Du 18. Juillet 1666 (Màyolas
175 La première flâme joyeuse , Qu elle devint tres-désastreuze.
Quarante hommes furent brûlez , Ou du moins rôtis & grillez , Y compris les garçons & filles ,
i*> Au regret de pluzieurs familles ; Maint plaizant & beau bâtiment Receut notable détriment ; L'un sentit brûler sa moustache , L'autre vit flamber son panache ,
,85 Et quelques autres leurs habits , Changeans en pleurs & cris leurs ris.
Les Violons d abord cessèrent , Les Danseuzes plus ne dansèrent.
Chacun s'en alla , non sans bruit ,
190 Plus triste qu'un bonnet de nuit.
Les Maturins ou Trinitaires , Qui tirent des mains des Corsaires Les Captifs, par un saint soucy , Mercredy, dans Montmorency,
'95 Firent faire un pompeux Service Et très-solennel Sacrifice *gj Pour TEpouze , de grand renom , teuitiwDu Duc qui portoit ce beau Nom , Fondateur dudit Monastère ,
200 Où sa mémoire l'on révère.
Monsieur l'Abbé le Laboureur Dit la Messe de tout son cœur.
Je n'obmets point dans cette Histoire Que les Prestres de l'Oratoire ,
*°5 Chanoines & Religieux ,
Se rendirent, & fort nombreux, En l'Eglize , de noir brillante , Autour d'une Chapelle ardante.
Les Oficiers du susdit lieu
*«• Pour Elle v furent prier Dixu , Remplis d une ardeur sans seconde, Avec un grand concours de monde.
Le Père Thomas Thévenet , Dont l'esprit est sçavant & net ,
ai5 Prononça l'Oraizon funèbre Au gré de la Troupe célèbre.
Messieurs les prudens Directeurs Et favorables Protecteurs De l'Indien & cher Commerce ,
aao Qu'avec bon succez on exerce , Par des soins utiles & beaux , Ont équipé six grands Vaisseaux Au fameux Port de la Rochelle, Pour une entreprize si belle ,
**5 Sans conter encore que dix , Avec trois autres , sont partis , Régis par Monsieur de la Barre , Qui , malgré l'ennemy, s'y carre.
Je mets icy, tout d'un plain vol ,
sjo Comme l'Abbesse de S. Fol , ** Beauvus Dont les vertus sont sans limite, [MeAietae Dans son beau Convent fut bènîte, Qamo&t- Ainsi que celle d'Origny, JgS?1
Dont le mérite est infiny, tfSool?
»35 Ayans alors pour compagnie 1SSSm
En icelle cérémonie , soumis]
Celles de Saint-Cyr & Rèaulieu , l5SJf Qui se trouvèrent audit lieu. AaSSE*
L'Eglize étant fort bien parée , ïcSïï-*
*4f> La Messe fut-là célébrée yïï&ui]
Par le grand Prélat de Noyon , [François Avec grâce & dévotion , Oermont.
Qui , sur ce sujet agréable , Tonner»!
Fit un Sermon incomparable.
M5 Un des plus illustres Marquis , Puisque c'est celuy de Sourdis , Dont mille biens je pourois dire , Et qui me fait l'honneur de lire L'Ouvrage que ma main bâtit
*5<> Et de l'estimer un petit ,
De Clermont l'illustre Comtesse , Avec quantité de Noblesse Et des Gens encore à foizon De l'une & de l'autre Maizon ,
**5 Au susdit Convent se rendirent , Et tous à tout fort aplaudirent.
Princesse , j'ay pluzieurs billets Qui pouroient remplir trois feuillets; Mais, puisque mon Epître est plaine, 160 Gardons-les pour l'autre semaine.
Ecrit en stile franc & net • Du prézent mois le dix & sept.
En la 1. col., 18. vert de la dernière Lettre , lisez plaindre.
A P*rû CJUf C. Ckemmlt, fmp. & Ub.t Aux Armes du Roy, ru$dêU HuchêtU. Avu Privilège de S. M.
(Bîblioth. de M. le baron James de Rothschild. — Cet exemplaire, destiné à la vente «n province, porte la date du ai juillet ; nous rétablissons la date que devaient porter les exemplaires mis en vente à Paris.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.J
Du 17. Juillet 1666.
Jour exprés par moy consacré Au Parangon des Henriette^, Et , tout ainsi qu'un Jour sacré , En Rouge écrit sur mes Tablettes»
la , ça , qu'à ces fins premiers Trais , les Trais de clarté , ces beaux Rais , Dont le jaune Phœbus vous trace & vous allume , Je prenne Ecritoire & Papier Et , faisant le bec à ma Plume , Nous essayons pour Elle à bien historier.
Ah ! quelle gloire & quel bon-heur
D'avoir une Tasche si belle !
Rien ne coûte , & , de tout son Cœur ,
La Muse signale son zélé.
Elle croid que ce soit trop peu
De ne montrer ainsi son Feu Qu'un seul de ces huit jours qui font une Semaine ,
Et voudrait à chaque moment
Ouvrir & répandre sa Veine Pour un Objet si grand , si rare & si charmant.
C'est d'où vient la difficulté . Bien souvent d'abréger sa Lettre ,
Lors qu'elle a quelque nouveauté
Qu'elle pourrait encor y mettre ,
Voulant, en ce précieux Jour,
A l'Altesse faire sa Cour Pour tous les chers momens d'une Semaine entière.
Mais voila préluder assez ;
Entrons promptement en matière :
Mes petits Vermisseaux veulent montrer leur nez.
De la Pologne on a nouvelle Que le Mutin est en cervelle , Voyant déserter son Parti , Qu'il croyoit si bien assorti , 15 Car la Noblesse s'en détache , Ce qui davantage le fâche.
D'autre part , le Roy Cazimir , Qui n'est pas un Prince à dormir Quand de la besogne on lui taille, 40 Va bien-tôt lui donner Bataille , Ayant les forces à la main Pour soumettre le faux Vilain ;
147* — Du 17. Juillet 1666 (Robinet).
Et , si le Ciel mes Vœux écoute , Nous pourrons voir à Vauderoute 45 Ce LnBOMntSKi souhçonné De vouloir être couronné.
Ignace , qui le favorise , Devroit quitter cette entreprise Et s'appliquer, plus que Jamais ,
50 A maintenir chez lui la Paix, Car, de la façon qu'on en cause , L'Otoman ne cherche autre chose Qu'un sujet de le quereller, Pour avoir lieu de la troubler
55 Et de r établir sur sa Terre L'ample Théâtre de la Guerre.
Vrangel, Suédois belliqueux , Contre Brémen fait le fougueux Et désire , avec plomb & poudre ,
60 Tout de bon contr'elle en découdre, Pour la réduire , s'il se peut Et si son Magistrat ne veut Consentir à plus d'une chose Qu'avec chaleur il lui propose ,
65 Et dont je vous informeray Quand un peu mieux je le sçauray.
La célèbre Reyne Christine De Rome à Stokolm s'achemine , Mais à petit pas , ce dit-on ,
70 Afin de décliner son nom Et prendre place en la Diète , Qui dans cette Ville s'apprête Ou , disons mieux , oui s apprêtait ; Car, ayans sceu qu'elle y venoit ,
75 Non pas pour ennler des Perles , Les Ministres , comme fins Merles, L'ont différée adrétement , Et voila , bonne fov, comment Fin contre Fin , dit l'Ecriture ,
80 N'est pas bon à faire doublure.
Les Portugais, toujours guerriers, Aux Myrthes mêlans les Lauriers, Pour en faire avecque alaigresse Des Guirlandes à leur Princesse ; 85 Se sont, d'un air assez gaillard , Rendus maîtres de San Lucar , De Trigeros & d'autres Places ,
Dont ils n'ont laissé que les Traces, Dans le Comté de Niébla.
90 En suite , ils sont passez de là Vers le beau Poste d'AYAMONTE , Qu'ils faisoyent , ce dit-on , leur
[compte D'emporter encor en jouant ; Néantmoins , comme a bon escient 95 La Garnison , un peu mutine , A se bien défendre s'obstine , Il leur faudra , par la morbleu , Agir là bien plus fort que Jeu.
Mais, pour revenir à leur Reyne , 100 Qui d'en parler vaut bien la peine , Après que le Grand Sacrement Eut fait de cet Objet charmant Une Majesté Portugaise , On l'embarqua bien à son aise 105 Sur le Vandôme , grand Vaisseau Construit à merveille & fort beau , Pour l'acheminer à Lisbonne , Vers son Epous , Porte-Couronne , Qui sera , je n'en doute point , 1 10 Dans ses bras heureux de tout point. Pour moy, si j'étois jeune Sire (Ce petit mot soit dit pour rire^ Je crois qu'une telle Beauté Feroit bien ma Félicité.
115 Dedans I'Isle de Saint Cristophr Il s'est fait certaine Apostrophe , Non avec la Langue vraiment, Mais , las ! hélas I bien autrement Avec des Flûtes & Rapières ,
1 30 Plus que la Parque meurtrières , Entre le François & I^nglots , Qui paressent à cette Fois Ennemis du tout implacables , Id est irréconciliables ,
125 Encor que sans cesse mes vœux Soyent pour les rabienner tous deux.
Cependant, pour compter l'Histoire, Le François avec la Victoire , Dans cette Apostrophe de Mars ,
130 A triomphé de toutes parts , Selon son ordinaire soie , Et s'est rendu maître de I'Isle.
Il est bien vrai que ce Bon-heur Lui coûte son cher Gouverneur ,
135 L'illustre Commandeur de Sales ,
147* — Du 17. Juillet 1666 (Robinet).
Qui , dans ces Ataques fatales , A receu le Coup de Cloton ; Mais Ton peut dire tout de bon , Et sans que les nôtres on flate , 140 Que , comme il étoit un Béate , Voire petit Neveu d'un Saint Qui dans le Ciel n'est pas succint, Il pourra, du Lieu de sa Gloire Les maintenir dans leur Victoire.
145 * La Caravelle de renom ,
Qui fait tant de bruit d'un Canon , Est dans le Havre revenue , Où Dieu sçait comme on l'a receue , Après tant de galàns Explois
150 Qu'on en publie à haute voix , Entre lesquels beaucoup on prise Sa dernière & gentille Prise ; Car c'est un petit Bâtiment Orné partout fort joliment ,
155 Tant à la Poupe qu'à la Proue , Où certains Lions font la moue , Et qui peut servir quelque Jour A ce vrai Miracle a Amour , Nôtre sage & brillante Reyne ,
160 Pour se promener sur la Seine , Ou bien ailleurs , dessus les Eaux Que renferment divers Canaux , Où les Zéphirs , par un beau zélé , Tracent cent Chifres autour d'EUe.
165 La Veille de Sanctus Petrus , Qu'en l'absence du clair Phœbus , Le Havre En ce Lieu , selon la coutume , Des Feux à l'entour on allume , Deux Frégates vinrent lorgner
170 Pour essayer de butiner ; JL^ Mais le Duc , qui toujours y veille , Ou tres-peu, du moins, y sommeille, Avoit de tels ordres donnez Qu'elles n'eurent qu'un pied de nez.
175 Disons, poursuivans nôtre Epître Par un autre assez beau Chapitre , Que l'on attend Ici le Corps De l'un de nos illustres Morts y Du célèbre René des Cartes ,
180 Lequel , bien qu'il jouât aux cartes , Etoit pourtant , on le sçait bien , Habile Mathématicien
Et Philosophe fort solide.
Il opposoit le Plain au Vuide 185 Du Docte Monsieur Gassandi
Et nioit , comme Esprit hardi ,
D'autres Points de Philosophie ,
Dont maints Disciples de Sophie ,
De la vieille & nouvelle Loy , 190 Faisoyent des Articles de Fov.
Les Sectateurs de ce rare Homme ,
Natif de Paris , non de Rome,
Ayans grande amitié pour Lui ,
Le font, dit-on, peindre aujourd'hui 195 Foulant à ses pieds Aristotb
Par le Moule de sa Calote ;
Mais leur zélé est un peu trop fort
Et j'en condamne le transport ,
Comme de celui des Lullistes 200 Qui font marcher dessus les Pistes
De leur Philosophe Raymond
(Cela me semble Rodomont)
Tous les Anciens & Modernes ,
Pour lesquels ils n'ont que des ber- 205 Chacun a sceu ce qu'il a sceu , [nés.
Mais à tous quelqu'honneur est dû,
Et l'on ne peut , en conscience ,
Perdre ainsi pour eux révérence.
Au reste , au Comte de Treslon , A,^Jf* 210 Personnage d'un beau renom , de France
Nous devons grâce toute entière , &Se
Car c'est lui qui du Cimetière ,
Qui de Stokolm garde les Morts ,
A fait retirer ce cher Corps 215 Que bien-tôt donc avec liesse
Nous recevrons dedans Lutéce.
A Soleure , belle Cité Et Ville à Catholicité , On porta dans la Cathédrale
220 Un joli Panier en Ovale ,
Panier construit d'ozier tout vert , Avec un Linge blanc couvert, Et l'on le mit , dit le Mémoire Duquel j'ay tiré cette Histoire ,
225 Sur le Maître Autel proprement , Comme on fait coûtumiérement Les Offrandes qu'Ulec on porte.
Or le Sacristain s'y transporte En même temps pour s'en saisir ;
230 Mais , par un curieux désir,
Voulant voir quelle étoit I'Offrande.
Sa surprise certes fut grande De trouver un beau Populo
enSuIne
t47< — Du l7- Juillet 1666 (Robinet).
Dans ce Panier fusant dodo.
235 Non sans sujet camus & blême , kcbrf U Ie porte , dans l'instant même , de ce Droit au Logis de I'Avoybr , Afin qu'il lui plût l'envoyer En quelque Hôpital de la Ville ;
240 Mais , d'une façon bien civile , Voici comme il lui repartit :
« Non , non , » lui dit-il , <r ce Petit, » Monsieur le Sacristain , est vôtre » Et ne sçauroit être à nul autre.
245 » Quoi ! voudriez-vous à cette fois » Abandonner ainsi vos Droits ?
» Car toutes les Offrandes vives , » Selon nos anciennes Archives , » Sont à vous , vous le sçavez bien ,
a*o» Sans qu'on vous en puisse ôter rien. » Remportez donc à la bonne heure » Ce Poupart en vôtre Demeure, » Et le pourvoyez avec soin > De tout ce qui lui fait besoin. »
355 Ainsi lui demeure I'OffrInde , Quoi qu'il en gronde & s'en défende, Pource qu'en effet , cher Lecteur (Et ne me croi pas un Menteur) , Toutes Offrandes ayans vie ,
260 Comme Pigeon , volaille , Pie , Caille , Cochon de lait , Agneau , Perdri , Dindon , ou Passereau , Dont, suivant la coutume en Suisse, A I'Eouse on fait Sacrifice ,
265 Est de plein droit , il est certain , A mondit Sieur le Sacristain.
Mais quelque Pointilleur sans doute, Qui lit ce Chapitre ou l'écoute , Me dira qu'un petit Chrétien
270 N'est pas , non da , je le sçai bien , Une Offrande qui soit semblable.
Cette Pointillé est raisonnable , Mais je répond au Pointilleur, Sauf ici son avis meilleur,
275 Que c'est au Sacristain à faire Une distinction si claire.
Trois jours après la Saint Henry, Sainct par moy certes fort chery, Etant Patron de l'Héroïne 280 A qui mes Lettres je destine , Je nnis encor celle-ci Pour sa Royale Altesse aussi.
, Chez F. Mugtut» nu de ta Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. nat. Le*, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296, A3. Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.)
LA MUSE DE COUR
[ Par PERDOU db SUBLIGNY. 1