‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 156 sur 317 · Du iS. Novembre i665 (Subugny · texte numérisé non relu

Du iS. Novembre i665 (Subugny

Cent choses dignes de Vers , Qu'exprès pour m'en offrir mille sujets divers Le Dauphin s'est botté ponr aller à la chasse , Qu'un grand Monarque s'y surpasse

Et puis sans qu'il se délasse Revient dans son Conseil allarmer l'Univers ,

Je rcprens aussi l'envie

De causer toute ma vie.

A la dernière saint Hubert , Qui se fit l'autre semaine , Jamais le Rov, jamais la Revke , Le Dadi^in , les Bautez , dont leurCourestsi pleine, Ont-elles offert Aux yeux du monde une chose plus belle Que cette Chasse solennelle r

Pour la descrire en peu de mots .

Autant de personnes , Autant d'Amazonnes , Autant de Héros.

Madame sur toutes choses Y faisoit sur son teint lever autant de Roses

Que sur la plaine de Gibier

Et . par son maintien doux & fier

Qui n'estoit pas d'une Mortelle ,

S'y seroit fait prendre cent fois

Pour la Chasseresse des bois , Si son Auguste Epoux, qui fut seul digne d'elle . Luy faisant mettre au jour le beau Duc de Valois N'avoit pas empesché qu'on ne la crût Pucellc

Apres la Chasse . un grand Repas ; Apres ce grand Repas on revient de Versaille : Chacun , pour reposer, chez soy porte ses pas.

Le Rov seul ne Repose pas ; Il entre au Conseil . il travaille :

Est-il un plus grand Roy parmy les Potentats f Du bel air qu'il se prend à faire toute chose (Car il est de tous les plaisirs .

De tout conseil , de tout ce qu'on propose , Et rien ne s'entreprend qu'au gré de ses désirs) 11 ménage si bien ses heures ordinaires Que le Peuple tout interdit Croit que son Rov toiijours se divertit Ou qu'il est toujours en affaires.

Il jouoit â la paume encor ces jours passez : Comment est-ce que vous pensez Que ce grand Roy joue ft la Paume?

395 58. -^ Du i5. Novembre i665 (Sobugny).

Mille fois mieux que les plus exercez De son Royaume.

Jusques dans ^s ébats on remarque aisément 60 Combien sa conduite est réglée ;

On juge au grand ménagement Dont sa vigilance est mêlée , A son adresse signalée , A son raisonnement profond 65 Qu'il n'entreprend à la volée

Que tous les coups frisez qu'il n'attend pas au bond. La Feuillade estoit son second ; Toujours ce Cavalier a la main occupée D'une Raquette ou d'une Espée , 70 Selon que de son Roy les projets sont divers ;

Aussi dit-on qu'il a cet avantage Que , si son Roy vouloit subjuguer l'Univers , Il seroit son second encor dans cet ouvrage. Va-t'il à la guerre , il fait rage ; 75 Ayme-t-il , ce n'est que douceur ;

Il dispose de son courage De mesme que de son humeur ; Il ayderoit son Prince à gagner un Royaume

Aux Ottomans 80 Fresques dans aussi peu de temps

Qu'il feroit six jeux à la Paume ; Les Turcs qu'il a deffaits sçavent bien si je ments.

Le Mardy, Paris sous les Armes Vit passer le fatal Convoy ^^ ^ ^^

g^ Du Filz d un Roy ;

Tout y marchoit en si pompeux arroy ,

Que parmy les larmes La Mort avoit des charmes.

Plus de cent Capucins y marchoient les premiers ; ^o Après ces Capucins , plus de cent Cavaliers

Montez a 1 avantage ; Apres , marchoient deux Escuyers Dans un lugubre & superbe équipage Que n'avoient pas les autres (Jfficiers ; Apres , marchoient encor plus de cinquante Pages.

Ils avoient tous sur leurs visages Cet air triste qui fait l'honneur des grands Tombeaux ; Ils avoient en main des flambeaux Et s'a'rrestoient presque à tous les passages. Les chevaux y faisoient mesme leurs personnages ; Ils alloyent lentement , Sans fougue , sans emportement Et comme il convenoit à la Cérémonie ;

Le bruit de leur pas , Qu'ils sembloient tous mesurer au compas , Dedans leur sourd & funèbre fracas Faisoit trouver de l'armonie.

Page 1