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MEMOIRE

Aux Délices, près de Genève, i 5 mars i 759 *.

Je n'ai point plaidé au Conseil au sujet du centième denier qu'on exige pour la vente à vie de Tournay, frontière de Gex et de Genève2. J'ai seulement eu l'honneur d'é-

1 . De la main d'un secrétaire, sauf le mot Mémoire, la date, et la formule de courtoisie, qui sont écrits par Voltaire (British Muséum, Fr. Eg. 1963, folio 10). — Ce Mémoire est adressé à M. Girard, receveur de la ferme du domaine à Dijon.

2. Le 11 décembre 17S8, Voltaire avait acheté à vie, du président de Brosses, le château, la terre et la seigneurie de Tournay. Par le contrat passé avec le président de Brosses, Voltaire s'obligeait de faire, dans sa nouvelle propriété, des réparations et améliorations jusqu'à concurrence de la somme de douze mille livres, dont l'emploi ne devait cependant point être exigible, si le preneur venait à décéder dans les trois premières années (voyez le Bail à vie de la terre de Tournay, dans le tome XXXIX de l'édition Garnier, p. 546-548).

Le receveur de la ferme du domaine à Dijon ayant élevé des difficultés pour la perception du centième denier, aussi bien sur le bail que sur les douze mille livres de réparations, avant même que Voltaire fût entré en possession de la terre, le nouveau seigneur de Tournay protesta contre

crire à M. de Chauvelin l. J'ai représenté que la terre de Tournay est réputée terre étrangère, comme étant dans l'ancien dénombrement, et exempte de toute imposition et taxe; qu'elle est conservée dans ses immunités, exemptions et franchises depuis l'acquisition du pays de Gex par Henri IV ; que ces franchises ont été consacrées par Louis XIV au traité d'Arau (i 658) ; que Sa Majesté le roi régnant a spécialement maintenu cette terre dans ses privilèges, par un brevet à M. de Brosses en 175 5; que ce n'est pas à moi à détériorer cette terre en lui faisant perdre ses privilèges; que je pouvais aussi bien faire mon contrat à Genève qu'à Gex ; que si ce contrat avait été fait à Genève, on n'aurait point demandé le payement du cen-

cette prétention et invoqua les anciens droits et privilèges de la seigneurie pour être exempté d'un payement qu'il considérait comme injuste. Le Mémoire du i5 mars 1759 est une des nombreuses requêtes qu'il adressa aux puissances pour faire valoir la légitimité de ses droits.

1. Voyez Voltaire à Chauvelin, 3 et 9 février, 14 et 26 mars 1759 (t. XL de l'édition Garnier, p. 28, 3 3, 60 et 68).

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tième denier. En un mot, je réclame les droits de la terre, prêt à payer, s'il est décidé que je le doive, et priant qu'on ne fasse point de frais à un homme assez épuisé par cette acquisition. J'ajoute seulement qu'en cas que la terre fût soumise au centième denier, je prie qu'on n'exige pas le droit de douze mille livres de réparations, lesquelles douze mille livres par le contrat même ne sont point exigibles, si je meurs dans trois ans; je demande à messieurs les fermiers généraux : i° si je dois le centième denier d'une terre réputée étrangère, libre de tous droits et taxes, et si je dois le centième denier d'un argent qui ne doit pas être employé, si je meurs dans trois ans. Je prie M. Girard d'envoyer copie de ma lettre à qui il appartiendra.

J'ai l'honneur d'être son très humble et très obéissant serviteur.

Voltaire.

A Monsieur Mariette l,

A Ferney, 22 septembre (1 762).

J'attends votre mémoire, Monsieur, et je vous réponds de l'honneur que vous fera cette affaire. Il me paraît qu'elle est déjà jugée par l'Europe. Le Conseil sera apparemment de l'avis de tout le public. Vous aurez la gloire d'avoir été le vengeur de l'innocence et d'avoir appris aux juges à ne se pas jouer du sang des hommes. Je suis pénétré des soins que vous prenez. Je vous en dois la plus tendre reconnaissance. L'intérêt que j'ai pris à un malheur si horrible redouble par votre conduite, aussi bien que mon es-

1 . Autographe (British Muséum, 23, 102, f. 173). — Mariette, avocat au Conseil du roi, rédigea quatre mémoires dans l'affaire Calas. Il s'agit, dans cette lettre de Voltaire, du premier Mémoire de Mariette, intitulé : Mémoire pour dame Anne Rose Cabibel, veuve du sieur Jean Calas, marchand à Toulouse; Louis et Louis Donat Calas, leurs fils, et Anne-Rose et Anne Calas, leurs filles. Demandeurs en cassation d'un arrêt du Parlement de Toulouse du 9 mars 1 762. De l'imprimerie de Le Breton, etc., 1762, in-8 de 1 3 6 p.

time pour vous et tous les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.

Voltaire.

A Monsieur Wilkes,

Gentilhomme anglais1.

(Novembre 1764?)

Sir, I return you many thanks. You set me in fiâmes with your courage and you charm me with your wit.

Your most h. ob. s.

I. Autographe (British Muséum, 30,877, f« ^4). L'adresse porte : A Mr. Mr. Wilkes, gentilhomme anglais. Selon toute vraisemblance, ce billet répond à un billet de Wilkes, contenu dans le même recueil (30,877, f. 33^, et ainsi conçu : « Mr. W... présents his very respectfull compliments to M. de V. He submits with much déférence the inclos'd pièces to a gentleman who has distinguished himself no less as the warm friend of humanity than as the first genius of the âge. Nov. 2 3, 1764. »

Traduction. « M. W[ilkes présente ses très respectueux compliments à M. de V. Il soumet avec beaucoup de dé-

Traduction,

« Monsieur, je vous remercie mille fois. Votre courage m'enflamme et votre esprit me charme. « Votre très humble et obéissant serviteur,

férence les pièces ci-incluses à un homme qui s'est fait connaître non seulement comme un chaud ami de l'humanité, mais encore comme le premier génie de son temps. 2 3 novembre i 764. »

John Wilkes, célèbre publiciste et homme politique anglais, né en 1727, mort à Londres en 1797. Son pamphlet intitulé : Observations on the rupture with Spain (1762, in-8), et dirigé contre l'administration de lord Bute ; son journal, North Briton, dont un numéro (le 45e) contenait des attaques personnelles et directes contre le roi Georges II ; son arrestation, bientôt suivie de son élargissement; le procès qu'il intenta aux officiers publics qui l'avaient illégalement arrêté ; l'autodafé de son journal , son expulsion de la Chambre des Communes, lui valurent une immense popularité et firent de lui le champion le plus fameux des libertés publiques anglaises. Voltaire avait beaucoup d'estime pour Wilkes, et il écrivait en 1771, dans l'article Gouvernement des Questions sur l'Encyclopédie (section ire) : « Il n'appartient qu'à M. Wilkes de peser dans sa balance anglaise ceux qui sont à la tète du genre humain. » — En 1764, Wilkes s'était retiré en France, d'où il passa en Italie; il est probable qu'il s'arrêta à Genève, et que, se trouvant dans cette ville, au mois de novembre 1764, il envoya à Voltaire quelques-uns de ses écrits. Sur Wilkes, voyez la notice très complète de M. E. Asse, dans la Nouvelle Biographie générale, t. XLVI, p. 735-739.

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A Monsieur de Kieux ■

(Vers 1766?)

Monsieur, je vous ai des obligations en anglais et en gaulois. Je vous remercie de tout mon cœur. Je vois que ce cardinal de Richelieu, le fondateur de notre Comédie, était un des plus mauvais poètes de son temps. Notre confrère le cardinal de Bernis

1. Autographe (British Muséum, 27,457, f. 40). — L'adresse porte : A M. de Rieux, Genève. — Henri Rieux ou Rieu, né à Paris en 1721, et que Voltaire appelait familièrement « le corsaire », probablement parce qu'il avait « servi le roi longtemps dans les îles » (voyez Voltaire à Hennin, i3 janvier 1768), était venu se fixer à Genève. Grand amateur des choses du théâtre, il ne tarda pas à se lier avec Voltaire, et, en 1775, il alla s'établir à Ferney même, dans une maison que lui vendit le patriarche. M. Rieu était le petit-fils de Mm0 Calandrini, à qui sont adressées les lettres de Mllc Aïssé, publiées en 1787, avec des notes de Voltaire, par Mlle Julie Rieu, sœur d'Henri Rieu (voyez notre Bibliographie des Œuvres de Voltaire , t. II, p. 424-426). — Une partie de la correspondance de Voltaire avec M. Rieu a paru pour la première fois dans le tome L de l'édition Moland (nos 1 o,3 1 5 et suiv.). La lettre inédite que nous publions ci-dessus n'est pas datée dans l'original ; peut-être est-elle de la même époque que le billet qui porte dans l'édition Moland le n° 10, 3 3 5.

fait mieux des vers, mais il n'y a pas d'apparence qu'il soit premier ministre, comme l'autre1. Quand vous n'aurez rien à faire, ayez la bonté de vous souvenir d'un ermite que sa mauvaise santé empêche d'aller à Genève, et qui sent tout le bonheur de vous posséder, quand vous voulez bien lui faire cet honneur. J'ai celui d'être, avec tous les sentiments que je vous dois, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

Voltaire,

Gentilhomme ordinaire du roi.

i. Bernis ne fut point en effet premier ministre; mais il avait été ministre des affaires étrangères du 2 5 juin 1757 au 1 3 décembre 1758.

3rs/t3s

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