‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 276 sur 317 · Du i5. May 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du i5. May 1666 (Robinet

1 30 Selon le plus sage souhait, Une petite Caravelle Monsieur De ce Duc rempli de cervelle ^^dl°° Comme de lumière & de cœur, s. Mgavi Et (jui du Havre est Gouverneur

135 Avoit fait n'aguére une Proye Qui pouvoit m remplir de joye :

C'estoit un Vaisseau vallant plus De cent mille très-bons Ecus.

Mais » hélas 1 s'en étant saisie ,

130 Par un Sort plein de jalousie, Sept autres vinrent au moment , Qui la forcèrent fièrement De ne songer qu'à sa retraite Afin d'6riter sa Défaite.

135 Les Vents, par un ronflant effort, Ont jcbntraint le Duc de Beaufort A relftcher dans sa Carrière , Ce dit-on , aux Isles d' Yere.

Mais qu'importe ? car il auroit

140 Sans profit fait voile au Détroit, Puis que Smith, au lieu de l'attendre Viste à Plimouth s'est venu rendre.

Mais , après un si vaste tour.

Voyons ce qui se passe en Cour.

145 Dimanche, Elle vint à Versailles, Et là , comme à des Epousailles , Mais des Epousailles de Dieux , Un Souper tout délicieux Se fit entre les Palissades ,

150 Et même aux douces Sereinades De mille Choristes aîlez Qui couchent là tout habillez.

Depuis , à Saint Germain en Laye , Sans redouter Sanglier ny Laye ,

155 Louis dans le milieu du Bois A régalé diverses fois Toute sa belle Compagnie Avec une chère infinie ; Et dans Saint Clou, Lieu si plaisant.

160 La Cour s'ébaudit à présent De la bonne & belle manière , Toujours avec chère pleniére , Si bien qu'on peut dire , ma foy , Que ce sont vrais Plaisirs de Roy.

165 N'aguére, l'adorable Reyne Cette charmante Souveraine ,

Avec Monsieur tinst sur les F< L'Un des plus aimables Pùun Où le Sang d'Espagne & de I

170 Soit en parfaite intelligence :

C'est le JFils du Susur Dbvis< , Son Officier tres-avisé , Que sa Majesté nomma menu Certes par un honneur extrêm

175 Louis-Philippes ; après quoi Je pourrois bien jurer, je croi Qu il va vivre sous des Aosna Des plus beaux & des plus pro

J'avertis ceux de mes Ledei iSo Des Belles Lettres amateurs Que le Docte de RicHs-Sooia Lequel en est la vive Source, Assamble chez Lui les Vivus Qui se mêlent d'être Sçavans, 185 Et qu'on y tient les Conféraii Sur les Arts & sur les Sama Ainsi qu'on les tenoit jadis (C*est la vérité que je dis) Chez Renauoot, cet Homme iU 190 Qui leur donnoit un si beau li Y présidant & discourant Avec un Esprit si présent.

Une nouvelle Mariée.

Mais un peu mal appariée,

195 Pensant aller en un Festin Qui se faisoit chez un Voisin , Son Epous , jalons comme mil Retournant à lors de la Ville Et sçachant quel est son desseii

200 En a la migraine soudain Et par doucereuses paroles , Qui sont néantmoins tres-frivo!

Il se met à vous la prôner Pour tâcher de l'en détourner.

205 L'Epouse , qui s'étoit parée , Sans doute afin d'être admirée.

Ne peut digérer le discours De ce Jalons , de ce Rebours , Qui lui parêt un coup de Foud

210 Ni , pour dire vrai , se résoudn A perdre les soins qu'elle a prif Qui lui font espérer le prix (Consultant sa Glace fidellei De la plus Leste & la plus Bdl<

215 Montant donc sur ses grands d

I30. — Du i5. May 1666 (Robinet).

Elle lui dit en peu de mots Que. nonobstant tout son beau prône, Pour lui faire voir son 6ec jaune , Elle ira dans le susdit Lieu,

no Et, ^uoi qu'en jurant un peu Dieu Et £Eusant affireuse grimace Diverses fois il la menace Qu'elle pourra s'en repentir.

Elle ne laisse départir.

115 Lui» pestant toûiours d'importance.

Médite chez lui la Vengeance , Mais, mettant de l'eau dans son vin, Il se détermine à la fin De la prendre d'une manière

^Qoi soit pillarde & singulière.

Son Espnt jalous &ïolet Lm fidt déher un Balet Et fidre un Bouquet à vin^ pointes, Qull met (de soye ètans bien jointes]

il5 Sons son chevet fort proprement , Et puis se couche en ce moment.

L'Epouse , en suite de la Feste , Revient chez Elle , ne s'enqueste , Et» se couchant à son côté

14» Comme si de rien n'eust été , Dort jusqu'à ce qu'on la réveille.

Son Jalous , la Puce à l'oreille Et moins assoupi qu'un Lutin , N*7 manque pas dés le matin ,

45 Et » d'une façon bien gentille , Par dessous le Linge rétrille , Puis , à merveilles satisfait Et vangé selon son souhait , Sort aussi-tôt du Domicile

50 Et s'en va faire un tour en Ville. Or l'Epouse , jugez-en tous , Brûlant d'un étrange courroux , Sa Vengeance à son tour médite ,

Et , ne la voulant pas petite ,

355 Ni moins drôle pareillement, Sans délibérer longuement , Mande chez Elle k la même heure Un Galant (jui tout prés demeure Et qui lui faisoit les doux Yeux

260 Depuis , dit-on , un an ou 4eux , Sans en pouvoir pour ce grand zélé Tirer la moindre Ba^ateUe.

Il n'y vient p^s , mais il y court Ou voie , transporté d'Amour,

265 Et la surprise est pour lui grande , Sçachant que sa Belle le mande , Lui cachant son ressentiment, Pour le payer dans le moment , Suivant l'ordre des Destinées ,

270 Des Tendresses de deux Années.

Après leur Ebat amoureux Qui les rend satisfaits tous deux , Le Galant s'époufe , & la Belle , Se congratulant k part-Elle ,

275 Se levé , se met au Miroir Et fort gaillarde se fait voir.

L'Epous , au retour, s'en étonne :

« Ho, ho I lui dit-il, ma Mignonne, » Vous avez l'air bien erraté

280 » Pour un Cul fraîchement fouetté. » Mais las I sa Réplique fut certe , Croyez-le , du moins aussi verte :

« Et Vous , vous êtes bien joyeux > Pour un Cocu d'une heure ou deux,

285 » Car depuis ce temps , lui dit-elle , » Je vous l'ay fait avec grand zélé. » Si cet Homme fut bien camus , Jugez-en , je n'en sçais pas plus , Et je m'en vais dater ma Lettre ,

290 Ne sçachant plus qu'y pouvoirmettre.

A la mi-May j'ay fait ceci ; Le Lecteur jugera si j ay bien réussi.

A RmHs , Cktx P- Muguit , rue de U Harpe , aux trois Rois. Avu Privilège du kof.

(Biblioth. nat., Lc>, 22. Rét. —

Biblioth. Maurine, 296. A>. —

Biblioth. de l'Araena] , B.^'L. 11802.)

LETTRE BN VERS A SON ALTESSE SÇRENISSIME MADAME LA DUCHESSE D'ENGUYBN

[Par Edmb BOURSAULT.]

Du i5. May 1666.

Belle Altesse, à qui je me donne (Car, comme Vous estes fort bonne, Vostre Esprit toujours bien-faisant Reçoit bien un petit Présent) ; 3 Belle Altesse , dis-je , ma Muse , Que trop de lenteur rend confuse , Vient Vous présenter les Tributs Qu'exigent vos hautes Vertus , Non que cette Muse enhardie

10 D'estre quelquefois applaudie De crainte de vostre courroux Veuille rien invehter pour Vous.

SI par fois ma I^lume Vous loue Et si Vostre Altesse m'avoue ,

15 On ne verra rien dans mes Vers Que ne sçache tout' l'Univers.

Si je dis que pour Vous , Princesse , C'est peu du grand Titre d* Altesse Et que le Sort a protesté

20 Qu'on vous nommeroit Majesté ; Qu'on n'a pas besoin de^connaistre De quel Sang le Ciel vous fit naistre Et qu'à vos seules Qualitez ' On connoit de qui vous portez ;

25 Si je dis que d'un Sang Illustre Vos Vertus augmentent le lustre , Que l'éclat qui sort de vos Yeux Vaut l'éclat de tous vos Ayeux , Et que vostre mérite extrême

30 Est seule comparable à luy-mesme ; Princesse , je ne diray rien Que l'Univers ne sçache bien.

Puis donc que ma Muse s'attache A n'avancer rien qu'on ne sçache , Si pour vous son humble Respect N'est pas un Hommage suspect, Daignez accepter son Offrande Avec une joye aussi grande Que si mes Vers un peu plus doux

40 Estoient immortels comme Vous ;

Et comme cent Bouches fidde M'ont appris assez de nouvelle Ayez soin de les écouter.

Et je vais vous les débiter.

45 On m'a dit que dans la Cak Que le courroux du Ciel détah Il est arrivé du firacas Qui cause un estrange tracas.

La Terre, en ce lieu belle ai ht

50 A tremblé comme une poltrou Et. sa Muse en tremblant ainâ En a bien fait trembler aussi Vingt maisons, quasi des meiOe Qui danserent-là quelques heu

55 A la fin , faisant de faux pas , Se laissèrent tomber si bas Qu'après de mortelles blessures Estant moins Maisons que Masi Leurs grands Corps tous estrop

60 N'ont pu revenir sur leurs pîcï.

De quatorze ou quinze Famille Sept Vieillards , dix Garçons , c

Deux Coquettes qui s'habilloieo Quatre VieîUes qui babilloient ,

65 Un Mourant qu'exhortoit un Prc Un Lacquais qui voloit son Mai Tous ensemble écrasez d'abord Esprouverent le mesme sort ; Puis , ayant leur trame finie .

70 S'en allèrent de compagnie , Afin de ne s'ennuyer pas.

L'un là-haut & l'autre là-bas.

Comme ces lieux leur appartie

S'ils s'y trouvent bien , qu'il $

[ticnû

lai. ^ Du i5. May i665 iBoursault'.

Un Duc satisfait de son Son .

FL'un des jours du Mois dernier mort

I fCar defunct Avril , cessant d'estre ,

Expira quand May voulut naistre ,

Et d'abord qu'un Mois est passé So Je le garantis trépassa) ;

Un Duc donc, que l'atsc transporte.

Autant Duc que Duc de sa sorte.

L'un des jours du Mois écoulé ,

Fut pompeusement régalé.

85 Pour rendre a son Mérite insigne

Tout l'honneur dont on le crût digne.

Naples , dont il est Vice-Roy.

Le receut en fort bel arroy.

Dé compte arrcsté , cent Carosses , ^ Loin d'estre tirez par des Rosses ,

Enrichis de Clouds façon-d'or,

Conduisoicnt celuy du Seignor,

Et la Nuit qui naissoit à peine .

Dédaignant sa Robe d'Ebeine, 95 Et voulant avoir un Atour

Qui tint de la Nuit & du Jour.

Prit au lieu de ses sombres voiles.

Un Manteau lout farcy d'Etoiles.

El versa sur chaque Passant 100 L'influence de son Croissant:

Mais, de quelque fard qu'elle essaye.

Les Flambeaux que l'on mit en haye

A la Porte Dïx-Popolo

Effaçant la Soeur d'Apollo .

ins Les Clartez artificielles

Triomphèrent des naturelles .

Et la Nuit que picqua cela

De dépit se des-habitla.

En suite le Vice-Roy mesme i«Vit avec un plaisir extrême

Artisans . Soldats & Valets

Assembiez devant le Palais

De sa Majesté Subalterne .

^Oui trinqnoient comme à la Taver- ^^Et qui paraissoient fort ravis [ne, ^^De pouvoir s'enyvrer gratis , ^^Car au beau milieu de ta Place .

En faveur de la Populace ,

Quatre Jcis qui poussoient du Vin 30 Emplîssoient un large Bassin .

Où, durant trois jours, dit l'Histoire.

On ne fit que puiser & boire .

Hormis un Manant d'alentour,

Qui but tant dés le premier jour ^;Qu 'ensuite de quelques faiblesses ^bOui luy firent faire des SS .

BCét Yvrogne se laissa «hoir

Justement dans son Abreuvoir.

Où , ne remuant pieds ny reste .

[jo II seroit mort comme une bestc .

Et cependant il querella Ceux qui le tirèrent de là.

La charmante Infante d'Espagne A la fin s'est mise en Campagne

ijsPour aller, comme elle prétend.

Où Monsieur son Espoux l'attend.

Quelque Ville & quelque Village Qu'elle honore de son passage .

Elle fait de tous les costez

140 Briller ses divines Beautez ,

Et dans quelque lieu qu'on la voyc On n'entend que des cris de )oye.

Le mesme Légat que jadis i!!?'^

On receut si bien à Paris ^J-

14J Et qui mesme . pour Recompense '' D'un Sonnet à son Emînence , Des deux plus pieux de ses doigts Me combla de Signes de Croix , Par un second choix du Saint Hom-

150 Qui remplit le Fauteuil de Rome. [me Prés de cette rare Beauté Est Légat de sa Sainteté.

Pour le coup , ledit Sieur se pique De mener un Train magnifique;

155 Les nouvelles qu'on a de là N'entretiennent que de cela.

Tous ses Estafiers seront braves , Les Mulets feront des pas graves , Et chacun , la Clochette au cou .

160 Dont le bruit étourdira prou , Carillonneront sur la marche De Monsieur le Sous-Patriarchc, Et toujours sur le mesme ton Rediront la mesme Chanson.

165 Comme principal Personnage Pour paroistre avec avantage A l'aspect de deux si beaux Yeux , Le Neveu du Ponier des Cieux Du plus beau Satin qui se treuve

i7oS'est fait faire une Robe neuve , Et . ravy de prodiguer tout Pour se mettre sur le bon bout.

Du Chapeau de largeur honneste Qui jadis . estant sur sa teste ,

17; Mettoit seul sous ses vastes bords A l'abry le reste du corps Et faisoit plus d'ombre qu'un Orme, Il a fait rechanger la forme ,

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