‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 139 sur 317 · Du 11. Octobre i665 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 11. Octobre i665 (Robinet

Est en grande perplexité |

133 D'attendre si long-temps d'EsPAGNE Sa jeune & charmante Compagne.

Elle avoit cru voir ses Appas A la mi-Aoust dans ses bras , • Et , d'Aoust au mois de Septembre ,

1 )o EUe esperoit que dans sa Chambre Elle lui parleroit de prez ; Elle avoit fait tous ses Apprests 'Et se tenoit preste EUe-méme Pour lui montrer son Zèle extrême

1^5 Et luy faire de ses beaux Feux Sentir les Transports amoureux , Mais , helas 1 Octobre , Novembre , Et peut-être encore Décembre Et le glacial Janvier,

140 Avec le mois de Février,

Où serre encor plus la Froidure , Auront fait place à la Verdure Avant qu'Icelle Majesté Puisse accoler cette Beauté

145 Et s'ébaucher de bonne grâce

C'est le nom

de l'Empereur.

Avec Elle un petit Ignace.

Jamais en jouant au Piquet Un pareil Ecart ne s'est fait A celuy que ces Trouble-Fcste ,

i5oSçavoir les Vents & la Tempeste , Ont fait des Vaisseaux Holandois.

Cependant les heureux Anglois , Profitans de la conjoncture , De trente encor ont fait capture ,

155 Qui sont grands Voiliers & fort bons, Montez d'un milier de Canons.

Il est vray que dans cette Prise , Car Ici rien je ne déguise , Les Gagnans perdirent Lambert,

160 Capitaine, vaillant, expert.

Mais , si l'on balance tout , certe Leur Gain surpasse oien leur Perte.

Tandis qu'ainsi dessus la Mer L'HoLANDOis a le Sort amer, L'Eve»- Un Prélat prend le Cimeterre . ^9 Pour le guerroyer sur la Terre , ^""^ Mais un Officier, vieux Routier Des plus ruzez dans le Métier, Ayant sceu que vers un Village 170 Ses Troupes venoyent au Pillage .

Il en posta sans faire bruit Quelques-unes , durant la Nuit , En divers endroits sur leur route ; Et , comme il étoit à l'écoute ,

175 A leur approche , aux environi Il fit sonner quatre Clairons Et battre, en même temps la Ca Si que chacun , sans dire : c Q De terreur panique firapé ,

180 Se croiant lors enveloppé »

Cherche son salut en sa fuite Et gagne viste la guérite ; Mais comme Achiles » tout de I Maint d'eux périt par le Talon

185 Cet Abandonné du bon Ang Qui tua l'EscuYER Saint-Anc»

En fut châtié , l'autre Jour, Et dans nôtre plus grand Faub Il sceut par son expériance

190 De quel air on rouoit en Fran Or , quelques jours aupacavan] Des Filous ayans eu le .Vent De son Meurtre & de sa Captn Profitais de cette Avanture,

195 Furent trouver un sien PARAin Au Logis d'un Grand demeun Et firent croire à ce bon Homi Que, moyennant certaine Soin Un Monsieur portant le Cordc

aoo Obtiendroit du Roy son Pardoi Un Rendez-vous par eux se do Où se trouveroit la Personne , Et la Dupe avec son argent S'y rend d'un pas fon diligent

305 Mais helas I l'exécrable Bande Aussi tost le prend & le bande Avecque le premier haillon , L'attache , luy met le Bâillon • Cherche soigneusement sa Bou

3 10 Qui pour lors estoit sa resouro Et , dans ce funeste rôlet , Le menaçant du Pistolet S'il crie ou s'il fait résistance , Chacun déniche en diligence.

315 Voila le détail que j'ay sceu De ce tres-pendable Improhfto

Du Clergé la ^ande Assa»

Estant , l'autre Dimanche , alld Chez ces Sages de 1' Univers

330 Qu'admirent ses Peuples diven Le Révérend Père Ridelle , Pr Dont la Rhétorique est si belle , Fit voir ce qu'en ce divin Art Il a d'excellence & de part,

335 ^^ il fit un Panégyrique

47* «— Du 11. Octobre i665 (Robinet).

Toat à £ût grand, noble, énergique

Et digne d'admiration

Sur la Canonisatioii

Du fameux Sadtt Fkançois de Sales, loDont les Vertus sont sans égales ,

Et {pour eux honneur singulier]

Qui fut jadis leur Ecolier.

Vqjes quels Hommes de leurs Classes

Dieu prend pour Objets de ses Gra-

[ces.

15 Ce mtme Clergé si pompeux ,

Un jour après , où , je croi , deux ,

Eut du Monarque incomparable ,

Audiance tres-favorable.

Mais , quel sujet d'étonnement I 4oC'estoit cet Orateur charmant ■ Qui d'U^Ez porte la Thyare , SLQue l'on sçait être un Homme rare, ^ Qui parloit pour tout le Troupeau.

l^ailleurs, son Discours bon &beau MjTendoit par sa belle énergie

k fiûre tomber I'Héresie

Aux pieds de la Divine Foy, Dont ce grand & merveilleux Roy Est TAppui le plus redoutable ,

ay» Ainsi que le pius vénérable.

La Guerre est entre deux Au-

theurs , Et n'allez pas dire , Lecteurs , Que ce n*est qu'une bagatelle ; Non, non, certe, l'AfTaire est telle >53QQe je vous jure qu'en ce Jour Ô|e va partager la Cour.

^Q se plaint du vol d'un Ouvrage oQr lequel chacun d'eux fait rage fit par tout crie , en sa douleur, '^Sur l'autre : « au Voleur . au Voleur ! »

xC'tKAUT, si fameux au Théâtre ,

Où le beau Sexe l'idolâtre , Est l'un de ces deux Mécontans ; L'autre est un Autheur de vingt ans, [visé] Mais qui, nonobstant son jeune âge,

a65 Nous a fait voir maint bel Ouvrage Et travaille Journellement Pour son pur divertissement.

Or ce dernier clairement montre Qu'il n'a point tort en ce rencontre,

370 Que c'est à luy qu'on a voilé

Le Sujet dont il est parlé , œ^îlSi

Et que plusieurs Gens d'importance Ont vu la Pièce en sa naissance , Long-temps avant que l'autre eust

375 Quoique ce fut sur ce Sujet. [fait Sans aue l'un ni l'autre je loue , Attendons , Leaeur, qu'on les joue Et, pour lors enfin nous verrons Qui le plus des deux nous louerons.

aSo Je ne dis donc rien davantage , Si ce n'est que de cet Ouvrage On ne verra l'Original Que dedans le Palais Royal.

A l'envi chacun carillonne , 385 Ou Dour mieux dire chacun sonne , En 1 honneur de ce grand Sculpteur Dont chacun est l'Admirateur ; Mais je diray, sans âaterie , Que , parmi cette Sonnerie 390 Que forment tant de beaux Sonnets, Si pointus , si pompeux , si nets , Nul à mon gré si bien ne sonne , Ne brille , ne coule & raisonne , Que celuy de 1' Abbé Testu , 395 De cent beaux Talens revestu , Et pour la bonne bouche Icy je le vais

[ mettre,

He quoy I pourois-je mieux terminer

[cette Lettre?

Le

ChertUer

Berninl

M. TAbbé

Testa

Maaroy,

AumÔDier

de Mtdame

Pendant que d'un grand Roy tu cherches la Figure Sous la dure épaisseur d'un Marbre précieux Et que par ton Cizeau tu vas forcer nos yeux A confondre ton Art avecque la Nature ,

Bénis , rare Bernin , l'heureuse conjoncture Qui te doit acquérir un renom glorieux. Louis , ce cher Présent que nous ont fait les Dieux , Se donne par tes mains à la Race Future.

Mais veux-tu qu'à jamais il soit conu de tous , Et que les Nations qui viendront après nous

323 47* ~ I^u ^^- Octobre i665 (Robinet). 324

Le voyant comme il est dans le Temps où nous sommes?

Fai par ton Art divin ^u*au défont de sa Voix 310 Un seul de ses Regards inspire aux autres Roys

Ce qu'un Regard des Roys mspire aux autres Hommes.

Le Lendemain de Saint Denys Je fis ladite Lettre en Vers assez unis,

A Paris, Cke^ F, Muguet, rue de la Harpe, aux trois Rois, Avec PrivUigt du kof,

(Biblioth. Mt. Le> , sa. lUte. —

Bibliotfa. Masarioe, 996. A^ —

Biblioth. de rAncma, B. L. 1180s).

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par la GRAVETTE di MAYOLAS.]

Du 17. Octobre i665.

Princesse , dont TAme héroïque , N'ayant rien que de magnifique , De brillant , de grand & de beau »

Luit comme un céleste flambeau , 5 Quand les matières sont plaizantes Les Lettres sont divertissantes , Et quand les sujets sont fâcheux Les Écrits sont plus sérieux ; Mais je tâche à suivre la mode

10 Selon une bonne métode , Et vous conte fidellement La naissance & l'enterrement , Le Bâtéme & le Mariage , La victoire , combat , naufrage »

15 Et les événemens divers Qui se passent en l'Univers { Etant Historien fidelle , Je débite mainte Nouvelle « Et , cour contenter chaque goût ,

30 Je vais un peu parler de tout.

Les dernières Lettres de Rome Nous aprennent que le Saint-HoMME Tâche à recouvrer sa santé Et vaincre l'incommodité ,

35 Mais qu'il ressent qudaue foibkiie j Fort naturelle à la vieillesse , <

Et que pluzieurs de ses Parens ^ Avec ses Amis les plus grands, Zélez pour sa convalécence ,

30 Parent leurs Maisons de jplaizance Et font arozer leurs jardins , Depuis que les bons Médecins Jugent 1 air des champs nécessaii« Au Pape valétudinaire.

35 II le prendra dés qu'il poura ; Chacun se presse à qm l'aura , D'oti l'on peut aizément comprao^ Combien on chérit Alexandre.

Depuis la mort de FArchiduCp 40 Maître du be%u Pals dTnspruk, Les chozes n'étans pas qmStes Bien que des Personnes discrètes Et des Gens de grand jugement En ayent le gouvernement • 45 L'Empereur enfin se dispose D'y faire un tour, & non sans Pour avoir soin de cet État, Et métré tout en bon état ;

Page 1