‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 32 sur 257 · VU. SEMAINE · texte numérisé non relu

VU. SEMAINE

Du Jeudy 8. Juillet 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Mon Prince, au nom de Dieu, ne vous échauffez pas En allant à Moret coucher sous une tente ;

Demeurez plustost dans les bras

De vostre sage Gouvernante.

Si vous voulez sçavoir ce que l'on fera là ,

Et qui, des Soldats ou des Dames, Auront pris plus de monde & fait perdre plus d'ames , Je reviendray demain vous dire lout cela. Pourquoy vous empresser, jeune comme vous estes ,

A camper parmy des soldas ?

Vous irez assez tost à vos propres conquestes . Et la fatigue alors ne vous manquera pas.

I Vom iiei MWI loti à TO! prnptes coniju'j' Siru ™» en tuonututa « fa*

14a*' — Du 8. Juillet 1666 (Subugny).

Et puis , j'ay sceu certaine affaire Qui sont des suittes d'attentat Importantes pour tout l Estât , Et que , quand je ne puis parler à Vostre Père . Je ne sçaurois dire qu'à vous.

Causons-en , Prince ; asseions nous.

Il court une estrange Nouvelle ,

Qui s'est passée à la Rochelle.

Vous vous souvenez bien du Roy de Portugal Qui nous vint dérober la Princesse d'Aumalle : Elle est enfin à luy par lien conjugal Et prend goust à porter la Couronne Royalle.

Je veux tout ce que l'on voudra ,

Et que , peut-estre , on répondra

Qu'il estoit d'un Roy bien honneste ,

Apres un tel enlèvement >

D user ainsi de sa conqueste

Et de Pespouser promptement ;

Mais Vostre Père est un Monarque

A qui le Rapt déplait beaucoup ,

Et , si l'on n'avoit fait ce coup Pendant qu'on l'arrestoit dans un Festin de marque Que Thérèse luy fit le soir du mesme jour, On aliroit veu , Seigneur , qu'à beau jeu , beau retour. Je veux vous raconter le détail de l'Histoire ,

Car elle vous étonneroit ,

Et vous ne la pourriez pas croire

De quelqu'autre qui la diroit.

En effet , à tout prendre au pié de la Nouvelle , Le Portugais tranchoit du Maistre , à la Rochelle ;

Dés le Dimanche après midy , Et bourgeois & soldats , tout y fut sous les armes. La Princesse d'Aumale avecques tous ses charmes

Fut à la Messe , le Lundy ; Le Comte de Mare , suivy d'un cent de Gardes,

Parez des plus superbes hardes ,

Et gens à qui , sans bazarder,

A moins qu'elle ne fut Princesse , Je ne donnerais pas une fille à garder , v Y suivit cette aymable Altesse.

Ce galant Comte de Mare

Estoit tellement chamaré

Qu'on ne voyoit rien de plus leste Que son just-au-corps vert , son Escharpe & sa Veste. Mais l'Escharpe sur tout le mettoit en crédit ; Cent Chiffres d'or tout pur dont elle estoit couverte Estoient miraculeux sur cette couleur verte ,

Et . si Festoffe de l'habit

16-1&A Et qu'absent le Roy vostrb Peib , Je ne puis bien dire qu'à vous.

Causons-en , Prince , & seions-nous.

36 A Le Portuoal eut veu qu'à beau jeu, beau retour. 59 A dessus sa couleur verte.

14a. — Du 8. Juillet 1666 (Subliont).

Revenoit à deux cens pistolles , La façon y donnoit encor tant de splendeur Que , pour ne perdre pas trop de temps en paroles ,

J'en dis autant pour le brodeur.

Le brave de Clermont & l'Illustre Bbthunk , Celuy-cy comme Enseigne & l'autre Lieutenant , Estoient aussi vestus de façon non commune

Et marchoient d'un air surprenant ,

Mais tousjours tous sur la verdure.

Gardes , Exempts & Brigadiers 9

Les grands & menus Officiers,

Portoient tous la mesme teinture ,

En sorte que , dés ce moment ,

On eut pu dire avec franchise

Que la Princesse eut esté prise

Sans vert assez mal aisément.

Son Altesse revint , la Messe estant finie , A travers cette belle & leste compagnie ;

On en détacha les mieux fais

Pour aller carder son Palais Et l'on avoit orné chez Elle

Une magnifique Chappelle

Avec un trône à trois aegrez Sous un des riches daiz qui se soient rencontrez ,

Où pour Grand-Maman Douairière

Estait sur le premier degré

Seulement une simple chaire , A gauche du fauteuil pour elle préparé. A six heures du soir parut un beau carosse

Avec une suite fort grosse.

. Dix Pages ayans tous manteau de velours vert

De douze galons d'or couvert ,

Des habits tout d'une parure ,

De la toille d'or pour doublure ,

Et force plumes & rubans ; Dix puissans Estafiers 9 du moins aussi çimpans , Cochers & Postillons d'une mesme fabrique , Menans six chevaux noirs , houssez de vert encor

Sous cent Chiffres couronnez d'or ,

Composoient ce train magnifique , Et le maistre en estoit Monsieur l'Ambassadeur Qui vint en cet estât , précédé de cent Gardes Et passant au milieu de mille hallebardes , Chez I'Objet enlevé , pour demander son cœur.

Vous attendez que je vous die

Qu'au moment qu'il luy demanda Cette jeune Princesse en fut toute étourdie?

Point du tout , elle l'accorda ;

Madame de Vendons*

63 A Que , tans vous conter babiolles.

65 A Les Chevaliers Clermomt, Bbthumb.

73-74 A Dt façon que l'Objet pompeux Qu'accompagnoit cette milice Se peut vanter avec Justice

D'avoir un tres-vert Amoureux.

93 A Trousse & pourpoint d'une parure. 96 A presque* aussi pimpant. — \o*A des Gakdbs.

33 14*. — Du 8. Juillet 1666 (Subligny). 34

Elle fit peu la façonnier* no Et s'en rapporta seulement

A sa Grand-Maman Douairière , Qui donna son consentement Et dit qu'elle trouvoît sa recherche agréable.

Son Ongle en suitte se rendit ^■IvSidSeid*

115 Avec une pompe admirable

Dans la Cnapeile que j'ay dit , Où les Prélats de Laon , de Lusson & de Xaintes , [ m^cLuS' Les derniers en camail & l'autre bien mitre , et Louis

Faisoient des postures fort saintes , * *M0,nPter«]

i2o Attendant que tout fut entré.

Là tous deux , à genoux , prièrent , Et puis après se Marièrent. Vous riez quand je dis cela , Mais voicy comme il faut l'entendre :

125 Soit que nostre Princesse eut la main un peu tendre

Pour celle de ce Seigneur là , Car la guerre pouvoir l'avoir fort endurcie , Soit que son Roy n'eut pas envie Que cela se fit autrement , 130 Tous furent de ce sentiment

Que FEnvoyé de la Couronne Et I'Oncle establiroient le seul nœud Conjugal , Et que les deux Espoux , estans en Portugal, Feraient tout le reste en personne.

135 * Apres que I'Evesque de Laon

De trois mots eut fait une Reine , L'incomparable Grand-Maman Fut pour la saluer chez elle en Souveraine , Mais ce fut inutilement.

140 La Princesse , malgré son nouveau Diadème ,

En luy baisant la main deux fois bien tendrement ,

Se mit à ses piez elle-mesme.

Mais , si vous m'en croyez , passons vite cecy ; Comme cette action a ae sensibles charmes 145 Et que des deux costez elle tira des larmes ,

Nous en pourrions pleurer aussi.

Son Oncle , le meilleur des Oncles du Royaume , La conduisit au Trône incontinent après , Qui peut-estre servit de baume 150 Contre l'excez de ses regrets.

L'Ambassadeur , genoux en terre , A ses yeux le premier s'offrit , Et puis , se redressant , d'un air pris à l'equerre f Baisa sa main & se couvrit ; 155 Autant en fit cet Oncle même 9

Et puis Monsieur l'Ambassadeur

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