PROGRÈS DE LA PROBABILITÉ
ce grand * Diana a rendu plusieurs opinions probables qui « ne Tétaient pas auparavant, quœ antea non étant; et « qu'ainsi on ne pèche plus en les suivant, au lieu qu'on « péchait auparavant :jam non peccant, licet aniepec- « caverint. »
En vérité, mon père, lui dis-je, il y a bien à profiter auprès de vos docteurs. Quoi! de deux personnes qui font les mêmes choses , celui qui ne sait pas leur doctrine pèche; celui qui la sait ne pèche pas? Elle est donc tout ensemble instructive et justifiante? La loi de Dieu faisait des prévaricateurs , selon saint Paul ; celle-ci fait qu'il n'y a presque que des innocents. Je vous supplie, mon père , de m'en bien informer; je ne vous quitterai point que vous ne m'ayez dit les principales maximes que vos casuistes ont établies.
Hélas 1 me dit le père, notre principal but aurait été de n'établir point d'autres maximes que celles de l'Évangile dans toute leur sévérité; et l'on voit assez par le règlement de nos mœurs que si nous souffrons quelque relâchement dans les autres, c'est plutôt par condescendance que par dessein. Nous y sommes forcés. Les hommes sont aujourd'hui tellement corrompus , que, ne pouvant les faire venir à nous , il faut bien que nous allions à eux ; autrement ils nous quitteraient: ils feraient pis , ils s'abandonneraient entièrement. Et c'est pour les retenir que nos casuistes ont considéré les vices auxquels on est le plus porté dans toutes les conditions , afin d'établir des maximes si douces , sans toutefois blesser la vérité, qu'on serait de difficile composition si Ton n'en était content ; car le dessein capital que notre Société a pris pour le bien de la religion est de ne rebuter qui que ce soit , pour ne pas désespérer le monde.
P4SCAL. PROV. 7
Nous avons donc des maximes pour toutes sortes de personnes, pour les bénéficiera, pour les prêtres, pour les religieux, pour les gentilshommes, pour les domestiques , pour les riches, pour ceux qui sont dans le commerce, pour ceux qui sont mal dans leurs affaires, pour ceux qui sont dans l'Indigence , pour les femmes dévotes , pour celles qui ne le sont pas, pour les gens mariés , pour les gens déréglés. Enfin, rien n'a échappé à leur prévoyance. C'est-à-dire , lui dis-je , qu'il y en a pour le clçrgé , la noblesse et le tiers-état . Me voici bien disposé à les entendre.
Commençons, dit le père, par les bénéficiera. Vous savez quel trafic on fait aujourd'hui des bénéfices , et que , s'il fallait s'en rapporter à ce que saint Thomas et les anciens en ont écrit, il y aurait bien des simoniaques dans l'Eglise. C'est pourquoi il a été fort nécessaire que nos pères aient tempéré les choses par leur prudence , comme ces paroles de Yalentia, qui est l'un des quatre animaux d'Escobar , vous l'apprendront. C'est la conclusion 4'un long discours, où il en donne plusieurs expédients, dont voici le meilleur, à mon avis. C'est en la p. 2039 du t. $. « Si Ton donne un bien temporel « pour un, bien sprituel , » c'est-à-dire de l'argent pour un bénéfice, « et qu'on donne l'argent comme le prix* « du bénéfice , c'est une simonie visible. Mais si on le « donne comme le motif qui porte la volonté du colla- « teur à le conférer , ce n'est point simonie, encore que « celui qui le confère considère et attende l'argent comme « la fin principale. » Tanneras, qui est encore de notre Société, dit la même chose dans son t. 3, p. 1519, quoiqu'il avoue « que saint Thomas y est contraire, « en ce qu'il enseigne absolument que c'est toujours si-