‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 231 sur 317 · Du 24. Janvier 1666 (Robucet · texte numérisé non relu

Du 24. Janvier 1666 (Robucet

Sans ordre , pompe , ni mesure , Narrons nôtre triste Avanture.

Un Feu liquide & consumant , Se promenant superbement[TRicHE ,

25 Dans le beau Sang d'AjiNS d'Aus- Reyne en grandes Vertus si riche , Malgré nos soupirs & nos Vœux , Sans cesse poussez vers les Cieux , A détruit la céleste Tragae

30 Qui de son Corps & de son Ame Assambloit les rares Trésors Avec de si divins accords.

C'est de ce mois le dix-neufiéme , Et de son cours le quatorzième ,

J5 Que cet Embrasement fiévreux Eut un efFet si mal-heureux , Quoi que fist la Cour en allarmes Pour 1 éteindre en l'eau de ses Lar-

[mes.

Qu'il en coula des plus beaux Yeux,

40 Capables de toucher les Dieux Lors qu'ils vouloyent de l'Héroïne Couronner la Vertu Divine I Que des siens Thérèse en versa Dans ce coup qui son cœur perça I

45 Que de ceux aussi de Madame Il en sortit , toutes de fiâme , Et que dessus leurs Teints polis , Leurs Teints de Roses & de Lys , On voyoit de perles fondues ,

50 De ces beaux Astres répandues I On en veid répandre à Louis , Assez pour noyer ses ennuis S'ils n avoyent été sai^s mesure Dedans une Perte si dure.

55 Phiuppes n'en versa pas moins , Et j'ay sceu d'illustres Témoins Que jamais Ame tendre et belle Ne parut au Sang si fideUe.

Ah f pour tout dire aussi , jamais

60 Le Sang n'a produit des Effets ( Il faut que cnacun me l'accorde ) D'Amour, de Paix & de Concorde , Ni si beaux , ni si triomphans , Entre une Mère & des Énfans

65 Qu'en cette Famille Royale , En Gloire & Bon-heur sans égale.

Dans ce grand Torrent de Douleur, Rien aussi n'étonna le Cœur De l'auguste Reyne mourante ,

70 En son Mal si ferme et constante ,

41 Sans qu'il*.

Que le Penser triste & âichem Que la Mort rompoit ses'beai

Et qu'allant prendre U Coure Que pour, jamais le Ciel lui do

75 EUe perdoit le même Jour Ces chers Objets de son amon Ces Enfans dont rObéissanoe La charmoit i>lus que sa Pain Ayant dans les derniers morne

80 Avec des Transports tous char Fait voir sa Piéœ • ai belle Qu'aux plus Saints elle est nii D'un Esprit fort, & doux & coi, | Elle entretint long-temps le R

85 Sans doute sur de grandes cbo Qui sont pour nous des Ldtres c Mais dont pourtaq^ je gage bii Que plusieurs regardovent le 1 De toute cette Monarcnie ,

90 Toujours de son Cœur si cbeii Enfin , ainsi qu'on me l'a dit.

De sa main blanche elle beoit Ces beaux Lys dont elle est la 1 Et puis ( ô Douleur trop amért

95 Sa grande Ame les laissa là Et droit vers les Cieux s'envob A ce départ chacun se trouUe, Le Deuil de la Cour se redoahl On n'oit que plaintes » que wù

100 Vrais Truchemens des Déplairi Des Officiers , des Domestique Et mêmes des Douleurs puUiq

On fit en ce fatal moment Lecture de son Testament ,

105 Et l'on n'v trouva ^ue des gtgc Et de célèbres témoi^ages De son illustre Chanté , Et reconessance & bonté »

Par des Legs beaux & magnifiq

110 Aux Officiers & Domestiques, Des plus grands jusqu'aux plus p* Qui sont auprès d'Èlle vieillis, Aux Eglises & Monastères , Les plus pauvres & plus austère

1 15 Et , oref , à maints Nécessiteux Principalement aux Hgnteux, Dont elle fut toujours la Mère Et la charmante Tresoriere.

Après , la Cour se sépara

1 20 Et promptement se retira En des Lieux où, sans se oontnif Chacun pût à l'aise jse plaindre

■ Du 94. Janvier 1666 (Roi

Par le cœur, la bouche & les yeux .

Sans autres Témoins que les Dieux, taj Dans le cher Désert de Versailles ,

Maintenant lieu de Funérailles .

Louis & sa noble Moitié ,

Donc la douleur faisoit pitié , ^ Dés le point du Jour furent viste ijoPour exhaler dans ce beau Ciste

Les soupirs qui de leur grand Coeur

Etoufoyent toute la Vigueur.

D'autre pan . Monsieur & Madame ,

Pour soulager aussi leur Ame ,ff Dans une pleine liberté

Et profonde tranquilité ,

En quitans cette vaste Ville .

Prirent Saint Clou pour Domicile.

La Reïne Angloise , en ce souci , 140 De Paris s'éctypsant aussi ,

Se fit conduire vers Colombes.

El Mademoiselle vers Dombes ;

Et tous les autres Principaux

Cherchèrent les fioîs . les Costaux , 4; Où le Silence du Tumulte

Ne sçauroit recevoir d'insulte.

Ainsi . tous les Palais Royaux

Si pompeux . si brillans , si beaux ,

Furent soudain dans nos Tristesses 50 Privez & d'Hôtes & d'Hôtesses ;

£t dans le Louvre si charmant

Il ne demeura seulement

Que le CORPS de l'auguste Mdste,

Environné de la Cohorte ff Qui vient, lorsqu'il plaît au Destin,

De Cloion charger le Butin.

Ce Corps où logèrent les Grâces .

N'estant plus qu'un amas de glaces,

Sans lumière & sans mouvement.

60 Estoit là comme au Monument ,

Gisant déjà dessus sa Couche ,

Plus insensible qu'une Souche

A tous les riches Ornemens

De ses pompeux Appartemens.

£3 Tout le grand Peuple de Lutéce .

Rempli d'une sombre tristesse.

" *y fut voir & l'y fut pleurer, t moy. non pas sans soupirer,

iConduit d'un brave Gentilhomme .

jecroy. Saint Georges se nom-

te veis aussi . dedans son Lit, ^me , le Corps qui d'éfroy me remplit .

Te veux dire au moins le Visage , des Sens n'ayant plus l'Usage, cet Eclat majestueux

Qui jadis ravissoît les Yeux , Etonnoit dans cette Avanture Et faisoit frémir la Nature, Or. voyant cette Reyne ainsi .

180 En mon coeur je me dis ceci ;

Helas. que les Grandeurs mondaines Passent viste & sont incertaines , Et qu'il est peu sage qui suit Ce feu folet qui nous séduit 1

iBsHe quoy, ces Pompes sont bornées Par cinquante ou soixante Années.

Et lors , commançans d'en jouir, Nous les sentons s'évanouir 1 Ha 1 renonçons à ces Idoles

190 Qui rendent nos Ames si foies, Et songeons, puis tju'îl faut mourir, A ce qui ne sçauroit périr.

Sans estrc Muse doctorale .

Je puis mesler de la Morale

19; Dedans ce funeste Recît . Mais ce petit Morceau suffit.

Poursuivant donc la triste Histoire Selon qu'elle est en ma mémoire .

Outre le Paroissien Clergé .

100 Autour de ce Corps congregé , Esioyent , sans excez de louanges , Seize FeuîUans comme autant

[d'Anges , En ayans la pure blancheur, Ainsi qu'a l'habit, dans le Cœur,

lOi En cette occasion de Larmes , Deux Hérauts . sous leurs Cottes

[d'Armes .

Avecque leur Chaperon noir.

Presentoyent lUec l'Aspersoir Aux Gens de Grade & de mérite .

MO Qui venoyent donner l'Eau-Benîte .

Mais, qui pressez de leurs douleurs, Donnoyent aussi de l'Eau de Pleurs.

Ha! repandons-en tous sans cesse Par un juste Excez de Tristesse,

115 Car, en un mot , Anne n'est plus , Anne , le Centre des Vertus , Anne, l'Appuy du Misérable.

Anne , à l'Indigent secourable , Anne , de qui la Pieté

110 A par tout si bien éclaté ,

Anne , Source des beaux Exemples , Anne , qui ht bâtir des Temples , Anne, qui des Grands Immortels, Décoroil si bien les Autels .

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