‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 34 sur 257 · Du 8. Juillet 1666 (Subugky · texte numérisé non relu

Du 8. Juillet 1666 (Subugky

Luj donner chaussure à son pié.

Chacun dit qu'il mourra- de sa perte cruelle , Et c'est avec raison qu'il est au desespoir,

Car personne n'est à sçavoir Que sa beauté charmante avolt tant de pouvoir

Qu'il ne vivoit plus que par elle.

no

Je parlay, je pense , Jeudy.

Du bruit qui s'épandoit du Comte dk Vivonnk

Et du coup dont on le soupçonne ;

Mais j'en sçays un bien plus hardy.

Tout vis-à-vis le Cap de Galle , Un banc fit tellement craqueter sa Realle

Que ses gens crurent abismer Et qu'ils alloient tenir table ouverte à la Mer ;

Mais luy, deux fois pis qu'un StoÏque

Dans ce péril presque certain :

« Qui le voudra , » dit-il , « a se sauver s'applique ; » Pour moy je veux périr l'Estandart a la main. »

Il le dit d'un ton si severe Qu'ils résolurent tous de mourir en Galère ,

Plustost que jamais le quitter.

En suitte il la fit visiter

Pour aller eschouer en plage Et sauver au besoin plus de monde à la Nage ; Mais , comme il sceut enfin qu'il n'y faisoit point d'eau , Il fit faire Canal comme à l'accoustumée , Prit tout seul , en chemin , sur I'Anglois un Vaisseau ,

Et , faisant ramer au plus viste ,

Alla dans Gibraltar au giste.

A raisonner entre nous deux

Du fameux Comte de Vivonne , Je sçavois qu'il estoit un des plus hazardeux,

Qu'il payoit bien de sa personne ,

Et que peu de gens aujourd'huy

Estoient aussi braves que luy ; Mais , lors qu'en nous parlant des Hxros de sa race , On disoit que sur tous d tenoit bien sa place ,

Ma foy, Dauphin Charmant & doux , Je ne l'expliquois pas pour faire de tels cous.

De Londres enfin l'on nous mande Que la mort de Monk , General , Dont le bruit couroit en Hollande , N'est plus un secret daus Withal.

Bien d'autres mesme veulent dire Que le Prince Robert est blessé grandement Et que , coulant à fond avecque son Navire ,

yf^Ccux qui sçavotent leurs feux ont pu

[souvent prévoir Qu'il ne pourra vivre sans elle.

225 A Et tascber de sauver.

%yj A Mais a lors qu'en parlant.

238 A On disoit que sur tous il remplissoit sa place.

14a. — Du 8. Juillet 1666 (Svbugnt).

On l'en avoit sauvé , je ne sçay pas comment. En vérité , Dauphin aymablb , Tromp a bien trompé les Anglois , De leur faire ces coups de Diable ,

Lorsqu'ils ne vouloient rien que fesser I'Holiakdois.

Je dis ces coups de Diable , & m'ostine à le dire , Car, témoin I'Admiral Aiscu , Quand par luy-mesme il fut vaincu ,

Il vit , dit-il , un Tromp , presque en chaque Navire , Et pour prendre ainsi tant de corps

Vous m'avouerez qu'il faut de diables de ressorts. Mais , Adieu ; cecy n'est que roses :

A demain beaucoup d'autres choses.

de SUBLIGNY.

A Paris , Cheç Alexandre Lesselin , au coin & la rue ùanphine , devant le Pont neuf. Avec Privilège du Roy.

25 a A A lors qu'ils ne vouloient que. I La signature de V auteur et t adresse du libraire ne

253 m'obstine. | se trouvent que dans A. — BC placent ici la date.

ÇA La Muse de Cour 1666 (voy. tome I, col. 909), pp. 49-56. B La Muse Diuphihe 1667 — pp. 56-64.

C La Muse Daitphme 1668 — pp. 56-64.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par LA GRAVETTE db MAYOLAS.]

Du 11. Juillet 1666.

Princesse , j'aurois peine à croire L'heureux succez de mon Histoire , Si les Sçavans & Curieux N'écrivoient de diférens lieux

5 Qu'on trouve ma seule Gazette Forte , régulière & discrette.

Ma sincère production A telle réputation Qu'il n'est Envieux ny satire

10 Qui soit en état de luy nuire , Et j'apréhende que quelqu'un , Jaloux de son sort , oportun Depuis un an & sept semaines , En ayant les fièvres quartaines ,

15 Perdant le courage ou l'esprit , Ne meure à la fin de dépit.

Celuy qui ne peut se contraindre

Est , sans-doute , le plus à plaindre ; Pour-moy je ne me plains jamais , 20 Je laisse tout le monde en paix.

On a beau faire , on a beau dire , Je ne me mêle que d'écrire.

Les fameux & braves François Qui secouraient les Holandois , 25 Témoignans par tout leur vaillance , Sont enfin revenus en France , Après avoir, fort bel & bien , Fait rengainer le Munstrien , Pris Châteaux , Villes & Villages ,

18 le plus à craindre. — Cette correction est indiquée par Mayolas lui-même à la fin de sa lettre du 18 juillet.

?o Traversé Monts & pâturages , Produit mainte belle action , Digne de nôtre Nation.

Après avoir frit des merveilles , Receu caresses nompareilles ,

35 Des Régales & des Présans Des Magistrats les plus puissans , Ces Guerriers parurent, Dimanche, En cravate & chemize blanche , Auprès de Morbt , bien montez

40 Et tort galamment ajustez.

Le plus grand Monaraue du Monde, Qui soit sur la Terre « sur l'Onde , Nôtre Rot Lotns de Bourbon , Qui fait tout trembler par son Nom,

4$ Se rendit prés de la rivière Pour voir cette Troupe guerrière , En ordre , équipage fort beau , Prés dudit Moret & Montreau , Où l'on avoit dressé des Tantes

50 Pour des Personnes importantes , Qui tout un jour, & voire deux , Campèrent dans ces vastes lieux.

Si-tôt que Monsieur de Pradklle , Commandant vaillant & fideile ,

55 Salua ce Prince charmant , Luy faizant quelque complimant % Nôtre Monarque incomparable Lui fit acueil trés-favorable.

Monsieur d'ARTAGNAN, sage & preux,

60 Fut receu d'un air gracieux , Et Monsieur Colbkrt, prude & bra- De ce Potentat juste & grave [ve , Fut acueilly civilement Et non moins agréablement.

65 Puis il fit faire l'Exercice * A cette pimpante Milice :

Gardes-du-Corps, tous bien couvers, Mousquetaires , Chevaux-légers , Ainsi que Daufins & Gens-d'armes ;

70 Et , manians fort bien les armes , Les spectateurs furent ravis D'eux, mais sur-tout du Grand Louis.

Le lendemain , Monsieur , Madame Et mainte Damoizelle & Dame

75 De la plus haute qualité Et de la plus rare beauté Vinrent , avec ce grand Monarque , Voir la Cohorte de remarque , Qui fit son devoir bravement.

80 Après ce divertissement , Dans un salon plain de feuillage , Ressemblant à un verbocage ,

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