‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 52 sur 257 · A Et galamment pour six semaines · texte numérisé non relu

A Et galamment pour six semaines

Luy permit d'y porter ses chaînest 96 A mais sa Destinée.

îii i5i. — Du 29. Juillet 1666 (Subugny). 11a

Fort convenable à sa grandeur, Fut bien loin au devant de ce grand Personnage ; Qu'en suitte ce Duc fut conduit , 12* Avec grande pompe & grand bruit ,

Dans un Palais plus beau que n'estoient ceux d'ARWDE , Où les Romains , sçachant que nos braves François Se faisoient depuis peu servir en Piramidb , Luy firent un festin digne des plus grands Roys.

130 De l'Angleterre l'on me mande

Que la disette de Soldats

S'y rencontre par tout si grande

Que , pour combattre les Estât* ,

Lies Commissaires des Levées 1 35 Furent contraints , dans une nuit ,

D'aller prendre jusques au lit

Deux milles personnes privées.

Vous pouvez juger, Monseigneur,

Si cela fit de la Rumeur !

140 Les femmes en sont enragées ,

Et , se tenant fort outragées

Qu'on leur ait osté des Maris ,

La pluspart nouveaux & chéris ,

Jurent , en jeunes Mariées , 145 De laisser de leur rage à Londres des témoins ,

Si l'on ne les rend , tout au moins ,

Encore pour quelques nuitées.

Je ne dis pas qu'un beau matin

Elles ne fassent ce desordre 150 Et qu'elles ne donnent enfin

Aux Anglois du fil à retordre.

Mais , pour éviter leur courroux ,

Si les Milords m'en vouloient croire . , On les embarquerait avecque leurs Espoux , 155 Et cela causerait peut-estre leur victoire.

L'interest que chacune aurait

De conserver celuy qu'elle aime , - Les mettant en fureur extrême ,

Sans doute les seconderait.

160 Aussi bien , au siècle où nous sommes ,

On éprouve assez chaque jour

Qu'en des combats faits par amour

Une femme tuerait dix hommes.

Un vaisseau Suédois , chargé de plusieurs Mats 165 Pour le service d'ANGLETERRE ,

Tombant entre les mains des Troupes des Estats , Crût estre pris de bonne guerre ;

160-163 A Et Ton açait qu'au siècle où nous som- I Par l'Amour dont il est charmé ,

Lors que le cœur est animé ["mes , | Une femme tueroit dix hommes.

i5i. — Du 29. Juillet 1666 (Subugkt).

Mais le généreux de Roitbr , Qui crût que , pour venir contre là Hollandoise ,

Ce grand secours pourroit haster

Le départ de la Flotte Anoloise ,

Bien loin de l'avoir arresté , Traita son Capitaine avec magnificence

Et luy donna la liberté

D'aller à Londre en diligence ;

Je ne sçay si les Hollandois

Qui demeurent dans les Provinces Ont sceu qu'il a beu mesme à la santé des Pbinces

Et des Amiraux des Anglois.

Il dit encore au Capitaine

D'assurer ses fiers Ennemis

Que , quand ils voudroient qu'en Mer pleine

Le passage leur fut permis ,

Loin de boucher leur avenue ,

Il reculerait à leur veue ,

Et, qu'afin qu'on ne doutât point Qu'il n'attendit leur Flotte avec ardeur extrême ,

Pour la reparer de tout point ,

Il leur redonnoit ces Masts mesme.

Je ne sçay si Ruiter est certain de courir

A quelque victoire nouvelle ;

Mais , Prince, je puisse mourir

Si la bravoure n'en est belle 1

Le vent , s'opposant au dessein Qu'avoient les Hollandois de mettre pied à terre ,

Sauve un beau coup à l'Angleterre ,

Qu'elle alloit avoir dans le sein.

Cela confirme ma pensée

De croire que , doresnavant ,

Depuis la bataille passée , Le bon-heur des Anglois ne sera que du vent.

Je vous dis l'autre fois , je pense , Que l'on croyoit qu'on se bâtît ; Mais , quoy qu'un pescheur en ait dit , Je n'y voy pas trop d'asseurance.

Peut-estre ignorez-vous que je fus au Sermon Que Monsieur Tallemant fit de la pénitence ? Envoyez dire en vostre nom , De grâce , qu'on le recommence.

Vous n'avez entendu jamais rien de charmant Comme ce Monsieur Tallemant.

177 A Qui restent dedans.

180 A mesme à ce.

188-189 A Pour la préparer de tout point , Il leur donnoit les Mats de ces Suédois mesme. 193 A La bravoure m'en semble belle.

1 1 5 1 5 1 . — Du 29. Juillet 1666 (Subligny). 1 16

C'est la première fois qu'il entre dans la chaire ;

Mais Corneille , qui l'entendit

Prescher en homme extraordinaire , 215 Dit pour luy les deux Vers que son Cm avoit dit :

Qu'a deux fois ses pareils ne se font pas connoistre

Et pour leurs coups d'essat veulent des coups de Maistre.

Il n'employa , dans son discours,

Qu'amour tout pur & pures fiâmes , 330 Et je ne doute pas qu'il n'ait gagné plus d'ames

Qu'il n'eut fait , sans prescher, le reste de ses jours.

Il faut aussi que l'on confesse Qu'à voir ainsi parler contre la vanité

Un jeune homme de qualité , 335 Qu'à le voir déplorer, avec tant de tendresse ,

Ce que le monde à Dieu fait d'infidélité ,

C'est , Monseigneur, un bien doux charme

Et qui puissamment nous desarme.

Mais je n'ay pas dessein de vous faire un Sermon 230 Pour dire que luy-mesme en fit un au Calvaire ,

Devant la Divine Allençon ,

Qui , comme moy, ne s'en peut taire.

Je dis seulement , pour finir, Que , si la Maodelaine , en son discourt bien peinte , ' 335 Pouvoit plus grande devenir ,

II l'eut faite sans doute une plus grande Sainte.

Au reste , faites-moy donner mon passe-port :

En dépit de toute la guerre ,

Quelque curieux d'ANGLETERRE 340 Veut que j'aille chez luy publier vostre sort.

N'en appréhendez pas d'intrigue ,

D'intelligence , ny de ligue ; Je vay, tous les Jeudys , chez tous les Potentats

Qui sont voisins de nos Estats , 245 Où , tranchant fort de l'entendue ,

Je dis à Messieurs leurs Agens

Que c'est de la peine perdue Que de chercher en France à séduire des gens ,

Et que, les secrets d'importance 250 N'estant sceus que du Rov seulement, aujourd'huy,

Pour y former intelligence ,

Il faut que ce soit avec luy.

A Paris, Cher Alexandre Letseliu, au coin dé la rue Dauphin*, devant le Peut neuf. Avec Privilège du Roy.

232 A ne s'en pût taire. I L'adresse du libraire ne se trouve que dans A.

I — BC placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I, col. 909), pp. 73-80. 1 B La Muse Dauphine 1667 — 83-91.

C La Muse Dauphine 1668 — 83-91.)

ti7

ii8

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par LA GRAVBTTE de MàYOLAS.]

Du i. Aoust 1666.

Princesse , voicy, sans mentir, Un Prézent propre à divertir, Et tout ce que je puis atendre Ou de mes Vers jamais prétendre , Je le donnerais , peu s'en faut , Pour la moitié de ce qu'il vaut.

La manificence Génoise , A l'exemple de la Françoize , Paraît en cet Ambassadeur

10 Que Gène envoyé au Grand-Seigneur, Vêtu de la même manière Que l'êtoit sa Nation fiére , Lors qu'elle eut , jadis cy-devant , Conquis grand Pays au Levant r

15 C'est-è-dire , ayant une Veste , Pour le métré en un état leste , De veloux rouge cramoizy, Sans oublier encor cecy.

Qu'elle est double de zibeline ,

20 Et d'hermine trés-bianche & fine.

Pour abréger ce discours-cy, En Turquie il porte cecy :

Deux miroirs ae cristal de roche , Non de petits miroirs de poche ,

35 Mais en grandeur très-singuliers , Garnis de deux beaux chandeliers , Avec encore divers Lustres Qui sont pourvus de mêmes lustres; Un fauteuil d'argent figuré ,

30 Argenté, ciselé, doré,

Où pourra s'asseoir Sa Hautesse En y métant quelque molesse , Acompagné du pié d'estal , Compozé de même métal ;

35 Une argentine cassolette Pour essence de violette , D'eau d'ange , de naffe & jasmin ,

19 doublée — Cf. v. 5$.

De semblable travail enfin ; De corail rouge une écritoire ,

40 Où l'or, l'argent , au lieu d'yvoire , Luv servent d'un beau paremant Rénaussant son éclat charmant ; Deux grandes corbeilles encore , Pour y métré les fleurs de Flore .

45 Ou de Pomone le cher fruit , Et l'argent en icelles luit ; Quantité de montres brillantes , Soit muëtes ou bien sonantes , Avec des lettres & quadrans

50 A la mode des Otomans ; Une table d'or octogone Qui peut servir d'un petit trône , A qui l'on en ajoute six , Et chacun a son beau châssis ;

55 Seize caisses de confitures, Qu'on doit métré en déconfitures (Et lesdites caisses encor Sont doubles d'une toile d'or) ; Six toilétes .fort eçtimées ,

60 Excélemment bien parfumées (Et l'étofe est d'un beau brocart Où l'or reluit de part en part) , Avec brosses, peignes, pincette, Cure-dens , poudre de civette ;

65 De corail pluzieurs bracelets , Garnis d'or, qui ne sont point laids, Pour lier les bras des pucelles Et , peut-être , les cœurs des belles ; Une cave pareillement ,

70 Et très-grande infailliblement • Faite d'écaillé de tortue , Des plus belles que l'on ayt vue , Chaude en Hyver, froide en Eté , Suivant ce que l'on m'a conté ;

75 D'un fort cristal douze bouteilles , Non pleines du vin de nos treilles , Mais de quelques eaux de senteur

iig

1 5a. — Du i. Aoust 1666 (Mayolas).

Et de la plus suave odeur ; Des careaux environ quarante ,

80 Couvers d'une êtofe luizante , Le brocard d'or et de velous , Et la broderie est sur tous ; Au surplus , quantité de vestes Illec seront trés-manifestes ;

85 Six-vingts pièces de tafetas , Brocard , satin , tabis , damas :

Voilà , franchement , ce que porte Cet Ambassadeur à la Porte , „ Pour régaler de ces prézans

'90 Le Grand-Turc & ses Courtizans.

Ce fameux Général d'Armée , Ce Prince , dont la renommée D'un bout du monde à l'autre court, En un mot , le Comte d'HARcouRT ,

95 De qui l'invincible vaillance Et la merveilleuze prudance Ont fait d'admirables Exploits Pour le service de nos Rois , De Caron a passé la Barque

100 Et payé son droit à la Parque ; Mais , allant aux Cieux tout de bon, Mars n'est plus-là sans compagnon.

Son Epouzeest inconsolable , Sa douleur est inexpliquable;

105 La raizon , le deuil & l'amour Combatent son coeur nuit & jour.

Les qualitez de ce grand Prince , En qui l'on ne vit rien de mince , Font çiue nôtre Cour le plaint fort

noEt l'aime encor après sa mort.

Elle seroit moins tolérable , Si d'ARMAGNAc le Comte aimable , Que la France estime aujourd'huy , Ne le faizoit revivre en luy

1 15 Par sa clémence et son courage (II nous montre sa vive image Et toutes ses perfections Par ses charmantes actions) ; Si le chevalier de Loraine ,

120 Qui semble à ce grand Capitaine , Ne nous faizoit voir, par son bras , Qu'il va renaître sous ses pas.

Ces Enfans , dignes d'un tel Père , Que j'estime et que je révère ,

1 25 Dans l'excez d'un si grand mal-heur, Flatent un peu nôtre douleur.

Ces Héros et grands Personnages , Qui sont aussi vaillans que sages , Devraient être exempts de mourir ;

150 Mais ma Muze a beau discourir, La mort étant universelle , C'est en vain qu'on peste contre elle.

Leurs Majestez firent l'honneur De viziter, dans sa douleur,

135 La Veuve, très-grande Princesse , D'Armagnac le Comte & Comtesse , Ainsi que le charmant Daupin , Sur le sujet de leur chagrin ; Et toute la Cour, qui les aime,

140 Sur ce sujet en fait de même.

Le trionfant Duc de Beaufort, Pour le Roy s'intéressant fort , Jaloux de l'honneur de la France , Dont on a bonne expériance ,

145 Ayant sceu que quelque Espagnol Auprès de luy prenoit le vol , Avec une petite Flote f Qui sur la Mer ou cingle ou trote , Sans avoir mis pavillon bas

150 Ou salué ses bons Soldats , Il fit scavoir au Capitaine Qu'il talloit qu'il prit cette peine , Si cela ne l'incommodoit , Ou sinon qu'il l'ataqueroit

155 Et, par force , luy feroit faire La saluade nécessaire , Due à nôtre Roy Très-Chrétien :

L'Espagnol le fit , & fit bien.

Du Roy Portugais le cher Frère

160 Prince très-brave & débonnaire , Qui ne craint le feu ny le fer, A douze milles de la Mer, Alla prendre l'Auguste Reine , Du Portugal la Souveraine-,

165 Et , de la part de son Epoux , Luy fit des complimens bien doux.

Cette Princesse telle & bonne Par luy fut conduite à Lisbonne , Et puis entra dans le Palais ,

170 Plus paré qu'il ne fut jamais.

Le Roy, rempli d'impatiance , Et d'amour & de vigilance , Pour l'acueillir fit plusieurs pas Et fut charmé de ses àpas ;

175 II luy dit (si l'on ne me trompe) , Au milieu de toute sa pompe , Qu'il s'estimoit beaucoup heureux De voir l'Objet de ses beaux feux ;

159 Portugal.

» de Braganoe]

[Lcraiae-

Marie-

Françolse-

BUsabeth

de Savoie]

i5a. — Du i. Aoust 1666 (Matolas).

Qu'il métoit son Sceptre & Couronne

180 Entre les mains de sa Personne , Et que sa beauté valloit mieux Que son Royaume glorieux ; A quoy cet esprit angélique Ne demeura pas sans réplique ,

185 Et , luy parlant modestement, Galamment & sincèrement , Son discours augmenta la fiâme Que son œil jétoit dans son ame.

Je n'en dis plus... & ceteba ;

190 Pensez-en ce qu'il vous plaira.

Pendant trois entières journées , Matinées, aprés-dinées , Le soir ainsi que le matin , Ballet , Comédie & Festin ,

195 Carozel , chasse & promenade , Et Feu de joye & Mascarade , Courses de taureaux mémement , Regnoient universellement.

Le renommé Prince Maurice ,

aoo Qui sçait bien régir sa milice , A fiait prézent de deux Canons Au plus trionfant des Bourbons, Qui tirent avec certitude , Avec si grande promptitude ,

305 Que pistolets ny mousquetons A tirer ne sont pas si prompts.

Sans rien feindre ny rien rabatre , Ils tirent six coups contre quatre.

Ces jours passez , le Roy charmant

aïoEn eut le divertissemant.

On les charge par la culasse , Et poudre & baies on y place , Puis, on les ferme avec des coins , Avec de grands ou petits soins.

315 De là l'on voit comme on s'empresse A plaire au Prince de Lutéce.

[m. a*] L'Ambassadeur des Polonois Vers le Monarque des François , Arivé dans nôtre Contrée , 3ao Dix jours après fit son Entrée Dans le divertissant Château Du superbe Fontainebleau.

Il avoit vingt-deux Gentils-hommes Et trois chars portoient tous ces

[Hommes ;

235 Dix Pages encor à cheval , Ce qui ne leur séoit pas mal ; De Valets-de-pié prés de seize , Qui faizoit un par dessus treize ; Et deux Trompètes mémement ,

330 Qui sonnoient admirablement.

De la part de nôtre Monarque t Beaucoup plus sage que Plutarque , Le preux Maréchal de Grancey, Pour qui beaucoup d'estime j'ay,

a^5 Et l'Introducteur de Berlizb Allèrent , sans nulle remize , Le trouver jusqu'à la Forêt (Ce qui , sans doute , bien luy plait) Dans un carosse magnifique

340 De nôtre Louis Héroïque ,

Et ceux des plus Grands de la Cour Y roulèrent tous en ce jour.

Pluzieurs Gens le complimentèrent Et de leur part l'acompagnérent

345 Jusque* dedans l'Hôtel a'Albret , Qu'il trouva fort riche , fort net.

Il receut , dans ce domicile , De beaux complimens file-à-file :

Le Duc de Créquy, pour le Roy,

350 Luy parla fort-bien , sur ma-foy ; Pour nôtre aimablç & belle Reine , Qui de vertus a l'ame pleine , Il fut bien harangué d'abord Par le Marquis de Hautefort;

255 Pour Monsieur, Prince que j'honore, Le Comte du Plbssis encore Le salua bien comme il faut , Et le Marquis de Clérambaut, Pour Madame , toute admirable ,

360 Porta la parole agréable ;

Pour le grand Prince de Condé , Qui de son Fils est secondé , Le Comte de Guitaud , qu'il ayme , Luy fit civilité de même ,

365 Et le Comte de Langeron Pour le Duc parla tout-de-bon.

Princesse , j'achève & je coupe , Car il est bien temps que je soupe.

Ecrit le dernier de Juillet , 370 Dans un fauteuil assez douillet.

A Péris, Cher Ch. Chenault , Imp. A Lib., Aux Armes du Roy , rue de là Huchettc, Avec Priv. de S. M. Et à Lyon, Cher M, Mothevet, à S. Thomas fAcqum.

(Biblioth. de M. le baron James de Rothschild. — Cet exemplaire porte la date du 4 août ; nous avons rétabli la date que devaient porter les exemplaires destinés à être vendus à Paris.)

[Par Chaule» ROBINET.]

Du i. Aoust 1666.

C'est à ma Lettre Hebdomadaire , Que je puis nommer Circulaire , Puis cju elle court en tant de Lieux ; C'est & cette heureuse Missive , Dont on ayme la Narrative , Qu'il faut, en ce moment, m' appliquer de mon mieux.

Sa Royale Altesse Madame , Du grand Damier première Dame , L'attend comme un juste Tribut , Et , sous son Nom , son Nom illustre , Toute éclatante d'un beau lustre , Elle passe par tout , sans craindre aucun rebut. •

Mais, pour conserver des Auspices Si glorieux & si propices , Muse , en Attrais croissez toujours , Et , montrant des grâces nouvelles Dans te Récit de vos Nouvelles , De tous les beaux Espris devenez les Amours.

Dimanche, cette Altesse Auguste, Que d'encenser il est si juste , Cette Déesse de mes Vers , Qui pourrait charmer l'Univers Par sa beauté presque divine , Dont je dis moins qu'on n'en devine, Vint ici , de Fontainebleau , Dans sa Berge , petit Vaisseay Cent fois plus beau que ne fut onque De Venus naissante la Conque , Sur qui dans Cypre elle surgit.

30 L'Héroïne dont il s'agit

Parut aussi cent fois plus belle Que cette Amoureuse Immortelle , Voguant sur la Seine aisément, Dedans ce mignard Bâtiment.

35 Au milieu de toutes ses DAMEsJmes, Ses Yeux , ces deux Sources de flâ-

Semoyent sur l'Eau de plus beaux

[Feux, Et , comme le Flambeau des Cieux , Pour redonner le Jour au Monde ;

40 Ne faisoit que sortir de l'Onde , On l'eust prise , à son air riant , Pour la Beauté de I'Orient Qui vient , avec tant de lumière , Luy r'ouvrir sa vaste Carrière f

45 Lors qu'il éteint » quittant Thétys , Les Astres & grands & petits.

Monsieur, premier Monsieur de

[France , Ce Héros beau par excellence Et , par un Destin des plus doux ,

50 De Madame l'heureux Epoux , Etant dans la Nef avec Elle , Je dis • en Narrateur fidelle ,

i53. — Du 1. Aouat 1666 (Robinet).

ia6

Qu'on crût aussi voir le Chasseur Qui de 1' Aurore avoit le cœur»

55 Et que F Amour , qui tout accouple , One ne fit voir un si beau Couple Sur l'humide & fiotant Séjour , D'où sa Mers sortit au Jour, Ni plus digne du doux Empire

60 De cet aymable & petit Sirs.

A la descente du Vaisseau , Laissans mille Charmes dans l'Eau, Monsieur monta dans son Carrosse, Où l'on ne voit aucune Rosse ,

65 Et vint dans le Palais Royal

Èli-devant Palais Cardinal) , t Madame , au sien tout de mesme, Avec une vitesse extrême , Tout droit à Colombes alla , 70 Ou , pour le mieux dire , vola , Pour y voir la Reyne sa Mère , ht.

Qui luy fit grand'feste & grand'ché-

Le Lundi , ce Prince charmant Assista douloureusement

75 (Car son deuil toujours se retrace) Au Service qu'au Val de Grâce On fait , le vingtième des mois , Pour la Reyne dont les François , Depuis la Saison Hyémale ,

80 Souffrent la perte si fatale.

Ce mesme jour, devers le soir.

Pareillement il alla voir La Majesté sa Belle-Mére , Que de tout son cœur il révère ,

85 Comme de tout le sien aussi Elle le chérit , Dieu-merci ; Et de ce Lieu-là , ce me semble , A y ans soupe , dit-on , ensemble , Il fut coucher à son Saint Clou

90 Qui , certe , est un joli Bijou.

Le Mardi , son Epouse aimable , De Lui presques inséparable , L'alla joindre en ce beau Pourpris , Aussi ravissant, prix pour prix ,

95 Que celui que le Premier Homme Perdit pour un Morceau de Pomme.

C'est là qu'avec leurs chers Enfans , Déjà si beaux , si triomphans , Et si dignes de leurs tendresses 100 Sont ces deux Royales Altesses Qui charment les cœurs & les yeux Encore pour un jour ou deux.

mtnkî] Ce Séditieux de remarque

Qui prétendent à son Monarque

105 Insolemment donner la Loy Et se rendre le Roy du Roy N'a plus cette belle espérance , Et , venant à recipiscence , Par un sentiment bien plus sain ,

no II met de l'eau dedans son vin.

Ayant la Conscience large , Il abandonne toute Charge Et réduit (Dieux I le croiroit-on ?) Toute sa haute Ambition

1 15 A vivre en simple Gentil-homme , Ne demandant au Prince, en somme, Tant il borne ses appétits Et rend ses grands désirs petits , Pour son Fils, qu'une Starostie ,

taoSçavoir, celle de Cracovix.

Comme il a l'esprit bien remis (Car il l'avoit un peu démis) , Il a décompté de la sorte (La raison est honneste & forte ,

125 Et n'en soyez point ébahis) , Pour mettre en repos son Païs Et mériter Grâce du Prince.

Ça donc, ça^, qu'un verre on me Et que j'en boive à sa santé , [rince

130 Car je l'en aime , en vérité 1 Mais non , ainsi l'on ne m'affine , Voici , sans que je le devine , La raison de son changement Et si soudain amandement :

135 C'est que le Monarque de TAiole , Qui promettoit à cet Espiègle De prompts & notables secours , Ne songeant plus qu'à ses Amours , Dont l'esclandre fort le soucie ,

140 Manque à sa Promesse & l'oublie ; C'est , d'autre part, que Cazimir , Qui jure de ne point dormir Qu'il n'ait ♦ en ordre de Bataille , Défait la mutine Canaille , [breux ,

145 Marche avecque deux Osts nom- Remplis de Soldats des plus preux , Dont Celuy de Lithuanib Peut , seul , faire une Létanie D'Esclaves , de Blessez , de Morts

150 De tous les Rebelles Consors.

Voila le grand Motif, vous dis-je , Qui leur Chef à plier oblige , Et , quoy qu'il fist tant le Méchant , Luy fait foire le Chien-couchant ,

155 Mais, quoy qu'il en soit, il n'importe:

1 55 il m'importe.

1 53. — Du i. Aoust 1666 (Robinet).

Qu'il touque , ou le Diantre remporte 1

[M. Rey] Le POLONOIS AMBASSADEUR ,

Ayant sagesse , esprit, candeur, A fait , avec belle Livrée , 160 A Fontainebleau son Entrée Dans les Coches des Majestez , De plusieurs autres escortez.

»# 2twi Grancé , Seigneur plein d'accortise,

*3£* Et I'InTRODUCTEUR de BeRIIZE ,

165 Qui l'avoient été recevoir Selon l'ordinaire devoir, A l'Hôtel d'Albret l'amenèrent , Où maints Seigneurs le haranguèrent Et luy firent des Complimens

170 Et bien troussez & bien channans , De par le Roy, de par la Rbyne ^ Comme aussi , la chose est certaine, De par Madame & par Monsieur , Dont il fut ravi dans son cœur.

175 II a depuis eu I'Audiancb De ce .cher Sire de la France , De son adorable Moitié Et du Fruit de leur Amitié , Ce beau Dauphin, qui leur ressemble

180 Et leurs beaux sangs en luy r'as- Mais de qui l'éducation [semble ,

iSoit dit sans adulation) ^uy parut chose surprenante ,

Madame Qj^g ^ M digne GOUVERNANTE , Madeuf16 ^* m^me * MONSIEUR PeRIGNY,

icôtbê De belles Lettres bien muni.

Ajoutons , ce qu'on ne peut taire , Qu'à ce Ministre on a fait Chère Quatre jours , si splendidement ,

190 Si noblement , si galamment, Avec tant de Fruits & de Viandes , Des plus exquis , des plus friandes , Et tant de Vins & de Liqueurs , Qui du Nectar ont les douceurs ,

195 Qu'il en fut souvent en extase , Et j'en ateste ici Pégase.

Bon jour, bonne œuvre , comme

[on dit.

Dimanche , hélas 1 Cloton occit ^•BuJk Le fameux Henry de Lorraine*, court Ce Mars qui, sans reprendre haleine, Ayant commancé dés quinze ans D exercer I'Art des Combatans ,

En consuma quarante entières

Dans les Occasions Guerrières , 20$ Entassant Explois sur Explois

A la gloire du Nom François ,

Et , faisant par tout des Merveilles v

Lesquelles ont peu de pareilles.

A ce grand Siège de Pisca , 210 Qu'en la Hongrie on ataqua,

Essayant sa valeur naissante ,

Dés lors elle fut surprenante ,

Et l'on peut dire , sans mentir,

Qu'Alexandre , à l'assaut de Thyr , a 15 Ne fit vraiment pas davantage

Que, là, son jeune & grand Courage.

Le Languedoc , I'Isle de Ré ,

Dont je passe ici le narré ,

La Rochelle , le Pas de Suze , 330 Où point aussi je ne m'amuse ,

L'Isle , encor, de Saint Honorât ,

Où ce Héros fit tant d'éclat,

Celle de Sainte Marguerite ,

Qui prouva si bien son mérite , 335 Furent les Théâtres d'HoNNEUR

Des Progrez de cette Valeur.

Ici , la Matière me gagne :

Je laisse I'Isle de Sardaigne ,

D'où sa Retraite mêmement 330 Le fit louer extrêmement ;

Je tais le Combat de la Route , •<*»*««

Qui l'éternisera , sans doute ;

Les deux beaux Secours de Cazal ,

Dont Léganez se trouva mal ; 335 La Reprise de la Savoye ,

Qui comble encor son Duc de joye ; Après i©

Et le grand Choc de Liorens , Pd?bf0

Où , parlant tout franc , je me rens , s**1*

Découvrant , à perte de vue , 340 Un Enchaînement sans issue

D'autres pareilles Actions ,

Qui passeront pour Fictions

A nos Neveux , à qui I'Histoire

En conservera la Mémoire, [veaux , 345 D'ailleurs , un de nos grands Cer-

Que l'on nomme le Sieur de M eaux,

Et Gentil-homme de Marseille ,

Sur ce Sujet a fait merveille

Par un Docte Eloge imprimé ,

[Panégyrique du oomto <f Htroûnit après la prise de riale de Sainte-Marguerite et de Salnf-Honorat, pai Jeaa de Meaax , avocat. Aix, 1687, in-lbL]

250 Qui m'a ravi , qui m'a charmé , Et m'oste , en un mot , le courage De pousser plus loin mon ramage.

1 53. — Du i. Aoust 1666 (Robinet).

Je doi trop justement un Trait A la Gloire du Duc d'ALMurr

255 Pour ne lui pas , dans cette Ennui , Exprés consacrer un Chapitre.

En nôtre Sorbonnb , aujourd'huy On n'entend parler que de Lui , Et jusqu'aux Maîtres Barbons même

260 Sont touchez d'une crainte extrême Qu'il ne fosse la Figue à tous.

En effet , parlant entre-nous , D'un si bel air il sçait s'y. prendre Qu'il peut, en vérité , prétendre

265 A l'honneur d'en sçavoir autant , Seul , que tout ce Corps éclatant.

Vendredy, dans sa Sorbokique (Acte où tout un jour on s'applique), . A la Compagnie il fit voir

370 Un si rare & profond Sçavoir, Pendant cette longue Carrière , En disputant d'une manière

Galante & pleine de vigueur, Qu'il étonna chaque Auditeur.

375 Mais qui n'auroit de la surprise , Voyant sa jeune Ame soumise A ces Veilles & ces Travaux Qui font peur à tous ses Rivaux , Dans la poursuite légitime

280 Du Doctorat , qui les anime ?

Concluons , & oisons qu'un Jour, Au grand honneur de nôtre Cour , Nous verrons en ce Prince illustre , Par un docte & belliqueux lustre ,

185 Un Héros , avec un Docteur , Plein de Science & de Valeur.

Je ne puis mieux finir ma Lettre ; Je m'en vais donc la date y mettre :

Elle est • le cas est bien certain , 290 Du propre jour de Saint Germain.

A Paris , Cher F. Muguet , rue delà Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(BiMioth. ntt., Lca, aa. Ré». .

Biblioth. Masarine, 296. À*.)

MÉMtaM

LA MUSE DB LA COUR

[Pai PERDOU oi SUBLIGNY.]

Page 1