Du i.o. Décembre 1667 (Robihktï
Ni tout-à-fait , ni peu , ni prou , Avec ses Amis de Moscou.
Mais , pour ne laisser rien à dire , 60 Faut ajouter le mot pour rire »
Que Monsieur Argent, qui fait tout* A conduit cette Afaire à bout.
Que vous dirai-je de Candie ?
Bonne-foy, je ne le sçai mie ,
65 Tant l'on parle , dans ce moment , De son Destin diversement Et sans aucune certitude.
Or nôtre Clion , un peu Prude , Aimeroit mieux n'écrire rien
70 Que de ne pas écrire bien , C'est-à-dire en Muze Historique , Fort éclairée & véridique.
Selon des uns le beau caquet , Les Turcs ont levé le Piquet ,
75 Et cette Métropolitaine Est libre , pour chose certaine ; Suivant des autres le discours , Leur Visir la presse toujours , Et , doive y périr son Armée ,
80 De Peste & de Faim consumée , Ou détruite des Candiots , Sans nul progrez & sans nul los , Il poursuivra son entreprise Jusques à la dernière Crise.
85 On difoit que le Portugal (Mais cet Ow-là discouroit mal) S'accommodoit avec I'Espagne ; Car, par Monsieur Saint Charte-
magne , C'est un conte à dormir debout
90 Et , certe , il n'en est rien du tout. Ce bruit vient de la Politique De Madrid, qui beaucoup s'en pique.
La Ville de Londre , à la fin , Se relève de son Destin 95 Et sera bien-tôt rétablie , A l'épreuve de l'Incendie.
Le Duc d'York, 4prnîérement , Y fut surpris subitement Par la Sœur de Dame Rougeole , 100 Qu'on nomme Petite Vérole ; Mais , à ce qu'on dit , son venin Se trouve pour lui fort bénin.
Le Parlbmknt, moins débonnaire Au Seigneur Hidde , son beau-Pére
105 (C'est le Comte de Clarendon), Lui fait son Procez tout-de-bon ; .
Mais lui , seur de son innocence , Avéque ferme contenance , A son Examen répond sec
1 10 Et fiait voir qu'il a trés-bon Bec.
Je ne pus, dans mes deux Dernié- Etant surmonté des matières , [res , Poursuivre l'Histoire du Fort Qu'ataquoit le Sieur de Beaufort
1 15 (A former des Sièges habiles), Au grand Faux-bourg de cette Ville.
Or, justement , le vingt-&-trois , C'est à sçavoir de l'autre mois • Il fit , sans batre la Diane ,
iao Monter en Garde de Tavane , Et commanda , dans le moment, De Baux pour faire un Logement.
Puis , on ouit avec furie Tintamarrer l'Artillerie ,
125 Que secondoit , faisant beau jeu , De la Tranchée aussi le feu.
Lors , ceux qu'envelopoit le Siège , Craignans de tomber dans le Piège , Sortirent vigoureusement ,
130 Pour brûler ledit Logement ;
Mais-là, des Gens d'Armes alaigres.
Les uns gras & les autres maigres , Les receurent d'assez bel-air ; De plus , un Chevalier expert
135 Dans le belliqueux Exercice , Qu'on appelle de Saint Maurice , Etant sorti fort brusquement De derrière un Epaulement , Les soûtinst , avec sa Cohorte ,
140 De si brave & galante sorte Qu'il recogna bien-tôt ches-eus Les Assiégez , quoi que tr£s~preux.
Pour faire, enfin, toutes les mines, En suite on fit jouer les Mines ,
145 La Demi-Lune on attaqua , D'où l'Ennemi l'on débusqua , Et ledit Beaufort & Tavane , Bien loin de faire illee la Cane , Montèrent intrépidement
150 Et dressèrent leur Logement.
De l'autre-part , par Contremine , On l'eut bien-tôt mis en ruine , Et le Sieur Gouverneur Cmapat
un
a6i. — Du 10. Décembre 1667 (Robinet),
(Car c'était à bon Chat bon Rat)
159 Fit une Sortie assez sèche , Pour un peu rajuster la Brèche.
Mais cela n'eut pas grancTvertu , Et Saint Maurice , franc têtu ,
Y montant, tout à l'heure-même ,
160 Avec une furie extrême ,
Y planta très-bien & très-beau , A ce qu'on m'a dit , son Drapeau.
Alors , on fit nouvelle Ataque , Et l'on fit tant & tique & taque ,
165 Qu'en suite de ce long conflit , Le Logement on rétablit , Et contraignit ceux de la Place , Malgré leurs Dents & leur audace, A promptement s'humilier,
170 Id est à demander Quartier.
C'est ainsi que nôtre Noblesse S'exerce , se stile & se dresse.
Chez Messieurs du Pays Flamant On vit assez tranquilement ;
175 II ne s'y fait nul' Exploit d'Armes Que puissent célébrer mes Carmes ; Mais l'Amour, au défaut de Mars , Y déployant ses Etendards , En fournit à mon Ecritoire
180 Cette rare & tragique Histoire.
LE SCEVOLE FEMININ.
Un , dont le nom ne se sçait pas , Ayant trouvé beaucoup d'Appas En certaine Dame de Lilk
gîlle , en Beautez , dit-on , fertile) , 'en pique , & l'aime d'une ardeur Qui se tourne enfin en fureur.
Car, l'ayant long-temps poursuivie Sans qu'à son amoureuse envie Elle réponde peu ni prou ,
190 Plus enragé qu'un Loup-Garou , Un jour qu'il rencontre la Belle , Toute seule , dans sa ruelle , Il se prosterne à ses genoux Et , niant encor un peu doux ,
195 Employé encore mainte phrase , Toute pleine de tendre emphase , Pour tacher de fléchir son cœur Et de s'en rendre le vainqueur.
Mais, voyant qu'il perd se» fleurettes
»oo Les plus douces & plus tendrettes ,
Il se sert de la force enfin Pour exécuter son dessein.
Elle aussi se met en défence Si bien , contre sa violence ,
305 Qu'elle le met hors de combat Et , bref, tout sanglant , vous l'abat D'un coup qui , pour tout dire en
[somme, L'empesche désormais d'être Hom-
[me.
On accourt au bruit du conflit,
a 10 Et , comme on conêt le Délit Et le châtiment sans exemple , Les deux Combatans l'on contemple.
Sans sçavoir qui l'on doit le plus , En cet Acte qui rend confus ,
215 Des deux louer, blâmer, ouplaindre:
Car, sans rien déguiser ni teindre , Si la Dame est fort à louer, Ainsi qu'il le faut avouer, Et si , dans un Acte semblable ,
a 20 L'Amant est aussi fort blâmable , A le prendre sur l'autre pié , Est-il moins digne de pitié De se voir au rang des Profanes Qui sont les Argus des Sultanes ,
225 S'il faut que , malgré sa douleur, Las 1 il survive à son malheur?
Mais, pour qui que tu t'intéresses, Mon Lecteur, suspend tes tendresses Et mêmes ton étonnement
230 Jusqu'au bout de l'Evénement, Car, en ce Lieu , la Tragédie N'est pas entièrement finie.
Cette Dame, prenant à cœur fneur, Trop chaudement son Point d Hon-
335 Contre sa blanche main se fâche , Et , soit qu'elle la juge lâche De n'avoir pu , par son effort , A l'Agresseur donner la mort , Soit qu'elle la croye polue ,
340 De dépit & de honte émue , Elle court vers un grand Brasier, Et-là , pour la purifier, A ses fiâmes elle l'immole , Comme jadis le grand Scevole
345 Au feu la sienne abandonna , Pour avoir manqué Porseiina.
Ces jours passez, nôtre Monarque»
Par une favorable marque , Tinst le Fils & premier Poupon
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