Ayant eu l'avis d'Oudenarde Que l'Espagnol faisoit complot De se retrancher dans Alôt, Place par Nous sur luy gagnée

180 Et puis par Nous abandonnée , Fut vite de ce côté-là , Pour vous les dénicher de-là.

septembre Arrivant illec , l'onzième ,

Il fit pousser à l'instant même ,

1S5 Par de fiers & vaillans Dragons , Une Garde vers l'un des Ponts.

Le soir, on ouvrit la Tranchée , Et , le lendemain , la Nichée Dénicha dés le point du Jour,

190 Sans bruit de Trompette & Tambour.

Et fut droit conduite à Bruxelle , Pour réjouir Monsieur Castelle.

Au reste , cette Garnison N'étoit pas petite , dit-on ,

195 Car elle étoit de huit cens Hommes, Y compris quelques Gentils- hom- Et, croyant-là passer l'Hyver, [mes, De peur d'être prise sans vert, Elle avoit Plomb & Poudre & Mèche,

300 De la plus fine & la plus sèche ,

Jusques à quatorze milliers , Deux Canons des plus meurtriers, Du lard , des œufs , des choux , des

[raves , Qu'aiment fort plusieurs de ces Bra-

305 Et maints autres Ingrédiens , [ves , Desquels profitèrent nos Gens.

Aprés-quoy, Ton a mis belle-erre Alost à bas , rez pied, rez terre , Afin d'empêcher désormais

3 to L'Espagnol -l'y nicher jamais.

De Coorcblle, en cette rencontre, ^JJJ De son Courage faisant montre , r»rtmerio D'un Mousquet sans discrétion Receut une Contusion.

315 De Coaun , Duc de mérite , [quite , Pour beaucoup moins s'en trouva Car son Cheval , heureusement , Pour lui fut blessé seulement.

Bertillac , en propre personne , iSm

a ao Y fut maltraité de Bellonne , "qvSm

Mais légèrement , toutefois , Et sans danger pour cette fois ; [dre, Mais Decbon, plus que tous à plain-Jtajj*0* Par malheur, s y sentit atteindre Gudw

335 D'un coup tout à travers le Corps , Qui l'assigna parmi les Morts.

De-là , l'on fut devers Liquerouk, Près de Bruxelle & non de Bergoe, Se saisir encor d'un Château 330 Fait à l'Antique , & bon & beau , Et qu'on fit, parlant de tout prendre, Sans coup férir, sur le champ rendre.

[François Mais quoi donc , quoi? les seuls Aux Pays-Bas font des Explois ,

335 Et les Ennemis , en extase , Demeurent nichez en leur Case ,- Sans faire voir, en Gens de cœur,' Quelque Echantillon de Valeur?

Non , non , vraiment , de par le

[Diantre ;

340 Et ne faut point que sous le Ventre On aille leur mettre le Feu.

Chût, donc, écoutez-nous un peu, Et vous verrez qu'en conscience Ils se frotent & d'importance.

345 Deux Partis , sortis , pour le vrai t

a5o. — Du 24. Septembre 1667 (Robinet).

De Valenobhne fit de Cambrai»

S'étans joints dedans un Village , Pour enlever sur son Passage , 1 éSfi?1 En Corps-Saint, l'Intendant Talon, Haynant Au retour de Lile , dit-on ,

Où , sans doute v pour quelque Af- II s'étoit trouvé nécessaire , [faire Le Sieur Gouverneur de Bouchaim , De ce Village-là prochain ,

255 Ayant une ferme croyance

Que c'étaient des Troupes de Fran-

Envoya soixante Froteurs [es ,

Pour très-bien froter ces Messieurs.

ils viennent & , sans reconétre

260 Qu'ils sont sujets d'un même Maître, Dessus le Qui-vtve abusez , A l'instant , en mal-avisez , Se chargent d'une telle sorte Que , selon qu'on nous le raporte ,

265 Du moins quarante & cinq ou six Furent navres , ou bien occis , Avant qu'ils sceussent leur bévue , Tant , lors , ils avoient la berlue.

Hé bien ? après cette Action ,

270 Pui-je pas dire tout-de-bon

Et sans que l'on s'en fâche en France Qu'ils se frotent , & d'importance ?

Mais en Flandre & par-tout aussi

Nous les frotons, nous, Dieu-merci.

275 Ouy , de Perpignan l'on nous mande,

Dans une gaillarde Légende , Qu'en la Gerdaignb ayans voulu Jetter un guerrier Dévolu Sur trente deux ou trois Villages ,

280 Assortis de beaux Paysages , Et qui sont à Sa Majesté En vertu du dernier Traité , Le prudent & brave Noaille , Duc qui fait tout sans qu'il piaille ,

2S5 Envoya réduire à Quia Un Poste appelle Vrvu , Presqu'au milieu de ces Vilages , Où seigneurioyent ces mal-sages.

Pour y réussir comme il faut ,

290 ii chargea le Sieur de Foucaut De cette entreprise honorable , Et ce Lieutenant, fort capable [Jugez-en par l'Evénement), En treize heures tant seulement ,

295 En fit détaler, sans que j'erre, Soixante Joueurs de Guiterre , Id est Castillans renommez , Compris d'Oficiers Réformez , Comme je pense, une Dixaine ,

300 Avec un vaillant Capitaine , Ou bien fanfaron Capitan , Et je croi que cela s'entend.

Ainsi l'on mit en assurance Tous ces Vilages pour la France ,

305 Et Ton en sevra ces Messieurs t Qui n'ont pas pour eux les Rieurs.

Allez vite , mes Vers , vous fourrer sous la Presse , Attendant le retour de l'une & l'autre Altesse.

Septembre avoit encor six jours Quand de ma Veine ils prirent cours.

A Périt, ck*\ C. Cktnault, Impr., rus dt la Huchstte, aux A mus du Roy,

(Biblioth. Dât., Le2, 22, Réf. — Biblioth. Maiarinc, 296 A3.)

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LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Chaiui ROBINET.]

Du premier Octobre 1667.

Hé bien ! nous avons vu nos Altesses Royales. Que de nouveaux Appas Elles ont toutes deux Et qu'on peut bien , Clion , les dire sans égales ,

Et des plus chers Enfans des Dieux!

Qu'il est charmant & qu'elle est Belle 1 Qu'elle est digne de Luyt comme il est digne d'Elle Et <jue ce Couple enfin est un Couple parfait 1 Mais , Ciel , que ce Héros & que cette Héroïne , Recevans nos respects , nous ont fait bonne mine , Et que de leur accueil j'ay l'esprit satisfait 1

Ce Philipe , si fier dans les Champs de Bellonne . Dont il sembloit pour lors avoir pris tout le cœur, Humanisant pour nous sa guerrière Personne ,

Me parut remply de douceur ;

Et son Henriette adorable Ne me semble pas moins qu'à l'ordinaire affable Pour l'avoir aproché sous ses Lauriers fameux. Que tant de grâce donc nous enfle le courage ; Tachons de triomfer en leur rendant hommage , Et de rendre nos Vers , en un mot , dignes d'Eux.

Monsieur Colbert, aussi digne

[Homme Qu'il en soit d'icy jusqu'à Rome , Et des plus utiles , je croy, Au Service de nôtre Roy,

25 Alla n'aguére , prés d'Auxerre , Visiter une sienne Terre , Par une espèce de Campos , Ou de relâche & de repos. Mais , comme ce rare Ministre

30 (Que Dieu gard de tout cas sinistre I) Ne laisse perdre aucun moment , > Même en son Divertissement , Qui pour l'ordinaire est fort mince , Sans le consacrer à son Prince ,

35 II voulut ♦ agissant ainsi Dans cette Promenade aussi , Qu'elle eût encore quelque marque

De son zélé pour le Monarque.

Les Corps donc de cette Cité ,

40 L'ayant chez-luy complimenté , Il sceut si bien , par son langage , En sa Réponse toute sage , Leur représenter les Bontez De la Perle des Majestez

45 Vers les Peuples qui sont sous Elle» Et la Dépense solemnelle Qu'EUe fait si royalement Pour l'entier rétablissement Du Trafic qui par Nous s'exerce ,

50 Chez le Grand Mogor, chez le Perse, Et, pour tout dire, en tous les Lieux Qu'éclaire le Flambeau des Cieux , Comme aussi ses soins & ses cures Touchant tant de Manufactures ,

55 Qu'elle introduit dans son Etat ,

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a5 1. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet).

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Par lesquelles ce Potentat Attire , dans toute la France, Une florissante Abondance Et donne à chacun le moyen

60 D'avoir son Pain quotidien , Par un Employ doux & tranquile Autant qu'honnête , autant qu'utile; Il sceut , di-je, par son discours , Où la douceur régne toujours f

65 Leur transmettre si bien son zelle , Digne d'une gloire immortelle , Que ces Corps , dés le lendemain , Pour mériter du Souverain La Bonté , par tout signalée ,

70 Firent une grande Assemblée , Où • par noble Emulation , Outre une Contribution Unanimement résolue, par ab Qu'à cinq mil Frans on évalue ,

75 On conclud encore, de plus , De remédier aux Abus Qui se sont glissez-là , je pense , Dans l'Ouvrage des Points de Fran- D'introduire chez-eux aussi , [ce ;

80 Par un non moins digne souci , Les Serges & les bas de Laine , D'établir Pension certaine En faveur vraiment de tous ceux Qui , d'un Esprit ingénieux ,

85 Trouveront dedans leurs Cervelles Quelques Inventions nouvelles , Et de payer la Taille enfin • Pour ceux qui , par un bon Destin , Etans fécons dans leurs Familles ,

90 Fourniront trois Garçons ou Filles , Pour travailler de leurs dix doigts En quelqu'un des susdits Emplois ; D'où la belle Ville Auxerroise , Et fort peuplée & fort bourgeoise ,

95 Ettend un lustre tout nouveau.

Mais, si son Sort devient plus beau, Elle doit mettre en sa Mémoire , Comme je le mets dans l'Histoire , Qu'elle le doit à cet expert

100 Et nompareil Monsieur Colbert.

Lundy, le Comte de Rouville , Jeune , bien-fait , d'humeur civile , Et qui d'ailleurs a des Jaunets , Sans qui les Gens sont fort benêts , 10; Epousa , par bonne fortune , La belle Infante de Béthune ,

Fille de ce Défunt Seigneur Qui fut le Chevalier d'Honneur De nôtre auguste & belle Rejne , ioQu'icy bien -tôt Dieu nous r'ameine Pour y mieux passer les cours jours; Mais passons à d'autres Discours.

Son Epous , Louis Quatorzième , L'Honneur certe du Diadème ,

1 15 Et Prince grand Justicier,

N'aguére , au Sieur de Brisaœr A concédé la Survivance De sa Charge de conséquence En faveur de son propre Fils ;

iao Ce rare Potentat des Lys , Qui fait tout avéque lumière , Témoignant , de cette manière , Qu'ayant de bons & de fins yeux , Il a conu de tous les deux

125 Les Services & le mérite.

C'est , sans que du tout je hésite .

Ni que j'erre , ni peu ni point , Comme je conclus sur ce point.

dos QoaBvasa

date

Sa belle & glorieuse Armée , 130 De qui la Dame Renommée Dit maintes choses dans Madrit , Dont l'un est dolent & contrit , Est encore (loin de Dunquerque) En son dernier Camp de Liquerque, 135 Tandis qu'Alôt à bas est mis ; Et , pendant cela , ses Partis S'en vont par-tout batre l'Estrade , Donnans Aubade ou Sérénade Aux Portes des Villes & Bourgs 140 Des Espagnols , qui font les sourds, Ou marmotent leurs Patenôtres , Sans jamais rien répondre aux Nô-

[tres.

C'est, dit-on, que, fort sagement ,

Us attendent patiamment 145 Toutes les Forces nécessaires ;

Mais ce sont de grandes Affaires ,

Et les Ministres , à Madrit ,

Sur cela perdent leur Esprit.

Ils vouloient envoyer à Vienne 150 De leurs Doublons mainte centaine,

Pour y lever des Fantassins ;

Et puis , en changeant de Desseins,

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a5i. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet).

De crainte de s'aller méprendre , Us ont crû qu'ils dévoient attendre 155 Que l'Empereur, premièrement, Eût déclaré son Sentiment Sur cette Affaire d'importance , Qui fort l'inquiète , en conscience.

Cependant, de nôtre Côté .

160 Nôtre brillante Majesté ,

Désirant mettre à bout I'Espaonb Dedans la future Campagne, [prêts, Donne ordre à tous ses grands Ap- Qui devant le temps seront prêts ,

165 Et , pour avancer ses Conquestes , Il fait Chois de certaines Testes Dont l'ancienne & sage Valeur Pour les Ennemis me fait peur.

Enfin , par le dernier Chapitre.

La Fauxbourg 8.

Germain

Le comte de S. Maorie* le Sieur Ghaxlois, Maître des Mathématiques

aoo

D'ailleurs , nôtre illustre Jeunesse Ou bien nôtre jeune Noblesse , Brûlant de cueillir des Lauriers A coté de ces grands Guerriers Et sur les pas de la Victoire Qui nôtre Koy couvre de gloire , Apprend le beau Métier de Mars , Et comme on force des Ramparts , Attaquant une Forteresse , Qu'au plus grand Faux-bourg de L'Académiste Bernardy, [Lutéce Personnage d'un cœur hardy, Exprés pour l'instruire , a fait faire, Par un zélé au'on ne peut taire.

Monsieur le Marquis de Bréval , Qui des mieux se tient à cheval , L'Attaque du Poste commande , Avec une adresse fort grande , Faisant ce qu'on fait en cela , Mais , pour le repousser de-là , Saint Maurice fait la Sortie , De Cadets très-bien assortie , Et , bref , l'Autheur du Fort susdit Est dedans , à ce qu'on m'a dit , Pour travailler à sa Défense ; Ce qui se fait en la présence Du plus beau Monde de Paris , De cette belle Guerre épris , Où de franche poudre de Chypre (Qui rime des mieux avec Ypre) On charge , je croy, les Mousquets , Pour en tirer des coups coquets.

Mais vite bornons nôtre Epitre ,

Les Amans coupables punis

Certain Noble Provincial , Que le Nœud matrimonial

305 Assembloit avec une Belle , Tout-à-fait digne de son zelle , Et qu'il aimoit aussi , dit-on , Avec beaucoup de passion , Etant allé dans un voyage ,

a 10 S'y piqua pourtant d'un Visage Où , sans doute , la nouveauté Lui fit trouver plus de Beauté.

Ce nouvel Objet de sa Flâme A tel point donc touche son Ame ,

215 Qu'il est l'Ascendant amoureux De ses soupirs & de ses vœux , Et qu'il l'engage en un Dédale Où se pert sa Foy conjugale.

Etoufant ainsi l'amitié

aao Qu'il doit à sa chère Moitié , Tous ses soins alors il a pli que A se faire aimer d'Angéhaue

efous nommerons ainsi 1 Objet ont son cœur devient le sujet].

225 Comme il poussoit bien la Fleurette , Que sa Personne étoit bien-faite Et qu'il possédoit , en un mot , Ce qui peut fa^re un cœur capot , Angélique prend feu de même ,

230 Et, quoy qu'en autre-part, elle aime. Devenant infidelle aussi r Donne son cœur à celui-ci.

Un seul Point arrête l'Affaire»

Et ce Point est en tel Mystère

235 Proprement le Nœud Gordien , Car on ne veut accorder rien Que sous les Loix du Mariage , Et le susdit Amant volage , Ainsi que vous l'avez appris ,

240 Pour Duppe , de la sorte , est pris. Mais voyez , tant sa flâme est forte , A quel Crime noir il se porte Pour trancher ce Lien sacré , Des plus Barbares révéré.

345 II s'accorde aveque Angélique Et , dans son Transport frénétique, Vient , comme un Tygre sans pitié , Etrangler sa belle Moitié.

De ses propres mains il l'immole

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a5i. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet).

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«50 A sa nouvelle & chère Idole , Et , paliant d'un Acçidant Ce Crime au seul Ciel évidant , Avec la Défunte il l'enserre , Dans un Cercueil dessous la Terre.

355 Ayant versé de feintes pleurs Et montré de fausses douleurs Qui trompent tout son Voisinage , Pour jouir du Prix de sa rage , Sous de beaux Prétextes il part

960 Et , sur sa roi^te , tout gaillard D'avoir si bien joué son rôle • Devers son Angélique il vole.

Mais où court ce coupable Amant ?

On vient de mettre au Monument

**5 Cette Angélique , aussi coupable.

11 apprend (ceci n'est point fable) Que ce digne Objet de son coeur Avoit fait faillite à l'Honneur Et qu'en un mot , son triste Père v

«70 Avant sceu le honteux Mystère, L avoit , par un Poison vangeur, Immolée à ce même Honneur.

Jugez ce que l'Epoux perfide ,

Et de sa Femme l'Homicide , 275 Devient en apprenant ce cas Et quels sont les affreux combas Que du Ciel la juste Vengeance Luy livre dans la conscience !

Ils sont tels , ô mon cher Lecteur, 180 Qu'à lui-même tout plein d'horreur De son énorme Barbarie , Poussé de plus d'une Furie , Il s'en retourne sur ses pas Faire ce qu'autre fois fit l'infâme Judas.

285 En finissant , je viens d'apprendre Ce qu'à peine je puis comprendre v Que la Fièvre a surpris Monsisu*, Lui , di-je v qui luy faisoit peur A la Teste de la Tranchée ,

290 Où cette mièvre ètoit nichée.

Cela ne peut-être , ma foy, Ou bien , si la chose est , je croy Que son beau Sans , tout en colère.

Chez lui ne la souffrira guère ,

295 Et , sans nulement en douter, Je m'en vais promtement , dater.

Ceci fut rimaillé , le premier jour d'Octobre , Par moy qui puis me nommer Sobre.

A Paris, Chtr Ck. Ounautt, Imp. A Uh„ nuàêl* HucketU, aux Armas du Roy. Avec Sa Majesté.

269 triitre.

(Biblioth. Mt., Le*, 22. Ré*.

Biblioth. Maztrinc, 296 A3.)

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to38

LETTRE EN VERS A MADAME

[Pai Charles ROBINET.]

Du 8. Octobre 1667.

to

Madame , quoi qu'une Insomnie , Procédant de quelques ennuys , M'ait disloqué tout le Génie Depuis du moins quatre ou cinq nuits , Quoique je baâille & je sois lâche ,

Et que , pour réussir en mon illustre Tâche • Je me sente en mauvais état , A tout hasard , je m'y vais mettre , De crainte de passer pour Fat

Si j'étois quinze jours sans vous écrire en Métré.

D'ailleurs , Altesse belle & grande ,

On me fait à présent l'honneur

D'imprimer ma Lettre en Holànde ;

Ainsi je doi reprendre cœur ;

Autrement Messieurs de la Haye Auroient chez l'Imprimeur une plaisante Baye ,

Si j'allois demeurer tout court;

Car, se tenant seur de ma Veine ,

Il leur a fait sçavoir le jour Que se vendroyent chez-lui mes Vers chaque Semaine.

Mais , n'en déplaise au Typographe,

Il auroit dû me consulter

Et même avoir mon Paragraphe

Avant qu'ainsi me débiter,

Car l'Imprimeur de Paris grogne Et me dit là-dessus , en faisant grise trogne , - Que moindre en sera son Débit.

Mais ce n'est pas là vôtre Affaire ,

Et , pour moi-même , il ne s'agit (C'est là mon intérest) que de vous satisfaire.

Hé bien ! j'ay des mieux raisonné Et sans nul aoute deviné Touchant cette mal-sage Fièvre Qui, bonne pour un sang de Lièvre, 35 Pensoit tenir son Quant-à-soy Dans celui du Fhére du Rov, Car la Félonne & la Perverse , Qui se nommoit Double-Tierce ,

A quité la Place aussi-tôt , 40 Sans Ajournement sur Défaut , Tant d'une façon vigoureuse Il a repoussé la Trembleuse.

Louis , par un charmant souci , De son Saint-Germain vinst Ici ,

to39

a5a. — Du 8. Octobre 1667 (Robinet).

45 Pensant décider la Querelle Que Philippe avoit avec elle ; Mais ce Monarque plein d'Appas Ne la trouva , par ma Foy, pas , Et • sur le point de sa visite ,

5* Elle avoit quité son beau Gîte Pour aller chez les Ennemis , Où tout lui peut être permis v Et même d'être Continue , Si nôtre Guerre continue.

55 Ainsi , sa Grande Majesté , Apres avoir félicité Le Prince dessus sa Victoire , Plus ravy qu'on ne le peut croire , Reprit bien & beau le chemin

60 Dudit Château de Saint-Germain , D'où son adorable Thérèse v Qui des Vertus a plus de tréze , Avoit, par un même souci , Envoyé vers Monsieur aussi,

65 Diverses fois , un galant Homme Que Devizé par tout on nomme , Et qui fort honorablement S'aquita de son Compliment.

Je me suis aussi laissé dire 70 Que nôtre auguste et digne Sire , Grand certes de toutes façons , A la Comtesse de Soissons , Dans ce temps-là , rendit visite , Cette Altesse de haut mérite 75 Se trouvant sur le dernier mois Qu'il lui convient , selon les Loix De nôtre Grand'-Mére Nature , Mettre au Monde une Créature Qui doit-être , de sa façon , Bo Ou belle Fille , ou beau Garçon ; Mais , comme aussi Monsieur son Est de moitié dans ce Mystère, [Père Si c'est un Mâle , je prévois Qu'il aimera les beaux Explois.

85 C'est trop garder nôtre Nouvelle , Tout-à-fait curieuse & belle , De ce grand Jésuite Profez , Lequel de Maroc & de Fez Porterait le beau Diadème ,

90 S'il n'eût préféré le Saint Crème A cette Couronne de Prix

Que porte maintenant son Fils.

En voici donc toute l'Histoire Bien digne de nôtre Ecritoire.

95 Ce Prince , travesti , dit-on , Allant au tombeau de Mahom , Rendre Grâces , vaille-que-vaille , Du gain d'une grande Bataille , En TAn cinquante, oucinauante-un,

100 Fut pris sur les Flots de Neptun Par Tun de nos Héros de Malthe , Digne qu'à jamais on l'exalte Pour ce plus beau de tous ses Fais , A sçavoir Balthazar Mendez.

105 Or, comme donc il se déguise Et qu'il ne passe , dans sa Prise , Que pour un Seigneur Marocain , On lui donne campos , soudain Qu'il a donné quelque finance

1 10 Pour sa Rançon & Délivrance ; Mais , dés ou'il pense à son retour, La Grâce 1 antte à son tour.

Et le rend , dedans ses Entraves , L'un de ses plus fameux Esclaves.

115 Ce Roy se fait déturquiser.

Et c'est-à-dire baptiser, Le propre jour de Saint Ignace : Et , conduit par la même Grâce , Il prend le Nom de Loyola,

110 Joignant même à ce beau Nom-là Ceux de cet illustre Corsaire Qui l'avoit pris sur sa Galère.

Ensuite, il apprend le Latin Et se fait Sacerdos enfin ,

1*5 A dessein d'aller, en retraite, Vivre en trés-humble Anacorethe ; Mais , suivant la Direction De la sainte Inspiration , Il se fait Jésuiste dans Rome ,

130 Et , sur le bruit que le Saint-Hôme Le vouloit , par un digne éclat , Elever au Cardinalat , [vaine ,

Luy, dont l'Ame est humble & non Passe dans Naple , puis à Genne ,

135 Où • prêchant admirablement , Id-est apostoliquement , %

Il convertit • par son saint stile , Des Otomans jusqu'à deux mille.

Depuis , par son zélé embrasé ,

140 Ce grand Chrétien s'est avisé D'aller dedans son Pays même , Pour prêcher aux Sien? le Bâtême.

C'est ce qu'on mande de Bordeaux, Ville où l'on fait de beaux Cadeaux,

s5s. — Du 8. Octobre

M5 Et qu'ayant passé par Thotose .

Que la claire Garonne arrose . Il y fut receu t bonne-foy f Tout ainsi qu'on reçoit un Roy, Mains dévots Diseurs d'Antiphoines,

150 A sçavoir tant Prestres que Moines . L'ayans , à ce qu'on dit , traité Du beau titre de Majesté.

Arrivant le jour Saint Ignace .

Il en fit , de très-bonne grâce

■55 Et d'un air noble & souverain , Les Eloges , le lendemain , En présence d'une Assemblée De tout le beau Monde comblée , Et des plus Doctes mémement ,

160 Qu'il jetta dans l'étonnement.

Au reste , ce Prêcheur illustre , Qui dédaigne un Royal Balustre , Est de sa Personne bien-fait , Doué d'un Esprit fort complet ,

165 Du plus beau Naturel du Monde , Et , comme en Talens il abonde , Outre ces grandes qualités Qui conviennent aux Majestez , Il peut en quinze ou seize Langues ,

170 Ouyr & faire des Harangues ; Mais , ce qu'on estime le plus , Des grands Saints il a les Vertus • Et , dans son zélé , il ne respire Rien que la Gloire du Martyre.

175 Du Sénat de cette Cité Bordeaux Dont je vous ay le nom cité ,

Les Députez, tous Gens de marque, Ont harangué nôtre Monarque Dessus les glorieux Progrez 180 Que chez le Flamand il a fais.

Celuy qui portoit la Parole S'aquita bien d'un si beau Rôle , Etant , & d'effet & de nom , V^l* Un docte & sage Salomon.

de cette f. r • . o .

coin- Il faut aussi que je vous die *a*nle Qu'il est de nôtre Académie

Et qu'il étoit, dés dix-huit ans , Un des plus beaux Esprits du Temps, Faisant , tout du long & du large , 190 D'Avocat Général la Charge , Dans le Barreau du Grand Conseil, Avec un renom sans-pareil.

Mais , à propos d'Explois de Guerre

1667 (Robinkt). 104a

Sur ladite Flamande Terre , Us sont bornez par la Saison Où chacun garde le Tison , Et , dans trés-peu de jours, nos

[Troupes , Vont tailler & manger leurs Soupes En de fort bons Quartiers d'Hvver, Jusques au temps du nouveau Vert, Où naissent les Lys & les Roses ; .

Ainsi donc, parlons d'autres choses.

Le Sarmathe , ou le Polonois , A toujours le Ma) Tartarois , Car enfin ces maudits Barbares , Que l'on appelle les Tartares , Par leur Sultan-Galba conduits , Se sont dans l'Ukraine introduits , Au nombre de cinquante mille, Et , d'une façon incivile , S'y sont emparez de Czérin , Pour entamer ce grand Terrain Dont ils vont faire leur Conqueste , Si bien-tôt on ne les arreste.

On dit que l'Orgueilleux Croissant Va moins croissant que décroissant En son beau Siège de Candie , Et , quoi qu'à la Ports on en die , C'est un Point presques asseuré 220 Qu'il ne sera point arboré Dans cette Métropolitaine, De qui la Garnison Chrétienne , Malgré les efforts sans Vertu Du Grand Vizir , cogne-Fétu , Tous ses Dehors encor conserve :

Dieu toujours ainsi les préserve 1

L'Espagnol , aimans les Débas , JË^ S'amuse à disputer le Pas , d*Astorga]

Dans Rome, au sage DucdeCHAUNE; Mais il lui fait voir son Bec-jaune Et le convainc avec éclat Que c'est à nôtre Potentat, Si puissant & si magnanime , A jouer par-tout à la Prime.

Passons , ma petite Clion , Du costé du Septentrion Et discourons un peu de Londrb ,

25». — Du 8. Octobre 1667 (Rouan).

Où maint dessus ses Œufs va pondre, Sous les favorables Aspects 140 Du divin Astre de la Paix.

Mec donc , la belle Princesse , Laquelle d'Yoïtac est Duchesse , %*•* A mis au Jour nouvellement jCjU£. Un Prince tout-à-fait charmant , 245 Pour reparer la triste Perte Par Elle A son Epous soufferte Des premiers Fruits de leur Amour, Dont fort gaye est I'Anoloisk Cour.

Terminons enfin nôtre Epitre ,

250 En disant un mot du Chapitre

Que tinrent , dans les Cordcliers ,

Ces derniers jours , les Chevaliers s. uksbai j^ cc rare ^ femcux Archange

Qui fit choir la noire Phalange ,

255 Laquelle , dans le plus haut Lieu , Entreprit de détrôner Dieu.

Là , le cher Duc de Roquslaure , Depuis huit bons Ans veuf encore , Comme Commissaire du Rot,

160 Se rendit en pompeux arroy , Suivy de force braves Hommes De sa Maison, tous Gentils-hommes, Et, bref, d'un Train leste & nombreux.

De plus» ce Seigneur généreux

265 Y fit , dans une grande Sale , * Une Chère presque Royale A tous les Chevaliers susdits , Qui parurent bien ébaudis De voir les exquises Pâtures ,

270 Les beaux Fruits & les Confitures , Qui furent , avec tant d'appas , Servis dans un si grand Repas , Au son des Hauts-Bois, des Muzet- Et des Luths & des Epinettes. [tes ,

275 Mais il les ravit plus encor

Quand, sous un Dais tout frangé d'or Et dans un Fauteuil magnifique , Avec cet air dont il s'explique , Rempli de charme & d'agrément , 2S0 II leur exposa nettement Les Intentions favorables D'un Monarque des plus aimables, Et le plus plein de Majesté , Pour leur belle Société.

28$ En achevant cette Colonne , J'apprend que la Retnb, en Person- Avec maints Anges , vinst ici [ne , Voir hier son Beau-Frére aussi , Ainsi que vôtre auguste Altesse

290 Et Mademoiselle , sa Nièce , Qui déjà , d'Esprit & de Corps ,

Fait briller, comme Vous , de merveilleux Trésors.

Mais il me semble que la Muse Un peu trop longtemps vous amuse; 295 Objet donc de gloire éclatant , Je la congédie à l'instant.

Ces Vermisseaux à la Douzaine , Le huitième Octobbr, sortirent de ma

[Veine.

APOSTILE

J'oubliois une Nouveauté joô Qui doit charmer nôtre Cité.

Molière reprenant courage , Malgré la Bourrasque & l'Orace , Sur la Scène se fait revoir : {voir 1 Au nom des Dieux, qu'on raille

A Paris, ckê^ C. ChauuUt, me de la HwcketU. Avec Pr.

(Biblioth. ni t., Le3, 22. Ré». - Biblioth. Mazarine, 996 À*.)

to45

[Par Cnailii ROBINET.]

Du i5. Octobre 1667.

Mes Historiques Vers , il faut aller demain Rendre Hommage à Madame , au Château S. Germain ;

Ne faites point le Sit derrière.

De bien plus beaux que vous , pour un si grand bon-heur,

Voleroyent dans cette carrière ; Mais de vous préférer Elle vous fait l'honneur.

Aussi , sentez-vous bien de quel beau Prix il est Et , comme tout charmez de ce noble Intérest , Sans force , de ma Veine un chacun de vous coule. Ouy, vous êtes si prompts , au gré de mes souhaits ,

Que vous vous jettez presque en Moule, Dés que de mon Ecrit j'ay choisi les Sujets.

La Nouvelle étoit bien certaine Que le Tartare dans 1' Ukraine

15 Avoit fait une Irruption ; Mais il n'est pas constant , dit-on , Qu'il tienne CzArim dans sa Manche Car je lus un Ecrit , Dimanche , Qui porte que le Gouverneur,

90 Homme de courage & d'honneur, A des mieux réprimé l'audace De cette Tartaroise Race , Soutenant d'un air glorieux Quatorze Assauts , tous furieux .

a* Et qu'ayant , par sa résistance , Beaucoup émoussé la vaillance De ces nombreux Assiégeans , Il a , pour banqueter ses Gens , Durant une Trentaine entière,

30 D'une façon fort singulière , Fait saler maints maigres Chevaux Faute de Bœufs , Vaches & Veaux De Moutons, d'Agneaux & Volailles Qui plaisent mieux à nos Entrailles

35 Espérant , dans ces trente jours , Recevoir, par un bon Secours , D'autres Munitions de Bouche ,

Avéque enfin tout ce qui touche Le Salut de ce Poste-là , 40 Et c'est être Brave au de-là !

Cependant les Tourne-Casaques , Qu'on conêt trop pour les Cosaques, Avec grand nombre d'Otomans , Comm'eux de mauvais Garnemans ,

45 Ont paru devers Léopole , Pour y faire leur Monopole ; Or la Noblesse, en desarroy, En est dedans un tel éfroy Que , pour sa Défense plus grande ,

50 L' Arriére-ban Elle demande.

Mais , comme un peu l'on la conêt, Elle recevra , s'il lui plaît , Pour la seureté des Affaires , Des Cohortes Auxiliaires ,

55 Et mêmes un Chef Etranger, Qui puisse au» Devoir la ranger ; Et , sans cela , point de nouvelle Et point d'Arriére-ban pour Elle.

Mais tout cela me fait frémir

a53. — Du i5, Octobre 1667 (Robinet).

*> Pour le bon Sous Cazwir Et son Royaume de Pologne , Car c'est très-bien de la Besogne , Et , pour moy, je ne compren pas Comment , dans un tel embaras ,

65 On peut chérir une Couronne , Quelque Brillant qui l'environne.

Mais on dit a ue le Grand-Seigneur, En Prince de bien & d'honneur, Lui jure une Amitié sincère ,

70 S'il veut seulement se défaire

glonéte est la Condition) * e l'Ukrénoise Portion

Qu'à présent Sa Haotbssb ocupe.

Qu'en dites-vous ? est-Elle Dupe ?

75 Cette Hautesse veut de plus

(Mais je crain pour Elle un refus)

Que le susdit Cazimir quite

L'Aliance du Moscovite ,

Ou qu'il n'en fasse au moins meshuy 80 Une plus étroite avec luy.

Ce faisant . Elle s'amadoue

Et , ce dit-Elle • désavoue

Tout ce que le Tartare a fait.

En un mot, voila son souhait; [dre, s$ C'est au Polonois , qu'on veut ton-

A juger comme il doit répondre.

Jgneur, ei- Son Visir y malgré son grand cœur Et ses Travaux, presques d'Hercule,

90 Loin d'avancer, toujours recule Dans son Siège des Candiots , Qui ne sont point des Idiots.

Soit par dessous , ou dessus Terre , Qu'il croye les gagner, il erre ;

9$ II en est repoussé par tout Et , le plus souvent , mis à bout.

On dit qu'il tâche , par des Flèches, De faire dans leurs cœurs des Brèches, N'en pouvant faire à leurs Remparts,

100 Leur mandant au bout de ces Dards, Par des Billets en stile tendre , Que, s'ils veulent vers lui se rendre, • Il leur donnera Monts & Vaux.

Mais quoi ? ce sont Brides-à-veaux

105 Et , soit qu'il lionne ou renarde , Toujours sa Conqueste retarde , Et lors ce Visir, perdant cœur, Loge chez Guillot le Songeur,

79 ftitee.

Pensant que , s'il faut qu'il raporte

1 10 Sans Laurier son Chef à la Porte , Le Foudre dessus tombera » Qui décolé net le fera.

C'est dequoy, certe, il court Fortune, Vu la Défence non commune

115 De ces chers Métropolitains , Chez qui même les bons Destins .

Qui contre les Mahoms s'irritent , Les Amazones ressuscitent , Afin qu'ils soient mieux soutenus

120 Contre ces Assaillans cornus.

Car on asseure que les Femmes , Voire jusqu'aux premières Dames , Les secondent à oui mieux-mieux , Par un courage glorieux ,

125 Et que , mêmes , l'une d'entr'elles . Des plus Guerrières & plus belles , Laquelle étoit leur Thalestris , De la Gloire cherchant le Prix , Fut mise hors de Combat, n'aguére,

130 Par une Boule meurtrière.

Ah 1 pour le Sexe délicat Cette Valeur a trop d'éclat Eu selon moy, ses divins charmes Veulent un Combat d'autres Armes.

135 C'est en ce Combat que j'entens , Où de plaisir meurent les Siens, Que le brave Empereur Ignace Et cette belle & jeune Grâce , Dont l'Hymen a fait sa Moitié ,

140 (Car chacun est-là de moitié) Ont formé ce Poupon aimable

[Fêrdinand-Vencesles-Josepli, archldnc frAabictf' Ce Prince naquit le 96 du pesée.

Qui cause une joye incroyable

En leur Impériale Cour

Et même en la Nôtre, en ce jour

145 Où la Nouvelle en est venue , Et , Mardv dernier, fut receue De l'une & l'autre Majesté , Avec beaucoup de gayeté.

Vraiment , ce Monarque des Aîgles

150 De l'Hymen entend bien les Reigles De faire ainsi , dans les neuf Mois , Voir ce Fruit de ses doux Explois Et, par ma foy, s'il veut m'en croire, Pour mettre le comble à sa gloire ,

155 Tek beaux Fais il continuera Et tous les autres laissera , Où je croi, sans aucun méconte ,

Gramonl

Qu'il pourroit moins trouver son

[compte.

Ceux de Flandres, pour le Présent,

160 Dont ne rit pas le Païsant, Consistent en Courses utiles , Où , jusques aux Portes des Villes , Nos Partis enlèvent , dit-on , Toujours le Bœuf & le Mouton.

165 D'autre part aussi , nôtre Armée , Dont va si loin la Renommée , Ayant toujours de bons Quartiers , Les avoit pris , les jours derniers , NeïSSr Proche d'Èngujren , à Gamérage , •t Où tout abondoit en fourrage

Pour les Hommes & les Chevaux.

Mais ajoutons , en peu de mots , Que cela fâche . dans Bruxelle , Beaucoup le Marquis de Castellb ,

173 Qui , par la Podagre arrêté , Ne peut , en bonne vérité , S'opposer à tous ces désordres Que par de tels-quels petits ordres , Lesquels v aussi malsains que lui ,

180 Ne pourront empêcher meshui Les Nôtres de faire leurs Orges.

A propos , le Comte de Lorges Est allé , dans un bel arroy, Pour commander à Charle-Roy,

185 D'où Monsieurle Marquis d'Humiére, Pourvu de cœur & de lumière , Est venu prendre promptement De Lile le Gouvernement.

Nôtre auguste & si sage Sire ,

190 Ainsi qu'on vient de me le dire . Donnant au Marquis de Belfons (Car il a , d'Honneur, plusieurs

[Fonds) Quelqu'autre Employ non moins

[insigne , Ni de sa Bravoure moins digne.

195 Un obligeant Monsieur du Mars, Sur la Frontière un petit Mars , Où , par d'heureuses Destinées, Depuis quatorze ou quinze années , Il sert le Roy trés-dignement,

300 M'écrit un triste Evénement ; Mais , ne le pouvant icy mettre ,

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