Du 28. Mars 1666 (Robinbt
Quiprêche dans Saint Jean bn GiiâvE Le Carême sans nule Trêve , 235 Et qui , sans adulation ,
Dist sur rANNONOATIOH
Tant de Cattioliques merveilles Qu'il charma toutes les Oreilles.
Un autre jour de ce Saint Temps, 240 J'avois oui, dans les Feuillans , Un jeune mais habile Père ^£ s!" Q^ brille déjà dans la Chaire , Uuwnt Si qu'on void très-bien que ce Dom De bien débiter a le don.
245 A présent dans TAcaoemie , Si noble & si bien affermie , Chez nôtre illustre & grand Sbguier,
Alias digne Chancelier ,
Qui préside en cette Assamblée
250 Dont la Gloire est par lui comblée, On peut compter deux Tallbddb, ' Tous deux Doctes f tous deux dur- «
[mtiit,i Cousins de Sang & de IHimasse, |^ Et tous deux dignes de leur Place.
255 Quand le Dernier y fut recen.
Par un Discours si bien conceu , Si pur & si plein d'harmonie»
Il haranga la Compagnie Qu'il lui fit voir, en bonne foj,
260 Que , dans son noble & bel Emploj De corriger nôtre idiome , Il verra jusqu'au moindre Atome Et c|u'estant jeune certe il vaut, Mais tout au moins , un vieux Gok-
265 Princesse , quand je vous harangue ,
Que n'ai-je une pareille Langue I
Je voudrois l'avoir, tout de bon ,
Au lieu de mon petit Jargon ; Mais pour cette Missive en vain je le souhaite , 270 Car en un mot la voila faite.
Elle est , si quelqu'un ne le sçait , , Du Mois de Mars , le vingt & sept.
A Paris, Cke^ F, Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. AvupnmUge au Rey,
(Bibltoth. nat., Lc^. 22. Rés. — Biblioth. Masarine, 296. A>.-
Biblioth. de l'Areenal , B. L. 11801.)
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[ Par la GRAVETTE de MAYOLAS.]
Du 4. Avril 1666.
A quoy bon tant se tourmenter.
Ronger ses ongles , se grater Le nez , la teste & les oreilles , Et faire grimaces pareilles , '
5 Batre des mains & piétiner»
S'asseoir , lever & promener .
Renverser plumes , écritoires , Déchirer papiers & mémoires.
io8. — Du 4^ Avril 1666 (Mayolas).
:ous les plaizans Autheurs , ^Oëtes , les Orateurs , ivtxir les Dictionnaires iiiUeter jusqu'aux Grammaires donner un beau tour aux Vers I rien métré de travers , lue le rabot & la lime polir la phraze & la rime , sur qu'un stile rude & plat >rcbe quelque délicat?
le Princesse , je vous jure '\t compose sans rature ire le moindre brouillon hivrage , méchant ou bon , AS rêver dans mon étude louvelles ny le Prélude.
sceu , d'un nommé Baltazar , e Comte de Konismar , li le Nom avec soy porte Ame intelligente & forte , (prit & cette vertu ce Héros est revêtu ; , dis-je , ce brave Comte I Récit n'est pas un conte] à Paris avec splendeur, lalité d'Ambassadeur le la Couronne Françoise , part de la Suédoize.
A mainte nuit & maint jour : abandonné Hambour , e que cette Excélance mis pié-à-terre en France , elques-uns , touchant cecy , ent qu'il est prés d'icy il vient avec des patentes dézirs correspondantes.
que l'Evesque de Béziers it Lettres de nos quartiers mort de la Reine- Mère , mbassadeur trés-sincére t zélé pour les François nouvelle aux Polonois.
ind Roy , la Reyne de même , rent un regret extrême , irs discours & leurs soupirs loient au vray leurs déplaizirs; outre leur juste tristesse , mt banir l'allégresse ite jovialité
De la Cour & de la Cité , J'entens leur Qté Capitale , 60 Quoy qu'en la saizon carnavale , Cela veut dire Carnaval , Où l'on se divertit fort mal.
Aussi-tôt qu'on le sceu t dans Rome, Fort triste en parut le Saint-HoMME,
65 Et le Troupeau des Cardinaux Qui prennent grand'part à nos maux; Sur-tout la fameuze Christine , Cette Reyne presque divine , En eut un tel ressentiment
70 Qu'il éclata publicjuement , Et fit en son Palais défances De jeux & de réjouyssances , De balets & bals plains d'apas , Qu'on préparoit pour les jours Gras.
75 Toute la Savoye & Loraine , Qui chérissoient bien cette Reine , Alors qu'elles sceurent sa mort , Firent prendre le deuil d'abort ; Suéde , Danemarc • Holande
80 Et Suisise , Ost-Frize & Zélande Ont pris grand'part à nos tourmans, Jusques mesmes aux Otomans ; Enfin , aux quatre coins du Monde, Sur la Terre comme sur l'Onde ,
85 Où son beau renom avoit cours , On a plaint la fin de ses jours ; Singulièrement en Espagne , Et sans doute dans l'^emagne , Les Princes & tous leurs Etats
90 Ont pleuré ce fâcheux trépas.
Mais , revenant en nôtre Terre , Hier on m'écrivit d'Auxerre Que l'Abbesse de Saint luUen , Que la Défunte estimoit Bien ,
95 Fit £edre un Service célèbre , Fameux par l'Oraizon funèbre Que l'Archidiacre, trés-sçavant , Trés-pieux & trés-éloquant , Y prononça de telle sorte
100 Qu'un billet sincère raporte Que cet excèlent Orateur , Fernier , Sorbonique Docteur , Par ses discours remplis de charmes Abondamment tira des larmes
105 Des yeux des nobles Citadins
des Bénédictines
io8. — Du 4. Âviit 1666 (Mayolas).
Et de leurs principaux Voisins , Qui là s'êtoient rendus en somme Pour ou;pr parler ce Grand-Homme.
Dei>uis plus de quatre momens ,
iioOn fait de solennels sermens Dans les Eglizes Catédrales Et dans les Villes Capitales , En Flandres , pour y conserver Et privilé^s observer.
1 15 Le Marquis de Castel-Rodrigue , Homme d'esprit, Homme d'intrigue, Remply de courage & de foy , En fit , l'autre-jour , pour son Roy , Entre les mains d'un sage Evesque deMaiines (^^ ^^ trompe, il est Ârchévesque). A Bruxelles, publiquement, Il a fait le susdit serment , ^ ' Et du susdit Prélat , qu'on aime , Il en receut un tout de mesme.
115 A Mons aussi , le Duc d'Archaut , Bailly Gouverneur du Hénaut , Fit en très-belle Compagnie La pareille Cérémonie ; Dans la Ville de Saint-Omer, d'Artoto Le Président encor , très-cher , Au milieu d'une belle Place , Exécuta de bonne-grace Le mesme ordre que j'ay cité , Avec mesme solennité.
135 Après ces juremens fidelles Et ces paroles solennelles Que l'on prononce en pareil cas Pardevant les Flamans Etats , Des feux d'artifice agréables
140 Et des festins très-remarquables Terminèrent cette action , Avec grande ostentation ; Mesme on dit qu'un peu de monoye Fut distribuée avec joye ,
145 Soit à part , soit tout à la fois , Parmy les plus petits Bourgeois.
On n'a pas fait trop de bézogne Aux Diètes de la Pologne , Et Messieurs les Confèdèrez , 150 Que leur Chef a bien préparez, Ont fait une si forte Ligue [gue Que leur pouvoir* ou que leur Bri- Ont empêché qu'on ait rien fait Qui soit contraire à leur souhait;
155 Mais dans d'autret que Fôn d Peut-être on vuidera TAfidre', Et (quelque doux & bon Tnî Apaizera l'hostilité.
L'illustre & rexcéleot Pom 160 Qui va de Couronne en Gma Et du Royaume des Danois A passé cnez les Suédois , Cette Excélence révérée , Dans Stokolm a Sût son Eot 165 Avec h pompe & tout Féditt Digne de l'un & Tautre Etat Ce noble Ambassadeur de Fit Le lendemain . eut AucCanœ De l'une & l'autre Majesté , 170 Dont il fut fort bien écouté.
Le lourde Saint Françoisde Qui depuis deux cens ans %pi En qualité de Fondateur»
Des Minimes l'illustre Chosoi
175 Ceux de l'Ordre fameux , ans A Paris , dans leur Monastât Avec beaucoup de piété Et non moins de solennité , Ladite Feste célébrèrent,
180 Et beaucoup de Gens s'y trom L' Archévesque des Bordelois Y fit bien retentir sa voix , Et son esprit scientifique Prononça le Panégiryque
185 Avec tant de solidité Qu'on loua sa capacité.
Je veux qu'icy le Monde vo Que TAmbassadeur de Savojc Qui s'aquite parfaitemant
190 De son Employ noble & brilla Dont on a receu mainte marqi Ofrit à nôtre Grand Monarque Obligeamment, civilement Et non moins agréablement,
195 Le Comte Morosso , trés-dign De sa Comriiission insigne.
Il parla si bien , de la part De son Prince Duc Savoyart, Au sujet de condoléance
200 De la perte qu'a fait la Fnmce Que nôtre Rot victorieux
io8. — Du 4. Avril 1666 (MiiYOLàs).
nt d'un air gracieux.
B • par son ordonnance ,
die magnificence
traiter au Château
n eut un plaizir nouveau.
vaE , charmante RsmB ,
le & belle Souveraine ,
if onseigneur le DAurm
cueilly ce matin ;
ï Monsieur & de Madame ,
Client d'une même flâme ,
Hichesse d'ORiiANs ,
on Palais des plus brillans ,
[ue de Mademoselle ,
uze & spirituelle ,
hîncesse d* Albnçon ,
me air , de même feçon ,
nte, brave autant qu'aimable^
uUance favorable.
ivojé , prudent ft galant , RTBMBERG, Duc trés-puissant , idiance tout-îie-même re PorrB-DiAsftME autres Principautés , nt auprès Leurs Majestés , eur acueil amiable un plaiaûr incroyable.
ns un déplairir bien grand mt que Monsieur Ferrahd , lier trés-bon & très-juste , de ce Sénat auguste
ik ils eurent.
Du grand Parlement de Paris , Dont on conott assez le prix, [bre ,
235 Ce cher Doyen de la Grand'Cham- Est décédé aedans sa chambre , Et la Mort presque Ta surpris Travaillant sur quelques écrits.
Sa Fille en est beaucoup touchée ,
240 Sa Bru en est autant fâchée , Et tous les Messieurs de Gnxrr Soupirent & ne disent mot.
Le nombre de vertus aimables Et de tant d'Arêts équitables
245 Le feront revivre à jamais
Aux champs , à la Ville . au Palais , Et je dois par réconoissance .
Avant receu de sa démance un fovorable jugement ,
150 Eh marquer mon ressentiment.
Mais , comme j'achève d'écrire , On vient pour certain de me dire Que le Soiateur MAhardeau ^nd sa place tout de nouveau .
155 Et ce vigilant PniK>nnage Réparera bien le dommage , Par sa justice & ses vertus , De cduy que nous n'avons plus.
PamcEssB, le temps est trop maigre 360 Pour étire tout-à-âut alaigre , Et l'on ne peut présentement Ecrire qu'un peu maigrement.
FArr AVEC promiitude extrême Deux jours après la my-Carâme.
C. ChmÊtilf, Imp. &Uk.,Aux Armm àB!tv»rmé*U Hwcktftt. Avu PrMUge 4ê
(Bibltoth. de rAnenal, B. L. 11800 ^ Bibliotli. de M. le baron Jtmet de RotlMchild. — Ce dernier exemplaire porte la date du 7 avril et les adretaca avivaiitta . A Pâtis , Cher C. CkensuU, imp. à Ub., Aux Armes dm Jt<tf > nu de is HmhetU, Avu Primlige dé Ss M, Bt à 4r«fi , Ck€^ CharUs MëtkêUi , Mânk, Ubrëir*, rm MmtUrâ , à 5. Tkêmea d^A^mm.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pai Chailis ROBINET].
Du 4. Avril i666«
Docte Feu qui descends des Cieux Pour nous faire parler le Langage des Dieux ,
Fais-moy sentir ta noble Flame Pour cet Objet charmant , cet Objet glorieux « Qu'en nôtre auguste Cour on appelle Madame,
Celui qui brille dans ses Yeux Pourroit bien m inspirer sans doute beaucoup mieux.
Encore que )e te reclame , Mais tts Astres vivans , ces Astres radieux Ne me sont pas présens pour éclairer mon Ame.
Qu'ai-je dît, beaux Victorieux?
A vos Trais tous puissans je suis injurieux , Et j'en suis digne d'un grand blâme.
Ainsi Que le Soleil on vous sent en tous Lieux , Et de loin comme lui vôtre ardeur nous enflâme.
ao
Beaux Astres , beaux Impérieux.
Je vais , tout transporté de vos Feux précieux ,
Versifier en bonne Game.
Chut , une fois , deux fois , Foule de Curieux I De mon Epître en Vers je commance la Trame.
Entre les Nouvelles du Nord , J'apprends que la funeste mort De nôtre auguste Reyne-Mére Y cause une douleur amére ,
25 Et que chez les Porto-Carquois , Autrement dits les Polonois , CAzmiR avec(^ue Louise Qui sceut captiver sa franchise Par de victorieux Appas ,
30 S'est signalé sur ce Trépas Par de beaux & brillans Services Et de célèbres Sacrifices.
De BiziERs le Prélat mytré, En ce Lieu-l fort honoré 35 Pour son mérite & Caractère.
En a , dit-on , aussi fait faire Avec un si rare Appareil Qu'on ne peut rien voir de ptfti
LuBOMiRSKi , le grand Rebdk.
40 Ayant écrit à sa Femelle, Ou bien à sa Fenune autremeot De laller joindre promptemeot.