Du i3. Décembre i665 (Subugny
Apres avoir esté témoin de vostre gloire , Apres avoir suivy vos pas , Soit parmj vos plaisirs ou dans tous vos combats , , Afin d'en écrire l'histoire , Vous ne vous offenceriez pas Que je vous les remisse un jour dans la mémoire.
Jettez moy donc , grand Prince , un regard de vos yeux
Qui donnent à tout de l'estime ; Je verray sur le champ taire mes envieux ,
Et l'on croira conmiettre un crime Lorsqu'on ne dira point que je cause des mieux.
L'EvESQUB de Munster se vante Que dix mille Allemans viennent à son secours
Et qu'ils doivent aux premiers jours Arrester des Estats la Marche triomphante ;
Il seroit vray, si nos François Estoient gens à souffrir qu'on donnast l'épouvente
Aux HoUandois.
11 dit qu'on luy fournit de tres-notables sommes Et qu'un grand Chef Austrichibn Doit conmiander ces dix mille hommes ; Pour moy, je croy qu'il n'en est rien.
L'Alleman sçait tfop l'importance Du secours qu'aux Estats a pu donner la France
Pour oser s'armer contre luy ; , Il sçait que sans luy-mesme il percïoit tout l'Empire ,
et ne voudroit point aujourd'huy Combattre des Vainqueurs qui pourroient le destruire,
Apres s'estre faits son appuy.
Mais cela fîit-il vray, nous n'avons rien à craindre ; Ce secours ne vient pas à temps ; Les Estats , secondez de nos fiers Combatans , N'en ont pas moins rendus les Munstriens à plaindre.
J'apprens qu'il s'est livré Combat Entre leurs Généraux & ceux de la Hollande
Et que jamais perte si grande , En moins d'un demy jour, n'afHigea leur Estât.
La victoire , enchainée aux Enseignes des nostres , Fit vaincre tout d'un coup les braves Hollandois ; Quinze cents prisonniers plièrent sous leurs lois Et l'on en laissa Morts deux mille cinq cens autres Sans que , du costé des Estats ,
Il fut tué huit cens soldats.
Si ce qu'on dit est véritable , Que le Roy levé icy quatre autres Regimens
De. Cavalerie indomptaUe Pour joindre à ces Querrie» daii$ leurs retranchemens , 80 Adieu Mun8ter,r adieu ces AUemans ,
' Dont son Prélat se bat si redoutable.
Dispute s*est formée entre les Mededns ; Sur deux points leur Corps se nartage » Et ce grand différend estonnant les plus finsi ,' 85 On ne sçait à qui l'avantage.
Les vieux soustiennent que le sang A son Principe dans le Fote ; Le Corps des jeunes dit que le Cœur le répand : Qui des deux &ut-il que l'on croye r
90 L'on verra plustost promener
Des Arbres dans une Prairie Que des sçavans cesser de chicaner ; . A quoy sert cela , je vous prie ?
Ils vont faire une Anatonue 93 . Où ce point sera décidé ;
Si mon avis m'en estoit demandé , Je les jugerois mieux oue leur Philosophie , Et je dirois que le Fote & le Cosur Ne sont du sang l'un ny l'autre l'autheur, 100 Car, quand j'entens qu au mépris de l'usage
Il s'en parle chez le Docteur, Je le sens naistre en mon visage.
On dit [e ne sçay quoy du brave Peguilun ; I
Sa douleur va jusqu'au prodige :
105 II soupire soir & matin ;
Qui luy parle le desoblige , Et ce n'est pourtant pas sa prison qui l'afHige Puis qu'il craint d'en trouver la fin.
Qui cause donc ce grand chagrin ?
110 O Louis , 6 Grand Roy, que qui peut vous déplaire ,
Trouve en soy contre soy de haine et de colère !
La Force , Noaiujss , Grammont ,
Ces Vaillans Ducs & Pairs de France , Sollicitent , dit-on , si fort sa délivrance 115 Qu'on croit enfin qu'ils l'obtiendront.
Ceux qui nous préparent la guerre Devroient bien désirer qu'il ne sortit jamais , Car, si ce Brave est libre au gré de nos souhaits , C'est un torrent , c*est un tonnerre , 120 Qui noyera dans leur sang » par sa rare valeur,
Le souvenir de son mal-heur.
J'ay sceu que Le Doyen des Maistres des Requestes,
del