r Du 7. Juin i665 (Matolas
150 Où les Nobles Vénitiens ,
Fournissent leurs Gens & leurs biens, Pour s*opozer à la colère Des Otomans & du Grand-Caire ; Mais les Turcs encore n'ont pas
155 Entrepris sièges ny combats , Sur grande ou sur petite Place , Et ne font qu'uzer de menace.
Poussons un peu jusqu'à Madrid, D'où Sbgnor Dom Diego m'écrit
160 Que toutes les forces d'Espagne Se préparent , cette Campagne , Pour emporter le Portugal , Ou pour luy faire bien du mal.
Mais , la choze étant incertaine ,
165 Le temps nous tirera de peine.
Après avoir fait ce grand tour, Revenons dans nôtre séjour.
Une jeune Si belle Empezeuze , Dans son Art adroite & rameuze ,
170 Ne pouvant malgré la fierté Que luy sugéroit sa beauté , Conserver un cœur invincible Et ne paroître point sensible Aux transports d'un fidel Amant ,
175 Qui l'aimoit passionnément ; Enfin agréant son service , Il luy rendoit maint bon ofice , Et , s'aquitant de son devoir Elle se plaizoit à le voir ;
180 II y passoit l'aprésdtnée Et quelquefois la matinée ; Ils rioyent ensemble & jazoient, Savonoient, séchoient, empézoient Rabat , mouchoir, chemize fine ,
185 Souz le fer & sur la platine , En un mot , l'Amante & l'Amant Passoient le temps bien doucement ; * Je ne vous diray pas le reste , N'étant pas-là , je vous proteste ,
190 Pour entendre tous leurs discours Ny la suite de leurs amours.
Mais , un jour, cette chère Amante , Par une avanture étonnante , Morte & froide dans un fautueil
195 Se trouva , comme en un cercueil , Et l'Amant à genoux prés d'elle , Mort & froid aux pies de sa belle.
Soit par Tardant feu du charbon , Soit par celuy de Cupidon ,
200 Ces pauvres corps remplis de fiftme Au mesme instant furent sans ame.
Et , poussans le dernier soupir.
Peut-être ils sont morts de plaizir.
Après cette fidelle Histoire ,
205 Que sur ma parole on peut croire , Douterez-vous encore un jour.
Cruelles , que Ton meurt d'amour ?
Ne soyez-donc plus inhumaines A ceux qui vous content leurs peines.
210 Autheur brillant & généreux , Sans mentir je m'estime heureux Lors-que mes Vers ont l'avantage D'être honorés de ton sufrage , Les traitant favorablement ,
213 Cela vaut un Remerciment.
Princesse, à qui je rens hommage, J'ay remply la troisième page , Mais quand je travaille pour Vous Ces momens me semblent bien doux, 220 Et ma Muze est assez constante Pourvu qu'elle vous soit plaizante.
Ecrit, sans bouger d'un seul lieu, Deux jours après la Feste-Dieu.
APOSTILLE
Illustre Chancelier de Francs , 225 Grand SéouiER , de qui l'éloquence , Le Zèle & la fidélité Devant nos Rois ont éclaté , C'est au nom de tout le Parnasse Que je vous rens trés-humble grâce 230 De mon Privilège acordé , Comme je vous l'ay demandé , Pour rimer des Lettres sans cesse A mon héroïne Princesse.
Obmétre icy , point il ne faut 235 L'obligeant & prudent Beraud , Dont l'apuy me fut nécessaire Pour bien conclure cette afaire.
A Paris, Che^ Charles Chtnault , Imp. et Lib., Au bout du Pont S. Michel, i Ventrée de la rue de la Huchette, aux Armes du Roy. Avec PrivUége de S, M.