‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 94 sur 98 · SENS DE JANSENIUS SUR LA GRACE · texte numérisé non relu

SENS DE JANSENIUS SUR LA GRACE

pour témoigner leurs sentiments, qu'ils condamnent cette hérésie de tout leur cœur, et de la même manière que font les thomistes , que vous reconnaissez sans difficulté pour catholiques, et qui n'ont jamais été suspects de ne le pas être.

Que direz- vous doue maintenant contre eux r mon père? Qu'encore qu'ils ne suivent paâ le sens de Calvin, ils sont néanmoins hérétiques , parce qu'ils ne veulent pas reconnaître que le sens de Jansénius est le même que celui de Calvin ! Oseriez-vous dire que ce soit là une matière d'hérésie? Et n'est-ce pas une pure question de fait qui n'en peut former? C'en serait bien une de dire qu'on n'a pas le pouvoir de résister à la grâce efficace; mais en est-ce une de douter si Jansénius le soutient? Est-ce une vérité révélée? Est-ce un article de foi qu'il faille croire sur peine de damnation? Et n'est-ce pas malgré vous un point de fait pour lequel il serait ridicule de prétendre qu'il y eût des hérétiques dans l'Église?

Ne leur donnez donc plus ce nom , mon père , mais quelque autre qui soit proportionné à la nature de votre différend. Dites que ce sont des ignorants et des stupides, et qu'Hs entendent mal Jansénius; ce seront des reproches assortis à votre dispute : mais de les appeler hérétiques , cela n'y a nul rapport. Et comme c'est la seule injure dont je les veux défendre , je ne me mettrai pas beaucoup en peine de montrer qu'ils entendent bien Jansénius. Tout ce que je vous en dirai est qu'il me semble, mon père, qu'en le jugeant par vos propres règles, il est difficile qu'il ne passe pour catholique : car voici ce que vous établissez pour l'examiner.

< Pour savoir, dites-vous, si Jansénius est à couvert , « il faut savoir s'il défend la grâce efficace à la manière

« de Calvin, qui nie qu'on ait le pouvoir d'y résister; « car alors il serait hérétique : ou à la manière des tho- « raistes qui l'admettent; car alors il serait catholique. « Voyez donc, mon père, s'il tient qu'on a le pouvoir de résister, quand il dit, dans des traités entiers, et entre autres au tom. 3 , liv. 8, c. 20 : « Qu'on a toujours le • pouvoir de résister à la grâce, selon le concile; qde

« LE LIBER ARBITRE PEUT TOUJOURS AGIB ET n'àGIB PAS ,

« vouloir et ne vouloir pas , consentir et ne consentir « pas, faire le bien et le mal ; et que l'homme en cette « vie a toujours ces deux libertés, que vous appelez « de contrariété et 'de contradiction. » Voyez de même s'il n'est pas contraire à l'erreur de Calvin, telle que vous-même la représentez, lui qui montre, dans tout le chap. 21, « que l'Église a condamné cet hérétique, « qui soutient que la grâce efficace n'agit pas sur le « libre arbitre en la manière qu'on l'a cru si longtemps « dans l'Église , en sorte qu'il soit ensuite au pouvoir « du libre arbitre de consentir ou de ne consentir pas : « au lieu que , selon saint Augustin et le concile , on a « toujours le pouvoir de ne consentir pas , si on le veut ; « et que, selon saint Prosper, Dieu donne à ses élus « mêmes la volonté de persévérer, en sorte qu'il ne leur « ôte pas la puissance de vouloir le contraire. » Et enfin jugez s'il n'est pas d'accord avec les thomistes , lorsqu'il déclare, c. 4 , « que tout ce que les thomistes ont écrit « pour accorder l'efficacité de la grâce avec le pouvoir « d'y résister est si conforme à son sens, qu'on n'a qu'à < voir leurs livres pour y apprendre ses sentiments. Quod « ipsi dixerunt , diclumputa. »

Voilà comme il parle sur tous ces chefs , et c'est sur quoi je m'imagine qu'il croit le pouvoir de résister à la

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