‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 84 sur 98 · DISPUTE SUR LE SERS DE JANSÉNIUS · texte numérisé non relu

DISPUTE SUR LE SERS DE JANSÉNIUS

une dispute pareille de son temps ; « parce, dit-il , que ce « n'est pas s'opposer aux hérésies, mais c'est faire une hé- « résie, que de refuser de croire ceux qui par leur confession « témoignent d'être dans la véritable foi : Hoc non esthœ- « resimpurgare, sedfacere. Ep. 16. » Mais je connus en vérité qu'il n'y avait point en effet d'hérétiques dans l'Église, quand je vis qu'ils s'étaient si bien justifias de toutes ces hérésies 4 que vous ne pûtes plus les accuser d'aucune erreur contre la foi , et que vous fûtes réduit à les entreprendre seulement sur des questions de fait touchant Jansénius, qui ne pouvaient être matière d'hérésie. Car vous les voulûtes obliger à « reconnaître que ces propositions étaient dans Jansénius, mot à mot, toutes, et en « propres termes , » comme vous l'écrivîtes encore vousmême: Singulares, individuœ, totidem verbis apud Jansenium contentas, dans vos Cavilli, p. 39.

Dès lors votre dispute commença à me devenir indifférente. Quand je croyais que vous disputiez de la vérité ou de la fausseté des propositions , je vous écoutais avec attention, car cela touchait la foi : mais quand je vis que vous ne disputiez plus que pour savoir si elles étaient mot à mot dans Jansénius ou non, comme la religion n'y était plus intéressée , je ne m'y intéressai plus aussi. Ce n'est pas qu'il n'y eût bien de l'apparence que vous disiez vrai : car de dire que des paroles sont mot 4 mot dans un auteur, c'est à quoi l'on ne peut se méprendre. Aussi je ne m'étonne pas que tant de personnes , et eu France et à Rome , aient cru, sur une expression si peu suspecte, que Jansénius les avait enseignées en effet. Et c'est pourquoi je ne lus pas peu surpris d'apprendre que ce même point de fait , que vous aviez proposé comme si certain et si important, était faux, et qu'on

vous défia de citer les pages de Jansénius ou vous avîe* trouvé ces propositions mot à mot, saus que vous l'ayez jamais pu faire.

Je rapporte toute cette suite , parce qu'il me semble que cela découvre assez l'esprit de votre Société eu toutj cette affaire, et qu'on admirera de voir que , malgré tout eeque je vicps de dire, vous n'ayez pas cessé de publier qu'ils étaient toujours hérétiques. Mais vous avez seulement changé leur hérésie selon le temps; car, à mesure qu'ils se justifiaient de Tune, vos pères en substituaient une autre, afin qu'ils n'en fussent jamais exempts. Ainsi, en 1653, leur hérésie était sur la qualité des propositions. Ensuite elle fut sur le mot à mot Depuis, vous la mîtes dans le cœur. Mais aujourd'hui on ne parle plus de tout cela; et l'on veut qu'ils soient hérétiques, s'ils ne signent que « le sens de la doctrine de Jansénius se « trouve dans le sens de ces cinq propositions* »

Voilà le sujet de votre dispute présente. Il ne vous suffit pas qu'ils condamnent les cinq propositions, et encore tout ce qu'il y aurait dans Jansénius qui pourrait y être conforme , et contraire à saint Augustiu ; car ils font tout cela. De sorte qu'il n'est pas question de sa* voir., par exemple, si « Jésus-Christ n'est mort que pour « les prédestinés, * ils condamnent cela aussi bien que vous ; mais si Jansénius est de ce sentiment-là ou non. Et c'est sur quoi je vous déclare plus que jamais que votre dispute me touche peu, comme elle touche peu l'Église. Car, encore que je ne sois pas docteur uon plus que vous, mon père, je vois bien néanmoins qu'il n'y va point de la foi , puisqu'il n'est question que de savoir quel est le sens de Jansénius. S'ils croyaient que sa doctrine fût conforme au sens propre et littéral de cet

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