‹ Lettres et documents, 1767-1815Chapitre 91 sur 94 · MURAT AU MARECHAL PÉRIG.VON · texte numérisé non relu

MURAT AU MARECHAL PÉRIG.VON

27 juillet 1810.

A monsieur le maréchal Péri gnon.

Je désire que vous donniez des ordres pour que le 15 août soit célébré comme les années précédentes; en conséquence vous ferez faire des salves d'artillerie aux heures accoutumées; vous pourriez même passer une revue à la(|uelle serait appelé le plus de troupes possible.

Je reçois régulièrement (ous vos rapports; notre position est toujours la même ainsi que celle de l'ennemi; mais j'ai bien de la peine à réunir assez de bcàtiments pour tenter le passage avec le

474 JOACHIM Ml HAT

nombre de troupes que prescrit formellement l'Empereur pour cette expédition.

Je vous ferai connaître incessamment mes intentions pour le général Montserrat.

Archiics du prince Murât. R. XV, p. 96.

5142. — MLR;\T a I'RAXCESCO ricciaudi

27 juillet 1810.

A monsieur le ministre du Culte.

Je désire que le 15 août soit célébré comme les années précédentes; donnez en conséquence les ordres qui vous concernent, comme ministre du Culte.

Archives du prince Murât. K. XVII, p. 2S.

27 juillet 181U.

A monsieur le ministre de l'Intérieur.

Monsieur le ministre, je désire que vous donniez des ordres pour que le 15 août soit célébré comme l'année passée, et que l'Kxposition des objets d'art ait lieu de la même manière; donnez des ordres en conséquence.

Archives du prince Murât. It. XVII, p. 28.

Au camp Royal de Plaie, 27 juillet 1810.

Au ministre de la Police.

Monsieur le ministre, mon intention est que le 15 août soit célébré comme les années précédentes; donnez des ordres pour tout ce qui concerne les deux ministères dont vous avez le portefeuille. Ordonnez, en même temps, la plus grande surveillance pour le maintien de l'ordre pendant le temps de l'Expo.'^ition des objets d'art.

Archiies du prince Mural. R. .Wl, p 295.

ROYAUMK DE NAPLES. — 1810 475

Au camp de F'iale, 28 juillet 1810.

A monsieur le minhtre des Finances.

Monsieur le ministre, je reçois votre lettre de ce jour. Je donne l'ordre à M. Maret de se rendre de suite à Re<j<ji(», pour s'y concerter avec vous, le ministre de l'Intérieur, V^iucliel et M. Deriso sur le meilleur moyeu à prendre pour assurer le service des subsistances pour le mois d'août. Je partage absolument votre av^'s, il est infiniment plus avantaoeux d'en charger la régie et dans ce cas, je vous autorise à mettre <à sa disposition les cinqnante mille ducats qui vous sont demandés. Si vous ne pouvez parvenir à tomber d'accord avec la régie, il faudrait bien, pour ne pas laisser manquer le service, en passer par où voudraient les anciens iburnisseurs, mais on ne doit adopter cette mesure qu'à la dernière extrémité. J'ai donné des ordres relativement à l'employé des Domaines qui a été pris par les brigands; ils ne sont pas tout-à-fait conformes à vos désirs, parce que le Gouvernement ne peut pas se compromettre jusqu'à recevoir la loi de ces brigands.

Archives du prince Mural. R. XVII, p. -iX, et Papierii de .Mosbuurg.

Au camp Royal de Piale, '29 juillet 1810.

Au ministre Je la Police.

Monsieur le ministre, le convoi de Tessert ' a été détruit et les vivres et munitions, dont j'avais un si pressant besoin, seront bien difficiles à remplacer. Comment les faire venir par terre? Comment

' c Tout semblait à celle époque contrarier autant cette expédition que tout avait d'abord paru la favoriser. ... La croisière anglaise placée devant le Pizzo et Tropea et toujours composée d'une frégate, deux bricks et une corvette, vint à bout, dans les derniers jours de juillet, de s'emparer, après six heures d'un combat terrible, d'un convoi entier composé de 30 et quelques voiles et qui avait à bord les munitions et projectiles, ainsi qu'une (juantité considérable d'approvisionnements de réserve nécessaires pour l'armée d'expédition. 1 (Général (Juk.mer, Journal historique de la campagne de Calabre.)

les hasarder par mer? Ce combat, quoique malheureux sous tant de rapports, fait honneur à ma marine; elle a combattu avec gloire et elle n'a rien perdu de sa réputation, pour avoir succombé sous des forces aussi supérieures; six canonnières ont dû céder à l'attaque d'une frégate, de deux bricks, d'une goélette et d'un corsaire, qui avaient à bord sept à huit cents hommes de débarquement. Présentez cet événement dans ce sens au public par un article dans les journaux; je vous adresse ci-jointe copie du rapport du capitaine de frégate Caracciolo.

Je suis enfin obligé de faire moi-même le service des subsistances des vivres de la marine, puisque les fournisseurs ont cessé de le faire et n'envoient pas un sol à leurs préposés; ensuite, la ration qui coûte onze grains à Xaples, en coûte vingt et demi ici; les vivres de terre me coûtent un tiers de plus; il m'est impossible de supporter longtemps un tel état de choses, surtout dans un moment où l'Empereur m'impose de nouvelles charges. Voyez s'il ne vous serait pas possible d'organiser des moyens de transport par terre, au moyen des chevaux du train d'artillerie. J'ai grand besoin de recevoir des munitions : il faut aussi songer à. me faire arriver des blés de la Pouille sur Cotrone.

J'espère que vous aurez donné au ministre de France les mêmes nouvelles que vous m'avez données sur Corfou. J'espère que le général Donzelot profitera de l'absence des croisières pour approvisionner Corfou pour toute l'année; il serait bien coupable s'il ne le faisait pas.

Nous avons ce soir en vue un convoi venant de .Malte, de vingtcinq à trente voiles; une nouvelle frégate a mouillé ce matin à l'entrée du port et un nouveau vaisseau a été signalé, ce qui en porte le nombre k six.

.archives du prince Murât. H. XVI, p. 295.

51^7. — MURAT AU GE.VKRAL GRE.MKR

Au camp Royal de Piale, -29 juillet 1810.

Au général Grenier, rlief de l'élal-major fjrrural.

Monsieur le général, je reçois les deux lettres que vous m'avez fait communiquer par l'adjudant-commandant Romcuf. Quant à Monteleone, le commandant Butiloro devra être sans inquiétude à

rarrivée de mes vëlites, il faut prescrire à M. le général Déry d'ordonner au colonel Colbert d'avoir un dctacliement de vëlites au Pizzo jusqu'à l'arrivée d'un détachement de ligne.

Donnez l'ordre au général Manhès de prendre le cominaudemeut territorial des deux Calabres, prévenez-le que je le charge de rétablir la tranquillité dans cette division et d'exterminer les brigands qui la désolent; le régiment Corse sera à cet effet mis à sa disposition, ainsi que les autres troupes qui ne font point partie de l'expédition, mais qui se trouvent dans la division. Vous préviendrez de cette mesure les généraux de Gambs, Amato et Pignatelli. Je désire que le régiment Suisse soit détaché à Xicotera, Tropea, le Pizzo et Casai \uovo, l'état-major de ce régiment se tiendra avec quelques compagnies à Monteleone. Les détachements de Nicotera et de Tropea devront être chargés de la sûreté de la côte et protéger les convois, et les autres devront faire la guerre aux brigands; donnez des instructions et des ordres en conséquence. Prévenez le commandant du convoi du Pizzo que s'il voyait l'ennemi faire mine de l'attaquer dans cet atterrage et s'il se croyait compromis, il devrait s'empresser de faire décharger l'artillerie et les autres provisions ; alors des ordres seraient donnés pour les faire arriver par terre k leur destination.

Archives da prince Murât. R. XV, p. 9".

5148. — MUK.rr A MARET

\u camp de Piaie, 28 juillet 1810.

A monsieur Marc/, ordo/uiatctir en chef de l'armée.

Monsieur l'ordonnateur, je désire que vous |)artiez sur-le-champ pour Reggio, pour y concerter avec les ministres des Finances et de l'Intérieur, Vauchel et Deriso, sur les moyens d'assurer le service pour le mois d'août. Je désire que la Régie en soit préférablement chargée, et vous n'en chargeriez l'ancienne compagnie qu'à la dernière extrémité; le ministre des Finances m'annonce qu'il n'y a pas un moment à perdre. Mettez-vous donc en roule à l'instant.

Archives du priiue Murât. R. XV, p 98.

4T8 JOACHIAl MIRAT

5149. — MIRAT A DAL'RK

.An camp Royal de l'iale, 30 juillet IHIO. /in iiiinislrc de ht (iKcrrc.

Monsieur le ministre, nous n'avons rien de nouveau; il fait un vent du nord-ouest qui rend la nier affreuse et empêche l'ennemi de rien tenter.

Arcliiies du prince Aîurat. K. XVI, p. :297.

ôlôO — MURAT A DAURK

31 juillet 1810.

Au ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, il n'y a rien de nouveau; l'ennemi n'entreprend rien et la mer continue à être mauvaise; je suis toujours contrarié et volé par les fournisseurs; je finirai par en faire pendre la moitié.

.Archives «lu prime \lurat. K. X' I. p. 'JO".

.0151. — MLR.AT A FRAXCKSCO RICCI AIIDI

.Au camp Royal de Piale, le 30 juillet 1810.

Au Graiiil Ju/jr, minisire ilc la Jus/ire.

Monsieur le Grand-Juge, c'est au soin et à lactivité infatigable du général Manhès que je dois le retour de la tranquillité dans mes provinces des Abruzzes. Ce général, informé de la destitution du juge de paix de S. Buono, m'a montré ce fonctionnaire public comme un homme qui avait parfaitement rempli ses devoirs et qui l'avait parfaitement aidé à exterminer les brigands. Tous les officiers de gendarmerie lui rendent la même justice, et tous écrivent que le procureur général près le tribunal criminel de Chieti poursuit impitoyablement tous ceux qui ont fait la guerre aux brigands; ils ajoutent tous qu'on ne peut plus se flatter de conserver encore

KOYALME DE MAPLES. — ISIO 479

la tranquillité dans ces provinces si ce procureur y reste. En conséquence, j'ordonne que ce procureur-royal soit transféré dans le tribunal d'une province plus tranquille et qu'il lui soit écrit d'apporter moins de passion contre les personnes qui servent bien l'État; le juge de S. lUiono sera également réintégré dans ses fonctions. Les lois sur l'exil seront niainlcnues juscju'à l'adoption du Code Pénal et de la procédure criminelle de France; donnez des ordres en conséquence.

Arcliiies du prince Mural. K. XVIl, p. •29.

5102. — MIH.AT A DALHK

.^11 camp Royal de P.ale, 30 juillet 1810.

Ati mi ni si rc de la Guerre.

Monsieur le ministre, tous les marins de la flottille et des convois ont besoin de chemises, il faut m'en envoyer six mille sur-le-champ par terre, ayant soin de les faire escorter. Songez que cet envoi doit être fait sans perte de temps.

\e vous serait-il pas possible de me trouver un honnête homme parmi vos commissaires des guerres, qui eût en même temps assez de talent et assez d'amour de ses devoirs pour pouvoir le charger du service de l'armée, car je serai obligé ou de vous faire venir ou d'en charger un de mes générau.x. Je donne tout l'argent qu'on me demande et toujours à l'avance, et cependant je vis au jour le jour, tout ce qui a été envoyé de \aples et qui était destiné pour la réserve a été consommé, on continue à faire fournir les communes, et il ne se passe pas de jour qu'il ne manque quelque chose aux. distributions. Aujourd'hui c'est le pain, demain la viande, etc.; ma position à cet égard est affreuse.

Je viens de charger le général Manhès de la destruction des brigands des deux Calabres; j'ai mis k sa disposition La Boullaye, l'adjudant-commandaut Monligny et le régiment Corse.

Songez à me faire arriver par terre des munitions.

11 n'était pas du tout nécessaire de faire mettre dans les journaux que le maréchal Pérignon avait passé la revue de mes conscrits; c'est en quelque sorte reconnaître l'autorité française et la légitimer. Démentez hautement mon retour à Xaples, s'il en était question. Je n'ai pas encore passé dix ans sous ma tente.

Il faut |)orlc'r l'approvisionnement des forts de Naples eu munitions à trois ou quatre cents coups par pièce, cent coups ne sont pas suffisants.

11 faut répandre que la prise de mon dernier convoi est la seule cause du relard de l'expédition, parce (|ue je ne dois tenter le passaj{e qu'en pouvant passer quinze mille hommes à la fois, et que jusqu'à ce moment je n'ai pas pu réunir assez de barques pour ce nombre.

L'ennemi, selon toute apparence, continue l'évacuation des marchandises de Messine, car il est sorti de son port depuis hier plus de vinjjt transports grandement chargés et qui se sont dirigés sur Malte, sous l'escorte de deux frégates et de quelques bricks. L'embossage de l'ennemi est toujours le même.

In boulet de l'ennemi tiré de terre a dépassé aujourd'hui le plateau où est situé ma tente, d'où les incrédules pourront conclure que le Canal n'est pas si large qu'on voudrait bien le faire entendre.

Arcliires du prince Miirat. R. X\'I, p. 297.

5153. — MURAT AL' (ÎKXliRAL GRIvMKR

.Au camp Koyal de l'iale, l" août 1810.

Ail r/éiirral Greii/cr, chef de rrlnl-major (jriirrdJ .

Monsieur le général, envoyez de suite l'ordre au général Tugny de faire armer cette nuit les batteries de la Catona à six pièces de canon et celle de Pentimole (hi nombre (juelle pourra contenir. Je désire qu'il en soit également placé (piatre à Keggio,sur les deux fortins, aux deux extrémités du front de mer.

Archives du prince Muraf. R. XV, p. 9S.

5l5i. — MURAT AU f.E.VERAL GRE.VIER

Au «amp de Piale, le !«' août 1810.

Axi (fènèra] Grenier, chef de Vélal-major fjénérdl.

Monsieur le général, jusqu'à ce moment je n'ai pu connaître au juste le nombre d'hommes que les divisions Partouneaux et Lamarque

ROYAUMK DE NAPLES. — 1810 481

peuvent embarquer, positivement en état de faire la guerre. Je désire que cet état me soit remis dans la journée de demain.

Donnez l'ordre à M. de Simone de faire travailler sans relâche au radoub des bâtiments de Canatello; il faut que ce travail soit fait au plus tard dans soixante heures. Chargez l'adjudant-commandant Xéraud de surveiller les radoubs de Canatello en même temps que les distributions de la marine. Le général Partouneaux devra faire surveiller les radoubs de Scilla, ils devront être terminés dans le même délai.

Faites retirer tous les bons que peuvent avoir les marins, j'en ferai payer le montant.

Je donnerai dans la journée de demain une destination aux barques pour les mettre à l'abri de.s boulets de l'ennemi.

.archives du prince Mural. R. XV, p. 99.

5155. — MUR.^T AU GEXER.AL LAXUSSE

Au camp de Piale. !"■ août 1810.

A mousicur le fjrand -mare chai du Palais.

Monsieur le grand-'.naréchal, j'ai reçu votre lettre du 26. J'espère que la Reine a déjà embrassé ses enfants.

Je dé.-;ire que vous receviez le petit \Taret aux pages, quoiqu'il n'ait pas 1 cage voulu par le décret et quand bien même il serait surnuméraire.

Archives du prince \Iurat. R. XV, p. 99.

5156. — MURAT AU LIEITEXAXT-COLOXEL GOBERT

.^u camp Royal de Piale, 1" août 1810.

Il est ordonné à M. Gobert de partir sur-le-champ, en poste pour Tropea. Arrivé sur les hauteurs de .Monteporo, il se dirigerait suivant la connaissance que l'on aurait d'une escadrille ennemie, qui a fait voile aujourd'hui, à 2 heures, du cap Melazzo pour le cap Vaticano, ce qui doit faire présumer qu'elle a le projet de détruire le convoi du Pizzo; c'est-à-dire qu'il se porterait sur l'endroit où serait le convoi, en y amenant avec lui le plus de chevau-légers

Tn\iK viH. ai.

et de soldats suisses qiril aurait sous la main. l,c réyinient suisse occupe Tropea, le Pizzo, \icotera et Mileto. Il s'informera, en passant à Palmi, à Gioja et à Nicotera, si le convoi y a passé ou si l'on en a des nouvelles. Il faut, à quelque prix que ce soit, sauver ce convoi, dût-on faire venir ce qu'il porte, par terre; autrement on aviserait au moyen de le faire arriver par 3 ou 4 bâtiments à la fois. Il recommandera au général .Vlanliès de ne quitter Tropea ou le Pizzo que lorsque le convoi en sera parti ou sera mis en sûreté.

Archives du prince Murat. R. XV, p. 100.

5157. — MURAT AU GEXERAL MAVHKS

1" août 1810

Au général Manhès, à Tropea.

Monsieur le général, vous avez tranquillisé les Abruzzcs, la gloire de purger les deux Calabres des brigands qui les désolent vous est encore réservée; mettez-vous donc à leur poursuite et ne quittez vos bottes que lorsqu'ils auront cessé d'exister. Je mets à votre disposition le régiment de Koyal-Cnrse, la Boullaye et l'adjudant-commandant Montigny, la cavalerie de ma garde a ordre de vous seconder au besoin.

J'espère que vous aurez fait partir le convoi du Pizzo; dans le cas contraire, je désire que vous le défendiez à outrance contre toute tentative de l'ennemi, car il est parti d'ici, ce soir, une flottille ennemie composée de 25 canonnières ou scoridors. Vous devez avoir sous la main le régiment suisse ainsi que les vélites de la garde qui doivent être à Nicotera et Mileto.

Archives du prince Murat. R. XV, p 100.

Au camp Royal de Piale, 3 août 1810

Au ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différentes dépêches. Le télégraphe de Monteleone m'annonce que le convoi de Garofalo partira

ROVAUMK DK NAPLKS. — 1810 483

ce soir du Pizzo, mais que les munitions me seif>nt envoyées par terre, précaution que j'avais été obligé d'ordonner à cause des forces ennemies que le général Stuarf avait dirigées contre lui. On a signalé ce soir par le travers de Stromboli, faisant route vers le golfe de S"-Euféinie, vingt-deux voiles, dont une frégate et une corvette, et le reste, canonnières, lances ou scoridors, ce qui a diminué considérablement les forces de l'ennemi devant moi. Enfin dans deux fois 48 heures, j'aurai pris mon parti. .Ma position n'est pas tenable par le manque absolu de vivres et par l'impossibilité de remplacer les munitions perdues dans le dernier convoi. D'un côté, je suis horriblement volé par les fouruisscirs, et de l'autre j'ai le malheur de n'avoir pas un commandant de la Marine. Il serait bien malheureux d'abandonner une si belle position, car depuis longtemps les .anglais n'ont été serrés de si près et n'ont éprouvé de si vives alarmes. Je crois avoir entendu dire que vous aviez suspendu de ses fonctions le capitaine Garofalo; je ne pense pas que vous ayez pris une semblable décision contre un officier qui est à l'armée, moi étant présent.

.irthives du prince Miiiat R, XVI, p. 299.

Caserte, le 3 août (1810).

Je n'ai que le temps de te dire, mon cher ami, que je suis arrivée en bonne santé, que je suis la plus heureuse des mères, que mon bonheur n'était pas complet, ne t'ayant pas auprès de moi, mais que je suis déjci plus heureuse par l'idée que je suis rapprochée de toi et que j'aurai plus souvent de tes nouvelles. J'ai trouvé nos enfants grandis, embellis; en vérité, ne nous plaignons de rien, nous sommes au comble de la félicité de posséder un pareil trésor. Je ne te parle ni de leurs cris de joie, ni de mes larmes, tu devines tout cela. Oh! mon ami! Quel moment délicieux! J'en aurai un pareil eu te revoyant et alors il ne faudra se plaindre de rien, puisque nous serons tous réunis.

Je suis un peu fatiguée et je vais me coucher. Je n'ai pas voulu perdre un moment pour t'annoncer moi-même mon arrivée. Je suis sûre de ne pouvoir dormir, étant trop agitée. Adieu encore, je t'embrasse de toute mon àme.

L'Empereur m'avait chargée en partant de te dire mille choses

48'f JOACHIM AIURAT

tendres de sa part el qu'il t'aime toujours. L'Impératrice est aussi bien aimable pour toi.

Adieu. Adieu.

Je t'embrasse comme je t'aime.

Archives du prince Murât. D. .5t)6. 6"J.

5160. — MURAT A \APOLEO\

.\u camp de Piale, .5 août 1810.

Sire,

Ma flottille a obtenu hier un nouveau succès; ou a peine à concevoir la lâcheté de la marino anîjlaise qui se laisse honteusement insulter par des paranzelles métamorphosées en canonnières. Depuis l'affaire du 21, le général Stuart n'osant plus approcher à la portée de nos batteries, avait eu recours aux bombardes, mais elles prirent toujours la fuite, toutes les fois que je fis marciier mes canonnières contre elles. J'avais ordonné hier matin la réunion des divisions Lamarque et Partouneaux pour faire une épreuve d'embarquement et savoir au juste combien les barques que j'ai réunies pouvaient recevoir de monde. Alors le' général Stuart, qui se bornait depuis quelques jours à faire tirer sur nos barques par ses batteries de terre, a fait avancer dans le canal trois bombardes, soutenues par vingt-cinq ou trente canonnières. J'ai aussitôt fait donner le signal à la division Bausan de mettre à la voile et de se diriger sur elles; apercevant que le courant les contrariait, j'ai fait sortir la division de la droite de la ligne. Les bombardes au premier coup de canon ont viré de bord et ont cherché un refuge derrière leurs vaisseaux, dans la ligne d'embossage; cependant trois divisions de canonnières, avec les lances de ma garde, s'avançaient toujours vers la côte ennemie avec le plus grand sang-froid et dans le meilleur ordre. Enfin arrivées à plus de moitié canal, l'ennemi a commencé un feu épouvantable contre elles de toute sa ligne d'embossage. On était si près que les boulets ennemis tombaient à plus de cent toises derrière mes canonnières. Toutes les batteries de terre ont également fait feu sur elles. \os canonnières ont riposté par un feu très soutenu. Tous leurs coups arrivaient à terre ou sur les bâtiments ennemis. Ce feu a été si bien dirigé qu'il a tait taire celui de toutes les canonnières ennemies. Deux frégates de la ligne d'embossage ont pris part à cette action, dont le résultat

n'a laissé à personne aucun doute que si, ce soir, j'avais pu être en mesure de tenter le passage, il aurait complètement réussi. L'ennemi doit avoir considérablement souffert, et malgré cette grêle de boulets et de bombes que l'ennemi n'a cessé de faire pleuvoir sur ma flottille, aucun marin, ni aucune barque n'a été toucbé, tandis que nous en avons vu plusieurs de l'ennemi fortement endommagées et ramenées à la remorque, entre autres une de ses bombardes. H parait que depuis l'affaire du 21, les marins de l'ennemi sont totalement terrorifîés fsicj, et je suis persuadé que d'après celle d'aujourd'bui, le général Stuart se bornera à nous envoyer des boulets de ses batteries de terre. Nos marins des transports :;ont en vérité admirables, ils se sont maintenant parfaitement accoutumés aux boulets et aux bombes, et on est forcé de rire des moyens qu'ils ont employés pour s'en préserver; ils ont fait des trous derrière leurs barques, et là ils se trouvent en sûreté comme sous les meilleures casemates, parce qu'ils les ont couverts avec des feuilles d'aloès, ils y jouent tranquillement toute la journée sans s'inquiéter de la bombe qui éclate à côté d'eux. L'état dans lequel ma flottille tient tant de forces ennemies est véritablement bumiliant pour les Anglais. Qui pourra jamais croire en Europe que cinquante canonnières, qui n'en ont à peu près que le nom, tiennent en écbec et comme collées au rivage sicilien vingt-cinq à trente voiles carrées, étant k une distance de 1 500 toises, c'est-à-dire à portée de canon? Il faut qu'ils soient bien làcbes ou que les forces de terre qui défendent l'île soient bien peu nombreuses. Voyant que je ne pouvais pas avoir de nouvelles, j'ordonnai à un corsaire d'aller bier à la côte de Scaletta, et de m'enlever une barque de pêcbeurs. Interrogés, ces braves gens ont répondu que malgré les provocations des Anglais faites aux Siciliens de prendre les armes en leur faveur, personne ne s'y était montré disposé, et que le bruit courait en Sicile qu'il devait y avoir un de ces jours une affaire décisive, à la suite de laquelle ils se déclareraient pour le vainqueur.

Le télégraphe a signalé aujourd'hui une flottille ennemie faisant route vers le nord; sou but doit sans doute être d'intercepter les convois qu'elle croit devoir m'étre expédiés de Naples et m'enlever des bœufs dont ils manquent absolument en Sicile.

Archives du prince Mural. R XVIII, lettre 18.

5161. — MURAT A DAURK

Au camp Koyal de Piale, 5 août 1810.

Au viiimlre de la Guerre.

(Lettre identique à la précédente.)

... Recomniaiulcz bien auxinteuduiils de redoubler de surveillance tout le long des côtes. J'espère que mes gardes civiques continueront à repous.^^er avec le même courage les .anglais partout où ils se présenteront.

Envoyez-moi par terre des munitions pour mes canonnières.

Archives du prince Murât H. Xll, p 30).

5162 — MURAT A .\IAR.\IOXT

.Au camp Royal de Piale, 5 août 1810.

A moJisieur le duc de Raguse.

Monsieur le duc, le S' .Anuibal Poerio, yarde-marine à mon service et frère du procureur général près la Cour de Cassation à Xaples, a été fait prisonnier sur le brick napolitain l'Epervier, dans le combat soutenu contre les Anglais le 3 mai 1810. Il se trouve maintenant à bord de la frégate anglaise l'Active, pour être échangé contre un garde-marine de la même nation, fait prisonnier à Zara ; cette frégate est en croisière dans la Mer adriatique. L'intérêt que je porte à la famille Poerio dont presque tous les membres sont à mon service, soit militaire, soit civil, me fait désirer, monsieur le duc, que vous facilitiez, autant qu'il sera en vous, un échange qui fera son bonheur et dontje vous aurai moi-même beaucoup d'obligation.

Archives du prince Murât R. XV, p. 101.

.Au camp Royal de Piale, 5 août 1810.

Au ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, l'ennemi a été encore aujourd'hui renvoyé

honteusement sur son rivage. Le capitaine Bausan s'est véritablement joué, pendant deux heures, de quatorze ou quinze canonnières qui étaient venues essayer de gêner l'essai qu'il faisait avec sa canonnière, Le Commerce de Naples, des courants dans le Canal; elles lui ont tiré plus de deux cents coups de canon, tous à très petite portée, sans qu'il ait paru y faire attention; toutes les batteries de terre ont fait feu sur lui ainsi qu'une frégate. Le capitaine Bausan, après avoir terminé ses évolutions, est venu reprendre tranquillement sa place dans la ligne d'embossage. Nous sommes à conce\oir la lâcheté de ces fameux Anglais qui tiennent leurs vaisseaux, leurs frégates et leurs canonnières collés au rivage sicilien, sans oser les en détacher devant mes parenzelles.

J'éprouve toujours les plus vives inquiétudes pour les vivres de la Marine, je vis au jour le jour, et jamais les distributions ne sont complètes; cependant ce n'est pas l'argent qui manque; il est évident que la Marine a pris pendant un mois quinze cents rations de plus par jour. Est-ce là être volé?

Archives du prince Murât. K. XVI, p. 303.

5164. — \ILRAT A AGAR

Au camp Royal de Plaie, 5 août 1810.

A monsieur le ministre des Finances.

Monsieur le ministre, je désire que vous fassiez payer de suite aux officiers de marine non embarqués les indemnités de frais de table, d'après la fixation qui en a été arrêtée par moi à Scilla.

.archives du prince Mtiraf. 1!. WII, p. 30.

Au camp Royal de Piale, le 5 août 1810.

A monsieur le minisire des Relations Extérieures.

Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différentes dépèches, faites connaître à mon Grand-Mailre des Cérémonies que j'ordonne que la Cour prenne le deuil d'étiquette pour la mort du Prince royal de

Suède. On le prendra le 16 pour être fini le 25; passez les ordres de voire côté à qui de droit. Envoyez-moi le projet de réponse au Koi de Suède.

Hier et aujourd bui ma marine a obtenu de nouveaux succès. Je nie porte bien; j'espère que la Reine est arrivée au moment où je vous écris.

Archives du prince Murât. R. .\l'I[, p. 30.

5166. — LA REIXK CAROLINli A S0\ MARI

.N'apl.'S, le .'> aoiit (1810).

Mon cber ami, quoique je n'aie pas bien dormi cette nuit et que je me ressente encore de mon vojaye, ma santé est assez bonne. Je recevrai ce soir toute la Cour et j'espère que cette séance qui est indispensable ne me fatiguera pas trop. Je ressens au fond du cœur tous les chagrins que tu m'exprimes dans ta dernière lettre et je les partage. Ne le laisse pas abattre par les difficultés et par le découragement des personnes qui t'entourent. Si lu vois l'expédition impossible, reviens auprès de moi, tu auras eu le plaisir de conserver Corfou à l'Empereur et ce sera un grand avantage que tu en auras retiré. Ne t'afflige donc pas, vois ce que tu dois faire pour notre bien et pour celui du Royaume, et sois sûre que tout le monde approuvera ce que tu auras décidé.

Naples est bien tranquille et nos enfants se portent à merveille; il manque à mon bonheur de pouvoir t'embrasser et de te donner moi-même des témoignages de toute ma tendresse. Je te recommande de dater tes lettres qui ne le sont presque jamais.

Je t'aime et espère te voir bientôt.

Caroline.

Archives da prince Mural. D. 566. 63.

5167. — LA REIXt: CAROLINE A SON MARI

Naples, le 5 août 1810.

Mon cher ami, je viens de voir M"" de Lavello qui est désespérée du départ de son mari, elle était toute en larmes et s'est jetée à mes

pieds pour me prier de te (ieniaiider de nommer un autre ministre à Pétersbourg et de n'y pas envoyer son mari qui est déjà parti, mais qu'il est encore temps de rappeler, elle m'a représenté qu'elle ne pouvait pas l'y accompagner, parce qu'elle est malade et qu'il était cruel pour eux de se séparer et de vivre si éloignés. Ils ne sont pas riches et cette mission occasionnera à Lavello des dépenses au-dessus de ses revenus. D'ailleurs sa femme craint qu'à son âge il ne fasse quelque chose qui te déplaise' et qu'il ne représente pas comme il te conviendrtiit. Lavello est effectivement bien jeune et a la tête bien légère pour se conduire aussi sagement qu'il faudrait dans une Cour si surveillante et si difficile. En les séparant ainsi, on fera le malheur de tous deux et ton service ne sera pas bien fait. Je te demande comme une grâce pour eux de révoquer ta nomination et d'en faire une autre. Si Lavello a accepté, c'est qu'il n'a pas osé te refuser, mais il a été très affligé de sa nomination. Je te recommande bien cette affaire qui m'intéresse véritablement par le chagrin qu'elle cause à ces deux jeunes gens. Adieu, mon ami, je t'embrasse.

Carolimî.

Tes lettres ne sont plus datées, je te prie de ne plus l'oublier.

Archives du prince Murat. D. 566. 64.

X'aples, le 5 août 1810.

Mon cher ami, je fais chercher partout un officier qui puisse te

' Hue de Grosbois, chargé d'affaires de France à Xaples après le départ du ministre d'Aubusson, écrivait le (i août 1810 à Chaïupagny : « La duc de Lavello, ministre plénipotentiaire de Xaples à Saint-Pétersbourg, est parti ces jours derniers pour se rendre à son poste, il lui a été prescrit par AI. de Gallo de séjourner à Paris pour y recevoir les instructions queV. I']. jugerai propos de lui donner, L'on a de ce ministre une médiocre opinion. I^'on dit qu'il doit entièrement au crédit de son beau-père, feu M. Saliceti, et ;\ la (ortune qu'on lui suppose, le titre qu'il a reçu de sa Cour. Loin d'avoir acquis quelque connaissance des hommes, il n'a pas même l'usage du monde dans lequel il ne fait, pour ainsi dire, que d'entrer... » {Arc/iices des- Affaires étrangères. Xaples, LJ.i, 338). Le même jour, 6 août 1810, Champaguy réitérait au duc de ('ampochiaro, ambassadeur de Xaples a Paris, le désir de l'Empereur qu'il ne (ùt envoyé par le Roi de Xaples aucun ministre îi Saint-Pétersbourg et à Vienne.

490 JOACHIAI ML'RAT

porter cette lettre, et surtout la brûler, s'il était attaqué par les brigands. Je serais bien fâchée que tu ne pusses pas la recevoir, parce que j'espère qu'elle te tranquillisera, et que je désire que tu fasses attention à tout ce que je dis, que tu voyes un peu dans le présent et que tu ne te tourmentes pas, coinnie tu fais toujours, pour l'avenir.

J'ai vu l'Empereur au moment de mon départ qui m'a chargé, comme jeta l'ai dit hier, de bien des amitiés pour toi. L'affaire de Hollande m'ayant fait craindre pour nous, je lui ai exprimé mes inquiétudes. Il m'a répondu : " J'aime le lioi, je suis fort ronlent de iallachemcnl que vous m'avez prouvé pendant ces sept mois, ainsi je ne chercherai point à vous faire de la peine. Mais cependant, je désire que vous parliez au Roi franchement, et que vous lui disiez quelles sont mes intentions. Voilà ce que je désire de lui : Qu'il favorise /g commerce français, et que ce ne soit pas comme dans le temps de la Reine Caroline. Si fai mis un Roi de ma famille à Naples, ce nest pas pour que mon commerce aille plus mal que lorsque j'y avais un ennemi. Je veux avant tout que l'on fasse ce qui convient à la France. Si fai conquis des Royaumes c'est pour que la France en retire des avantages, et si je n'obtiens pas ce que je désire, alors je serai ohliqéde réunir ces Royaumes à la France, l'oilà ce que je ferai de l'Espagne et des autres Etats si l'on ne veut pas entrer dans mon système. Je désire aussi que mes troupes ne soient pas commandées par des généraux napolitains, parce que le Français n'aime point cela. Je veux que tous les Français soient bien traités dans vos Etats. Je veux aussi que le Roi vous traite bien '- , et il a ajouté plusieurs choses relatives à cela. Je lui ai dit que j'étais heureuse et contente et que tu étais très-bon pour moi, et que s'il pouvait y avoir eu quelques petites choses entre toi et moi, ce n'étaient que des choses passagères qui ne -méritaient pas son attention, et que je le priais de ne plus s'en occuper. Il m'a répondu « qiie cela le touchait plus que je ne croyais, parce que les étrangers voyaient le cas que l'on faisait de lui par la manière dont on me traitait, et que tout se savait. » Je n'aurais point dû te parler de cela, et je t'assure que je n'ai eu aucune intention qui me regarde en te le disant, mais j'ai voulu te prouver combien l'Empereur est susceptible, et que la moindre chose peut le fâcher. Il est très-irritable dans ce moment-ci. Je te donne donc un bon conseil : c'est de passer sur bien des petites choses, pour en obtenir par la suite de plus grandes, et pour nous maintenir dans son amitié.

Quel est lou l)ut"? C'est de te maintenir où nous sommes et

de conserver le Royaume, il faut donc taire ce qu'il désire, et ne pas le fâcher, lorsqu'il demande quelque chose, car il est le plus fort et tu ne peux rien contre lui. Peut-être qu'un jour, il se calmera et qu'alors tu pourras rentrer dans tous tes droits. Tu obtiendras plus en faisant des sacriGces qu'en l'irritant. Par exemple, il te fait une demande pour les draps de France; accorde-le sur-lechamp, il le veut, fais qu'il puisse dire que le Royaume de Naples est le seul qui le contente. D'ailleurs il avait dit qu'en obtenant pour les draps, il accorderait pour les cotons. Monsieur de Champagny me l'avait également dit. Consens <à ce qu'il désire sur cet objet, et tu peux lui demander en même temps ce qu'il avait fait espérer pour les cotons, sans en faire une condition. De cette manière tu plairas à l'Empereur et tu obtiendras quelques avantages, tin faisant ce que l'Empereur demandera, il est possible que tu te prives de tes ressources et que tu t'appauvrisses, mais au moins, tu conserveras le Royaume, et si par la suite tu en étais réduit à le quitter, que ce soit lorsque tu ne pourras plus tenir, et tu n'auras alors aucun reproche à te faire vis-à-vis de tes enfants. Toute l'Europe est écrasée sous le joug de la France. Joseph même ne pourra pas tenir longtemps, l'Empereur s'en plaint beaucoup, parce que tous les Français disent du mal de lui, et qu'il ne peut les contenter. Louis a tout perdu. Jérôme a reçu quinze mille hommes qu'il est obligé de nourrir, et il est impossible qu'il y tienne plus de si.\ mois. Tous les autres Etats sont également tourmentés. Ainsi tu vois que tu es encore le moins mal traité, je t'engage donc à t'accommoder à la situation où tu te trouves, à souffrir, à ne donner lieu à aucune plainte; un jour peut-être tu retireras le fruit de ta patience.

Ayant dit à l'Empereur qu'il ne devait pas nous comparer à la Hollande, et que nous nous attachions toujours à faire ce qui pouvait lui plaire, il m'a dit : c^ Cela est vrai, je ne suis pas mécontent du Roi de Naples comme du Roi de Hollande ; mais le Roi dit toujours qu'il fait ce que je veux, et cependant il passe quelquefois mes ordres, et souvent dans des choses importantes, il ne me consulte pas : par exemple pour Lucien, il a très mal fait de lui donner de l'argent et un vaisseau, parce qu'il peut être pris par les Anglais, ce qui serait un très-grand désagrément pour moi ' . // aurait dû consulter mes inlenlions.

' L'Empereur n'apprit que vers le 10 oclohre l'arrestation de Lucien eu rade de Cayliari, par les Anglais. Le 18 octobre, il écrivait simplement à Murât : « Vous devez sentir A présent combien est grande la faute que vous avez laite en envoyant le bâtiment l'Hercule à Lucien, puisque ce malheu-

// se plaint sans cesse de manquer d'argent, et il en donne à mes ennemis, car je regarde comme tel Lucien qui n'a jamais rien voulu faire de ce que je désirais. «

Ayant dit à 1 Empereur qu'il était bien difficile au Roi de gouverner et de rien entreprendre, lorsque le ministre de la Guerre lui écrivait qu'on lui ôterait le commandement de l'armée, s'il entreprenait de descendre en Sicile avec moins de quinze mille hommes et que cette menace t'avait causé le plus vif chagrin, il ma dit : " Comment ! il se fâche de cela, j'ai toujours regardé et je regarde encore Mural comme un général de mon armée, et je n'en fais point la différence, lorsque je donne des ordres à mon ministre. Je V ai empêché de descendre en Sicile à moins de réunir quinze mille hommes; il écrit au mois de juin que tout est prêt, qu'il va passer et je sais par lui-même qu'il n'a pas quinze mille hommes de débarquement. Or connaissant que les Anglais sont J'orts en Sicile, et sachant quelle est l'audace du Roi, je n'ai pas voulu l'exposer à être pris par les Anglais. Si l'expédition n'eût pas réussi, c'est sur moi que cela eût porté, et je n'ai pas voulu être regardé comme l'auteur d'une mauvaise entreprise, car enfin c'est sur mon compte que l'on mettra tout cela. >■>

Je suis peut-être cause de ces observations de l'Empereur, car ayant montré à l'Empereur des lettres où tu me disais que tout était prêt, que dans deux jours tu serais à Messine, et que tu ne tarderais pas à m'écrire de Palerme, l'Empereur qui connaissait ta position et qui savait que tu ne pouvais encore rien commencer, faute de moyens suifisants, s'est obligé de t'écrire de ne point tenter le passage à moins de quinze mille hommes, pour ne pas exposer son armée et parce qu'il a cru que tu n'écoutais que ta bravoure. Si tu n'avais pas écrit que tu allais tenter le passage, l'Empereur aurait pu croire à l'expédition, mais il a été épouvanté par l'idée • que tu allais trop vite.

Je suis fâchée maintenant de l'expédition. J'avoue que je t'ai souvent cru en Sicile. Comment as-tu pu l'annoncer à l'Empereur, et comment as-tu cru que les Anglais ne se fortifieraient pas? Tout le monde à Paris croit que tu es débarqué en Sicile, et on est enchanté, mais il vaut mieux revenir sur tes pas, et remettre cela à un autre temps que de t' exposer toi et ton armée. Puisqu'il y a tant d'obstacles maintenant, prends courage, reviens auprès de

reu.i est aujourd'hui prisonnier des Anglais à Malte. Lorsque je ne lui en envoyais pas, c'est que je ne voulais pas qu'il partît. La Heine vous dira combien cela m'a causé de mécontentement, i [Correspondance de Napoléon publiée par Lecestre, 708.)

nous, je tâcherai de te consoler des peines que tu as éprouvées.

Pour ce qui regarde Fouché, il n'a été disj|racié que parce que, sans l'aveu de l'Empereur, il avait entrepris une négociation avec l'Angleterre, et que les choses étaient déj.i assez avancées lorsque l'Empereur en a eu connaissance, et ensuite il n'a pas voulu rendre les lettres de Lord Wellesley et il les a gardées ou hrûlées. L'Empereur m'a dit qu'il ne se plaignait de lui que pour avoir dépassé ses pouvoirs, et que ses torts étaient ceux d'un ministre dans ses fonctions, et que tu pouvais le recevoir, s'il voulait y venir.

En arrivant ici, j'ai trouvé tout le monde empressé h faire ce qui pouvait me plaire. J'ai été bien sensible à tous les ordres que tu as donnés pour cela, et ils ont été exécutés comme lu l'avais ordonné. Mais je ne suis point disposée à rien accepter, ni les fêtes, ni les rapports de police, ni rien de ce qu'on m'a proposé. J'ai donc tout refusé. Mon intention est de ne me mêler ici de rien que de ce qui peut t'être agréable, et je ne veux pas donner lieu aux bruits que je viens ici pour gouverner pendant ton absence et pour me mêler d'affaires d'administration. Je veux te prouver que je suis revenue pour te montrer combien je te suis attachée. J'espère qu'il n'y aura plus de gens qui chercheront à te troubler, en te faisant accroire que je m'occupe d'intrigues, que je fais un parti, et que je cherche à entrer au Conseil d'Etat. Ceux qui te disaient cela avaient bien leurs raisons.

Je viens de voir mes appartements, je les trouve charmants ainsi que la terrasse. Le Grand-Maréchal ne m'a pas laissé ignorer tous les soins aimables que tu as pris pour que je fusse satisfaite. J'en ai été bien reconnaissante, et j'ai un grand plaisii- à te le témoigner. Ma tendresse pour toi en serait augmentée, si cela était possible. Me voilà au milieu de mes enfants, et il ne manque maintenant k mon bonheur que de te voir près de moi. Reviens le plus tôt que tu le pourras. Nous pouvons être heureux, mais pour cela, il faut nous contenter de ce que nous avons, il faut que tu calmes un peu ta tête qui s'échauffe si facilement, et que tu attendes, avec plus de patience que tu ne l'as fait jusqu'ici, le moment où nous serons plus tranquilles et plus indépendants. Le bonheur de notre intérieur nous dédommagera de bien des peines, et tu trouveras au|)rès de moi, auprès de nos enfants et de tous ceux que nous aimons sincèrement, des jouissances qui valent toutes les autres. Tout ce que jeté dis là, mon cher ami, est dicté par le désir que j'ai de te voir heureux, et tu sais que mon bonheur ne peut exister sans le tien

Ma grossesse va très-biea, et je ne sens encore rien remuer. J'ai cependant un peu souffert des cahots de la route. Je ne t'écris pas moi-même, parce que je me suis mise au bain en arrivant àNaples, et que j'y dicte ma lettre. J'ai un peu mal aux nerfs, inais sois tranquille, ma santé est bonne, et j'espère que demain je ne me ressentirai plus des fatijjues du voyage.

Écris-moi tous les jours maintenant, et assure-moi bien (pie tu ne t'exposes pas. Je te le recommande pour moi et pour nos cliers enfants.

I, 'Empereur et l'Impératrice m'ont bien recommandé à mon départ de te dire les choses les plus aimables.

.'^dieu, mou cher ami, je t'embrasse et je taiine de tout mou cœur.

Je t'embrasse comme je t'aime.

Caroline.

.Archires du prince Murât D. .j6(j. H5.

Xnpies, 5 août ISIO.

J'ai voulu voir l'officier qui est chargé de te remettre ma lettre, afin qu'il puisse te donner lui-même des nouvelles de ma santé. Comme il ne part qu'à minuit, j'ai encore le temps de t'écrire ce petit billet. Mes enfants sortent de chez moi, j'étais entourée de paquets qu'ils se sont mis à déballer, c'était un jeu et un bruit à ne pas s'entendre, ils sont vraiment charmants, et m'ont beaucoup parlé de toi et désirent tous que tu reviennes bien vite.

Adieu, mon cher ami, je t'embrasse pour moi et pour nos

enfants.

Caroline.

Page 1