‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 29 sur 257 · Du 4. Juillet 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 4. Juillet 1666 (Robinet

Ecrire derechef pour sa Royale Altesse.

Vous verrez , ah I quel heur ! vous verrez ses beaux Yeux ,

Qui brillent d'un Feu glorieux ,

Se fixer sur toutes vos Lignes ;

Et lors , par un heur sans pareil ,

Vous aurez de plus d'un Soleil Les illustres Aspects ot les Faveurs insignes.

Plus que jamais les Polonchs S'échauffent dedans leur harnois, Tant ceux qui sont au Roy fideHes Que les Traîtres & les Rebelles;

25 Mais les premiers , comme jadis Les bons Anges au Paradis 9 Afin de donner la Saccade Et faire faire la Cascade A l'orgueilleux Lubowrski

30 Et ses maudits Adhérans , qui Voudroyent , ainsi qu'on nous le

[prône , A leur Prince ravir le Trône.

Mais déjà maint Noble est sorti De leur détestable Parti ,

35 Et l'on espère que bien d'autres Quitteront là les feux Apôtres Pour se remettre au rang des bons.

Las I si sur ce point mes Sermons Pouvoyent servir de quelque chose ,

40 Vraiment, soit en Vers soit en Prose, Volontiers je leur en ferais , Et tous je les exhorterais A venir , en bref , reconétre Leur Prince & légitime Maître ;

45 Mais quoi ! souvent à tels Discours Messieurs les Mutins font les Sourds.

Le Dannexarc & la Suéde , A la fin , sans aucun remède , Se feront niche , en vérité , 50 Tant leur Courage est emporté ; A leur faire en cette Occurance Aucun Prône ni Remontrance Je perdrais encor mon Discours , Et je parlerais à des Sourds.

55 Je sçai que Venise & la Porte , Poussez d'une haine tres-forte , Font l'une & l'autre des Apprés Pour se froter sur nouveaux frais En cette prochaine Campagne ,

51 Et leur faire.

60 Soit dessus l'humide Campagne ,

Ou sur le terrestre Elément ,

Et que déjà terriblement

Leurs Gens s'escriment en Candie ;

Mais, par ma foy, quoi que j'en die, 65 Je perds en l'Air tous mes Discours

Et j'apostrophe de francs Sourds.

Les Nations oui portent fraise , L'Espagnole & la Portugaise , Loin aussi de toute union

70 Et d'aucune Suspension Qui fist rouiller leur Cimeterre , Désirent enfin que la Guerre Décide seule leurs Débats Par nouveaux Sièges & Combats.

75 Pour moy, je veux les laisser faire , Car, en un mot , c'est leur Affaire , Et puis, à quoi bon mes Discours ?

Ce serait haranguer des Sourds.

Selon qu'on le dit par le Monde ,

80 On doit revoir, sur la grande Onde, Avant qu'il soit beaucoup de temps, Les deux belliqueux Osts Flotans Et d' Angleterre & de Holandb , Tant l'ardeur de combatre est grande

85 Entre ces deux fiers Ennemis Que l'on ne scauroit rendre Amis , Bien que la charmante Concorde Soit préférable à la Discorde , Qui leur fait ainsi sur les Eaux

90 Exposer Hommes & Vaisseaux , Qu'ils pourroyent, s'ils étoyent bien Employer à d autres usages, [sages, A leur Commerce notamment , Qui chez Eux réciproquement

95 Produirait honneur & richesse Et, bref, une pleine alaigresse.

Mais , hélas ! à ces miens Discours Les bonnes Gens paressent Sourds.

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