‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 50 sur 257 · Du a5. Juillet 1666 (Matous · texte numérisé non relu

Du a5. Juillet 1666 (Matous

Le lendemain , cette Excélence , Avec grande magnificence ,

145 Entra dans la belle Cité Où prézide Sa Sainteté , Dans le Carosse diafane Du Très-Grand Duc de Bracciane , Et les Cardinaux Ursini,

iço Antoine, Retz, Maldachini, Dans le susdit char se trouvèrent , Civilement l'acompagnérent , .

Jouyssans de son entretien , Jusqu'au Palais Farnézien ,

155 Où pluzieurs Personnes allèrent Et d'abord le complimentèrent De la part du Pape susdit »

A quoy fort bien il répondit ; Ce qui marque bien que la France

160 Et Rome sont d'intelligence.

Vous trouverez icv d'abord , Que Monsieur Catelan est mort.

D'Yorck la Royale Duchesse A fait un Prince avec liesse.

165 Plus que jamais , les Suédois Sont d'acord avec les François , Car qui toque l'un , toque l'autre.

Pour leur jplaizir & pour le nôtre.

Nouveau Traité fut , l'autre-jour,

170 Renouvelé par nôtre Cour, De sorte que , si l'Angleterre Avoit pensé qu'icelle Terre Seroit fort dans son intérêt , Elle se méprend , s'il luy plaît ,

.75 Et peut , suivant ce que l'on conte , Le rayer de dessus son compte.

La Reine Christine à Hambour Fera peut-être long séjour.

Ardante & rude fièvre tierce , 180 Dont je hays fort le commerce , Pourquoy faut-il que ton ardeur Mal-à-propos trouble le cœur De la nouvelle Impératrice ?

C'est uzer de trop de malice , i*5 Au point de son débarquement ,

148 Très est suppléé.

De cauzer son retardement , Et la conduire dans Valance , Ou quelqu'autre lieu de plaizance , Pour respirer un air plus sain

190 Que celuy du bord Dénien.

Amour seul , au lieu de ta flftme , Devoit echaufer sa belle Ame.

Lors-que l'Empereur le sçaura , De regret je croy qu'il moura,

195 Si sa prompte convalêcence Ne r'anime son espérance.

Ceux d'Alger sont bien avec nous, Et députent deux Chiaoux Vers èa Majesté Trés-Chrêtienne ,

mo Qui par-tout la paix nous moyenne.

Mais , pour plus grande sûreté De leur bonne fidélité , Ils amènent vingt-&-cinq Dames , Soient honnêtes Filles ou Femmes ,

205 Que le destin trop inhumain Avoit fait tomber en leur main , Avec serment , avec promesse De nous rendre avec allégresse Les autres que l'hostilité

210 Retenoit en captivité ,

Jeunes , vieilles , laides ou belles.

Mais, rompant leurs chaînes cruelles.

Quelque Captive, à l'œil vainqueur, Peut-être enchaînera maint cœur,

215 Et , sortant de son esclavage , En métra bien dans le servage.

Je déclare fort franchement Que Monsieur l'Abbé Talekant , Qui n'a pas moins d'intelligence

230 Que de génie & d'éloquence , Au Calvaire , Jeudy dernier, Fit son Sermon , le beau premier, A l'honneur de la Madelaine ; Et , l'Eglize étant toute plaine

335 De son illustre parenté Et Personnes de qualité , On trouva qu'il fit des merveilles , Charma les cœurs & les oreilles , Tant par sa belle expression

230 Que grâce & modération.

Madame D'Orléans Douairière Y tenoit la place première ; L'écoutant atentivement , Elle le loua hautement.

Fraxboai S. Germai

97 M9* — Du a5. Juillet 1666 (Matolas). 98

345 Pwncbssb, quand d'honnêtes-gens, Non moins habiles qu'obligeans , Me viennent conjurer de métré Quelques articles dans ma Lettre , Soit vieux ou nouveaux, sans délais

250 Et sans intérêt je le fais.

Ecarr la vrille di S. Jacques , Justement trois mois après Pasques.

335 Chacun voit, par ce qu'il sçait — Qu'il est digne Fils de son Père ; S'il ravit au premier discours , Que fera-t'il dans quelques jours ?

J'aprens, d'un noble Major-dôme, 140 Que te puissant Duc de Vandôme Chemine fort diligemment Vers son vaste Gouvernement , Où sa prézence est beaucoup chère Et peut-être aussi nécessaire.

A Paris, Ckn Ch. Cfunamlt, Imp. à Ub.t aux Armés du Roj, nu d* la HuchetU. Avec Priv. da Sa Jf .

(Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 1 1800. — Biblîoth. de M. le baron James de Rothschild* — Ce dernier exemplaire porte la date du 17 juillet et les adresses suivantes : A Paris, Char Ch. Chammlt, Imp. & Lib., mue Armas dm Ray, rua da U HuchttU, Avac Priv. daSa Majesté. Et à Ifim, Char M. Mathavet, à S. Thomas d'Aquéf.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Chauis ROBINET.] Du 25. Juillet 1666.

Demain , dit-on , ou dès ce Jour,

La Royale & brillante Altesse

Pour qui je fais rouller la Presse

Doit arriver en ce Séjour.

s O Dieux , l'agréable Nouvelle !

Je n'en sçay point une plus belle ,

Ni que j'aye aussi plus à cœur.

Je verrav ma grande Patronne , Dont le Nom de l'Oubly rendra le mien vainqueur 1 10 Ah 1 c'est un heur pour moy plus cher qu'une Couronne.

Taschons donc de bien régaler Cette Héroïne merveilleuse , Et qu'en vain la plus orgueilleuse Prétendroit pouvoir égaler.

15 Muse , prenez un gai visage ,

Mettez tout , vous dis-je , en usage Afin de plaire à ses beaux Yeux , Et faites si bien qu'elle voye Que , lors que vous sentez leur approche en ces lieux ,

30 Vous n'en avez pas moins qu'un noble excez de joye.

i5o. — Du a5. Juillet 1666 (Robinet).

On doit tenir ce qu'on promet , Alors que l'Honneur le permet.

Or t aujourd'huy, bien d'avantage , La Piété mesme m'engaçe

35 A tenir ce que j'ay promis Ces jours derniers , sbjiel & bis.

Je m'en vais donc y satisfaire Puisque la chose est nécessaire , Et voici , Lecteur, ce que c'est ;

30 Daignez le lire , s'il vous plaît.

Le Mercredi pénultième Et de ce mois le quatorzième , Au Grand Convbnt des Cordeliers , Qui vivent en bons Réguliers ,

35 Dans leur vaste & belle Clôture, On fit de Saint Bonnaventurb , Avec éclat & pieté , La célèbre Solennité.

Un Acte de Théologie ,

40 Non pas sans beaucoup d'énergie ,

Y fut , ledit jour, soutenu Selon son divin Contenu ,

Qui n'étoit pas un Sujet mince , Et les Pérès de la Province 45 Qui de ce Saint portent le nom

Y présidèrent, ce dit-on.

La Compagnie estoit illustre ,

Et de Prélats d'un très-grand lustre, De Philosophes , d'Orateurs ,

50 Et sur tout d' Abbez & Docteurs De la Maison de la Sorbonne , Qui certe en tels Hommes foisonne Et reçoit , pour maintes raisons , Ce Saint au rang de ses Patrons ,

55 Ayant mesme , autresfois , chez elle (Voyez donc si juste est son zélé) Pris le cher Bonnet de Docteur.

Au surplus , un digne Orateur , S'il en fut jamais un au Monde ,

60 Et dont l'Eloquence féconde Lui trace à la Gloire un chemin , Jésuite A sçavoir le Père Semin , Fit l'Eloge , d'une manière Qui ravit l'Assistance entière ,

65 Car on ne pouvoit faire mieux , Et six fois cent Religieux , De divers Ordres , s'y trouvèrent , Qui tous en extase admirèrent , Avec le reste du Concours ,

70 Un si docte & si beau Discours.

Dés long-temps, du conte on vous De la noble Infante de Perse, [berce Que l'on voit en cette Cita , Sans qu'aucun vous ait récité

75 Cette curieuse Avanture ; Mais je vais, dans mon Ecriture , En faire la narration , Dessus la Déposition De cette excellente Pucelle , .

80 Ainsi qu'Historien fidelle.

Chut, donc , car je commance ici De vous narrer l'Histoire ainsi :

De Pise certain Gentilhomme , Lequel Nicolini se nomme ,

85 S'estant pour un meurtre esquivé Et chez le Persien sauvé, Comme il avoit , hors cette tare , Les qualitez d'un Homme rare , Ayant des Lettres & du cœur ,

90 On l'y choisit pour Gouverneur Des propres Fils du Rot de Perse , Sans concurrance ni traverse ; Ainsi la Fortune , en ce jour, Fit son coup , mais voici 1' Amour.

95 Dans les yeux de la Gouvernante De nôtre Persienne Infante En un tel point il s'embrasa Et fit si bien qu'il l'épousa, Et , dans son amoureuse yvresse ,

100 II l'enlevé avec la Princesse Qui n'avoit encor que trois ans , Et tous ses joyaux & carquans.

Ainsi , tout transporté de joye, Il marche , avec si belle Proye,

105 Dix jours & dix nuits par les Bois , Bien plus viste qu'en Taupinois , Afin de dérober sa Fuite A la plus exacte Poursuite.

Il s'embarque après sur la Mer

1 10 Qui lors , ne montrant rien d'amer, Sembloit à la jeune Héroïne Faire carresse & bonne mine , S'humiliant sous le Vaisseau Lequel luy servoit de Berceau ,

1 15 Et n'admettant , dans son empire , De tous les vents , que le zéphire Pour aider l'Art des Matelots A la conduire sur ses Flots.

Mais, bien-tost, de maussades Hères,

jao Ecumeurs Turcains & Corsaires , Suivant les Décrets du Destin , En vinrent faire leur Butin.

vî.

lOl

1S0. — Du a5. Juillet 1666 (Robinet).

A deux mois de là, Ceux de Malthe, Les ayans contrains de faire halte ,

125 Reprirent ce qu'ils avoient pris , Et , pour un je ne sçay quel prix , A des Napolitains cédèrent La Princesse qu'ils enlevèrent , Laissans aller ses Ravisseurs ,

130 Dignes des Foudres punisseurs.

Or, ceux-ci , l'ayant recouvrée , Us la firent , chose asseurée , A Vienne christianiser, Ou, pour mieux dire , baptiser ;

135 Et ce fut I'Empereur lui-même Qui dessus les Fçnts de Baptême La nomma certe dignement Et tout à fait royalement , Lui donnant le nom triple & riche

140 De Valére-Auguste-d'Austriche. Alors , ses Parens putatifs (Parens pour Elle bien chétifs ! ) En Hongrie la transportèrent , Et cinq ans mesme y demeurèrent,

145 Chez le Duc Picolomini ; Mais , le susdit terme fini , La Parque , fort exterminante , Extermina la Gouvernante , Qui lors à I'Infante s'ouvrit

150 Et tout son Sort lui découvrit.

Ce que pût donc cette Princesse, v -„ En une si tendre jeunesse ; & «a. Fut de se jetter , à Presbouro , Dans un religieux Séjour ;

155 Mais , comme la Supérieure

Mourut , pour elle à la mal-heure ; Et Nigouni mesme aussi , Sans s'abandonner au souci D'une Ame rempante & vulgaire ,

téo Se sentant un cœur militaire , Un beau jour, dessous nôtre habit, Dont toujours on la travestit , Elle prit la route cTEspagne , Pour y faire quelque Campagne.

165 Mais , y manquant d'occasion , Elle changea de Région , Ayant été là deux années , Et nos Dames les Destinées L'entraînèrent en Portugal,

170 Où , d'un cœur vaillant & royal , Elle fatigua ses doux charmes , Dix-huit mois entiers , sous les Ar- Faisant le belliqueux Métier [mes , Comme le plus fameux Guerrier.

175 Ensuite , elle veid I'Itaue ,

Vénitiens

Et , sans qu'ici rien j'en oublie ,

Servit ces grands Républicains

Qui font enrager les Turcains.

Mais quoi ! cette Race infidelle 180 Fit derechef son Butin d'Elie ,

L'ayant , par un cruel méchef ,

Navrée à la main , voire au chef»

Et chez cette Engeance chétive

L'Héroïne un an fut captive , 185 Tant que de généreux Chrétiens

La tirèrent de leurs liens.

„ Elle vint lors devant Pavie ,

Par une belle & noble envie

De s'y signaler bravement , 190 Ce qu'elle fit, non pas vraiment

Sans des blesseures glorieuses.

Aussi bien que tres-angoisseuses ,

A la Cuisse , à la Jambe , au Bras ,

Tousendrois, je croi, plein d'appas»

195 Puis elle veid (toujours en Homme)

Encor Venise , Gène & Rome ,

Et là ( Dieux 1 quel injuste Sort ,

Et qu en pareil cas il a tort 1 )

Cette rare & jeune Amazone , 300 Qu'on devoit servir sur un Trône ,

Ses Inférieures servit ;

à Venise , elle eerrit deux au la SUpora Angola

Sagratl ; à Genne , deux ans aussi , la Sunora Maria Spfoota , et, à Rome . alto fat deux «^ «après la Duoheaae Savelli, qui fay donna de quoy ■«• la son voyage.

Mais enfin, elle se rendit ,

Au mois de May , dans cette Ville , p*rf»

A présent donc le cher Azile

205 De deux fameux Inportunez Que la Fortune a détrônez , Sçavoir, cette Persienne illustre , Qui n'est qu'en son cinquième lus- Et le brave Prince Otoman ; [tre,

210 Dont Ton pourrait sortablement Un digne Mariage faire , Si celuy-ci n'estoit pas Père ; n est

Car un Sort dur & rigoureux D'un mesme air les traite tous deux.

215 De Madrid court une nouvelle Qui , las ! mettra bien en cervelle Nôtre amoureux Impérator.

Il ne tient pas I'Infante encor :

Non , car certaine Tierce Fièvre ,

220 Qui dans son beau sang fait la mié- La tient à Dénia , dit-on , [vre ,

Ce qui, pour tous deux, n'est pas bon.

Jaoobin

io3

i5o. — Du 25. Juillet 1666 (Robinet).

Les Portugais , vers Atamonte , N'ont pas des mieux trouvé leur

[compte , 225 Et je l'avois fort bien prédit.

Un si brusque accueil on leur fit , Qu'aussi-tost ils se retirèrent De ce Lieu, qu'ils s'en approchèrent.

Les Anglois & les Holandois 230 S'apprêtent à nouveaux Explois ; Mais on m'a dit que la Suéde (Dieu veuille que cela succède I) Se mesle de les desarmer Et de les porter à s'aimer 235 Comme bons Voisins & Confrères.

Si je vois clair dans les Affaires , Nous serons moitié de l'Accord , Et j'en seray joyeux bien fort.

A Londre on a grande alaigresse , 240 Car d'YoRK la belle Duchesse A mis n'aguére au Monde un Fils , Heureusement , à jour préfix.

Pourquoi sa Belle-Sœur, la Reyne, Ne prend-elle pas même peine î 245 Ce Fruit d' Hymen seroit bien doux Et pour Elle & pour son Epoux , Et , certainement , elle est d'âge A prendre là dessus courage :

Nature point ne luy défaut ; 250 Mais , si par hazard il lui faut , En ce cas , donner quelque Emule , Le voici , sans nul Préambule.

On m'écrit , & c'est de Dordrech, Q'un Tronc de nerfs & d'os tout sec,

255 Une Femelle Octogénaire , Ayant repris goust au Mystère t A si noblement opéré Que , malgré Nature ou bon gré , Avant les trois quarts d'une Année ,

260 Cette Amoureuse surannée A mis en lumière un Garçon , Tel qu'il seroit de la façon De quelque Epouse printanniére.

Qui commance à prendre carrière.

265 Or, pour dire la \étité , Une telle Fécondité Condamne l'oisive Nature En toute jeune Créature • Et je prétend luy foire voir

270 En cet Exemple son devoir.

Un Ambassadeur de Pologne , Que l'on dit avoir bonne trogne , Est au Climat de nôtre Cour , Et je croi qu'il doit , en ce jour, 275 Y faire une moult belle Entrée , Qui par nous sera bien narrée.

A présent , trêve de caquet ; Je m'en vais fermer mon Paquet.

Deux jours après la Madelaine 280 Je fis cette Epître assez pleine.

LeSleor

Chancelier

delà

Reyno

Pologne

A Paris , Cheç F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Le3, 22. Réa. — Biblioth. Maiarine, 296. A*. Biblioth. de l'Arsenal y B. L. 11802.)

to5

LA MUSE DE LA COUR

[Pa* PERDOU di SUBUGNY.]

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