LA MUSE DE COUR DÉDIÉE A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Pas Lb SIEUR de SUBLIGNY.
A MADEMOISELLE DE TOUSSI
Mademoiselle ,
Voudriez-vous bien épargner la peine à Madame vôtre Mère de lire une Epître? Je croy (}ue vous luy feriez plaisir. Quand on a d'aussi grandes occppations que les siennes on a bien autre chose à faire qu'à songer à ces petio amusemens.
On laisse volontiers ce plaisir à quelqu' Autre Pour s'attacher à son Employ , Lorsqu'il faut gouverner le Fils d'un puissant Roy, Et glorieux comme le Nôtre.
Je m'imagine que je vous prens vous-mesme dans le temps que c'est voscc vray fait de vous divertir à la bagatelle , & que dans un an ou dans six dk^*
BC La Muse Dauphime, adressée a Momsbi- OMKUR LB Dauphin. *
A Par le sieur D. S.
LEfAfrt à MUe de Toussi ue se ireutt^^^
IgS La Musb Dauphinb. (Sobuony). 8jM.
ou plutost si vous voulez , lorsqu'il foudra que vous deveniez pour le moins Princesse , vous n'en aurez plus le loisir.
Mais à douze ou treize ans que fiEÛre ? A quoy passer le temps ? à quoy pouvoir se plaire Si dans les petits Vers on ne prend interest (Pour moy, douze ou treize ans me semblent bagatelle) ,
Si la bagatelle ne plaist
Quand on est si jeune & si belle ?
Lisez donc, Maoemoisellb, je vous supplie, lisez cette Epistre, où je prens la liberté de dédier le premier Recueil de mes Muses à Madame la Mareschale vostre Mère. Et auand après cela vous vous entretiendrez avec elle , vous me ferez la grâce de luy dire que je luy en .fais présent d'aussi bon cœur qu'elle me donna obligeamment sa protection quand j'eus l'honneur de la saluer. Ce ne sera point une Epistre à l'ordinaire , & quoy au'à la première ouverture
âue je fis à mes amb de mon dessein, ils m'avent dit tous que j'avois un beau iiamp pour la louer si j'en voulois prendre l'occasion. Car il est vray qu'elle est Veufve d'un des plus braves Hommes du monde, d'un Vice-Roy de Catalogne & d'un Duc , Pair & Mareschal de France , Et , de son costé , nous sçavons qu'elle peut conter des Roys pour ses Ancestres ;
' Et , parlant franchement sur cet article-cy ,
Nous voyons que cette Origine
Se découvre assez bien aussi
Par sa majestueuse mine.
Tout est Royal dans sa façon , Et tant que moy qui suis un scrupuleux garçon , Voulant parler un Jour à cette illustre Femme , Sans faire tort au Roy, je fus presque tenté De débuter plutost par « votre Majesté »
Que de commencer par Madame.
Quoy qu'on m'ait dit , Mademoisbllb , que j'y devois parler de tous les charmes de sa personne & de cette manière souveraine dont elle sçait dispenser de la réputation à ceux qu'elle estime , de la grandeur de son ame & des beautez de son esprit, de sa vertu & de son mérite , & enfin de tout ce qui obligea le plus grand et le plus clair-voyant des Roys à luy écrire , lors qu'elle y pensoit le moins, qu'il la choisissôit pour estre uouvemante de mon petit Maître , Monseigneur le Dauphoi , je n'ay point envie de m'estendre sur ses louanges. On n'ignore point sa haute naissance & sa gloire, &, quand quelqu'un seroit assez nouveau dans le monde pour l'ignorer, ce ne seroit
1>as mon Epistre que je voudrois qu'il en crust ; l'Histoire n'est faite que pour e dire ; il la liroit s'il vouloit ; et , pour ce qui est de sa personne , on peut aller au Louvre, où l'on en verra plus que je n*en sçaurois écrire. Je n^ parleray point aussi de ce qui vous rend la plus belle oi la plus aymable Fille de l'Europe. Vous avez beau ne pouvoir danser ny parler, nv mesme vous montrer, sans ^ue tout le monde se rescrie , Je ne suis pas d'humeur à me faire des ennenus d'autant de Princes Estrangers qui pourroient lire cette Lettre & qui n'ont point affaire que j'aille troubler leur repos en leur confirmant que vous estes encore plus parfaite que la Renommée ne l'a publié ,
895 La Musb Dauphins. (Suhugny).
Car vous n'estes point de ces Belles Dont on se plaise à voir le portrait si charmant , Ou bien c'est un plaisir qui cuit horriblement Et qu'on paye, à mon gré , de peines bien cruelles , A moins que de tous voir dans le mesme moment.
Je ne la rempliray donc , Mademoiselle , que de la tres-humble pri je vous feray de présenter vous-mesme à cette incomparable Duchesse challe ce Recueil de Nouvelles en Vers qu'elle a déjà nonorées de sa pn estant séparées , Et de vouloir prendre le soin de me la conserver f Muses suivantes , que je m'efforceray de rendre plus dignes d'estre le les premières par les beaux endroits que j'y feray voir.
Et , si ma vanité vous paraissoit extrême De vous répondre ainsi de ce que je feray.
Charmant Objet, je vous diray.
Que j'oseray souvent vous y placer vous mesme.
Je suis avec un profond respect ,
Mademoiselle ,
Vostre tres-humble & t obéissant Serviteur.
T. P. de SuBUGï