‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 83 sur 104 · MURAT AU GENERAL AIORAX'D · texte numérisé non relu

MURAT AU GENERAL AIORAX'D

16 décembre 1808.

A monsieur le général Morand, commandant la 23' division militaire à Ajaccio.

Monsieur le général, je vous accorde avec plaisir la décoration que vous me demandez de l'ordre des Deux Siciles; elle vous sera envoyée aussitôt que vous aurez obtenu de l'Empereur la permission de la porter.

Archives du prince Mural. R. XIV, p. 69.

' Victoire remportée à Tudela sur l'armée espagnole d'Andalousie, commandée par Gastanos.

3(WiS — MIKAT Ali r.KM'lIlAI, IM)\ZKIA)T

K; (léieiulire 1S()8.

A monsieur le gouverneur général des Iles Ioniennes, à C.attaro.

Monsieur le «{éuéral, la <lanic Mujjeiiia Kion, noble Vénitienne, épouse tlu sénateur (liovaui Veronèse, désirant se (i\er dans nies Étals, demande à être autorisée à \endre la baronie de Kron située à Corfou et dont le prix sera employé par elle à acheter des biens fonds dans le royaume de Xaples. Cette dame ajoute que son mari et ses deux fils sont au service de France. Faites prendre des renseignements sur cette baronie et envo\ez-m'en le résultat.

Archives du prince Murut. 11. \I\ , [). tiO.

3()()9. — MIRAT AU GKiVKRAL CAMPRKDON

\- décembre ISOS.

A monsieur le (jénéral Campredon , commandant en chef le Génie.

Monsieur le général, j'ai mis des iouds extraordinaires à votre disposition pour les réparations les plus urgentes des routes, et néanmoinsje suis informé (ju'on m' travaille pas à celles des Abruzzes, quoiqu'il n'y ail environ que douze milles qui aient un besoin indispensable d'être réparés. Faites-moi connaître ce qui a empêché l'exécution de mes dis|)ositions à cet égard.

.ircliives du prince Mural. K. XIV, p. (>!•.

.3070. — MURAT A SAUICKTI

n drcmhre ISf)S.

Alt ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, je suis prévenu (pie le syndic et le sousintendant de Lagonegro, loin de se servir i\v^ mulets du pays pctur les transports militaires, arrêtent les voitures et les mulets chargés de marcliandi.><es (pii |)assent; cette conduite excite des plaintes fondées de la part du conimerce et en entrave toutes les opérations. Kiiites cesser de semblables abus; le même sous-intcndanl se reluse

de faire payor aux militaires qui voya<![ent isolément, rindeniiiité aecordée par les lois et ne leur donne que le pain.

Je suis informé que les 200 hommes de chasseurs des montagnes qui sont à Lagonegro pour en assurer la route ne sont pas payés ; il est néanmoins aisé de concevoir combien il est politique de ne pas donner occasion de mécontentement à des hommes amnistiés qui viennent de faire les brigands et qui pourraient recommencer leur ancien métier, si on les laissait plus longtemps dans la souffrance. On me rend compte en même temps que les hommes de ce bataillon sont superbes et que l'esprit en est excellent; c'est un motif de plus pour en avoir soin.

Le général Huard qui commande dans les Abbruzzes, me rend compte qu'il ne faut rien attendre de la bonne volonté de la jeunesse de son commandement et qu'on n'obtiendra les vélites demandés qu'en ordonnant positivement que chaque Province fournisse le contingent qui lui a été demandé, ou bien en laissant aux intendants la faculté de les choisir et de les faire partir. Si vous n'aviez pas déjà donné des ordres en conséquence, il ne faut pas les différer plus longtemps. Il est temps que ma loi sur la formation des vélites soit exécutée. Je désirerais aussi que vous ordonniez par une circulaire la levée et la réunion à Naples du restant du contingent qui avait été demandé aux provinces et qu'elles n'ont pas encore fourni.

Archives du prince Murât. R. XVI, p. 33.

IVaples, n [d<?cembre 1808], à 2 heures du matin.

Sire, J'envoie à Votre Majesté l'état de situation de l'armée. Sire, persuadé de la victoire de Votre Majesté et de la défaite des Anglais, j'ai redoublé mes menaces contre la Sicile; hier je fis partir mes équipages pour la Calabre, parce que je suis convaincu qu'il suffira de cette démarche pour faire prendre un parti définitif à la Cour de Palerme. J'ai également ordonné les mouvements suivants : le 22' d'infanterie légère va se porter sur Lagonegro, poussant ses postes jusque sur Cozensa. Les dix compagnies d'élite des deux régiments napolitains, les quatre des Suisses, les quatre de La Tour d'Auvergne, les quatre d'Isembourg, les huit du 10' régiment de ligne, deux du 20' id. et les six de Royal Corse vont occuper Salerne jusqu'à Lagonegro. Ce sera un échelon à tout événement, soit pour

se porter au secours de la Calabre., soit pour favoriser les opérations sur tous les points menaces de la côte, soit qu'il fallut opérer sur tout autre point du royaume; cette province est d'ailleurs la moins sûre.

Sire, j'ai reçu ce matin le hullelin ; il est bien maliicureux que le mauvais temps ou tout autre accident ail empêché \ otre .Majesté d'arriver à temps pour détruire l'armée anjjlaise, peut-être pouvonsnous encore espérer qu'elle aura été poursuivie vifjouretisement et (lu'elle n'aura j)as été à même de pouvoir s'embarquer. J'en fais des vœux bien ardents ; c'est maintenant que redouble mon chagrin (le ne pas être auprès de Votre Majesté, et de ne pas |)oiivoir lui donner une nouvelle preuve de ce dévouement (jiii ne liniia (pi'avec ma \ie. On peut vous servir avec plus de talent, mais non avec autant d'amour et de zèle, cela est impossible.

L'opinion du peuple est excellente, celle du clergé se ressent un peu du voisinage de Rome, la noblesse est indifférente, mais tout va. \ous éprouvons à cha(|ue pas des difficultés pour faire marcher votre Code, mais elles seront toujours surmontées; ce n'est pas la bonne volonté qui manque, mais les talents. On croit généralement que Rome ne tardera pas à se mouvoir; il paraît que le S' Père pousse tout à bout et lasse la patience de tous. Tout le monde est malheureux et on accuse hautement le S' Père qu'on blâme de s'être brouillé avec Votre Majesté. Voilà la vérité ; c'est que Votre Majesté peut faire tout ce qu'elle voudra de Rome, le moment ne fut jamais plus favorable; il n'y a qu'un mot à dire.

Sire, je suis toujours prêt. J'ai fait enlever la valise de Messine à Palerme, on me l'annonce pour demain. Les Anglais sont sur le qui-vive; des Français y débarquent toutes les nuits.

Je me flatte que Votre .VLijesté n'est plus fâché contre moi; j'espère pouvoir vous annoncer une bonne prise de contrebande. Je suis de Votre Majesté le plus soumis et le plus affectionné frère.

Jo\(;in\i \ai'oi,ko\.

Guerre.

3672. — MURAT A SALICKTi

18 flëccrahre 1808.

Au minisire de la Police.

Monsieur le ministre, de la province de Principata Ultra', on me

' Principalo Ulteriore, formant aujourd'hui la province d'.Avellino, dans la partie nord-est de la Campanic.

rend coniple que le 1 5 du eouranl un capitaine commandant un détachement du 10"""= régiment d'infanterie française, qui condnisait cinq individus extraits des prisons d'Avcllino pour celles de Xaples, arrivé à la verrerie de Monte forte ', vers les 10 heures du matin, les a fait fusiller et leur a fait trancher la tète pour être exposés, trois à la verrerie précitée et deux à S' Angelo de Lombardi". Ce capitaine a fait courir le bruit qu'une bande de brigands s'était fait voir et menaçait son détachement; mais d'après des renseignements pris, le fait est controuvé, et l'on sait positivement que tout s'est ainsi passé, d'après les ordres secrets du commandant de la Province.

Faites-vous rendre compte de ce fait et envoyez quelqu'un sur les lieux.

Arcllires du prince Murât. R. XVI, p 34.

(Naples) le 18 décembre 1808.

SlRE,

Parmi les hommages et les vœux qui sont adressés aujourd'hui à Votre Majesté, j'ose assurer qu'il n'en est pas de plus ardents et de plus sincères que les miens et ceux de ma petite famille. Sire, vous combattez, et chaque jour nous annonce de nouvelles victoires, et j'espère que, bientôt, cette nation éclairée et rendue à ellemême remerciera Votre Majesté de son bonheur et s'unira aux autres nations que vous avez régénérées, pour prier l'Eternel de vous conserver longtemps. Ici, la nation n'a qu'une àme, et cette àme est toute à Votre Majesté, et je saurai toujours maintenir ces beaux sentiments. Recevez, Sire, avec mes regrets, regrets qui seront éternels, d'être séparé de vous, l'assurance de mon inviolable attachement. X'oubliez pas entièrement votre enfant, celui que vous aimiez autrefois et celui qui n'est plus heureux depuis qu'il voit qu'il a perdu votre confiance, et depuis qu'il ne se cioit plus jugé digne de vous entendre. 11 ne connaît vos victoires que par les journaux, et cependant je reçois des lettres qui ne médisent pas un mot de vos succès ; et cependant ici on cherche à agiter les

' Monteforte Irpino, province d'Avelliuo.

^ Sant'Angelo de' Lombardi, province d'Avellino.

esprits, mais je réponds qu'on ne parviendra jamais à troubler, même momentanément, la tranquillité.

Je suis....

Archives nationales, AF'v 1715» (133).

Naples, le 18 décembre 1808.

Sire, Le départ des ministres Miot et Rœderer laissèrent vacants les deux ministères de l'Intérieur et des Finances dont le portefeuille fut confié provisoirement à deux honmies respectables sous tous les rapports. L'archevêque de Tarente, qui reçut celui de l'Intérieur, est un homme du plus grand ' mérite, mais peu propre, par son inexpérience dans l'administration, à bien conduire ce ministère; il demande à le quitter, et, déjà, depuis longtemps, j'aurais accueilli sa demande, sans l'embarras dans lequel me jette le choix d'un successeur. — Le prince Pignatelli, qui administre provisoirement les Finances, est un homme de bien, mais incapable d'occuper ce ministère et, par malheur, je n'ai personne pour le remplacer, et je serais dans le plus grand embarras, si je ne comptais sur la permission que je sollicite de Votre Majesté de confier ce ministère à Agar ' ; et forcé par la nécessité, je l'aurais même déjà nommé, sans la prévention que j'ai cru remarquer de la part de Votre Majesté contre mon ancien ministre, que je suppose avoir cessé, d'après le compte qui vous a été rendu de son administration dans le duché de Berg. L'opinion publique le désigne depuis longtemps pour ministre des Finances ; je le demande comme une faveur de Votre Majesté; personne n'en est plus digne par sa probité, par ses

' A;îar était arrivé àiVaples le 23 novembre 1808. Quand l'Empereur permit enfin à .Murât de lui donner le ministère des Finances le 24 lévrier 1809, voici en quels termes Janvier, secrétaire de la Heine, écrivant à Aymé, appréciait la dilficile mission confiée à l'ancien ministre du Grand-Duché de Berg : « La nomination d'Agar était indispensable ici, quoiqu'on la lui ait fait attendre assez longtemps. Il n'y avait personne à qui l'on pût confier ce ministère qui est véritablement l'écurie d'Augias. 11 y a pour Agar, malgré son intelligence et son activité, pour deux ans de travail continuel de jour et de nuit, avant de s'y reconnaître. Aussi son sort est-il affreux et je défierais ceux qui l'aiment le moins de lui porter envie, i (.Archives nationales, F' 6569, 2692 bis, 93.)

talents, et surtout par le dévouement qu'il porte à Votre Majesté et à la Famille impériale. L'arclievêque de Tarente sollicite la place fie gouverneur des (»rinces; il serait dilticiie d'en trouver un meilleur, mais je n'oserais prendre sur moi de donner un gouvernem* à vos neveux, sans le consentement de Votre Majesté. Je vous prie de me faire connaître vos ordres à cet égard.

Sire, j'ai surtout un pressant besoin de les connaître relativement au ministre Agar. Je nommerai au ministère de l'Intérieur le conseiller d'Etat Zurlo, le seul homme qui ait des talents supérieurs sur tous les autres conseillers d'Ktat.

Sire, je crois pouvoir assurer Votre Majesté ipie j'aurai cent bâtiments armés pour l'expédition de Sicile, sans compter la frégate et la corvette.

Le général Chabot ' vient de me faire connaître la conduite brillante qu'a tenue un détachement de mon 2' régiment de ligne au siège de Roses; je prie Votre Majesté d'en faire mention dans ses bulletins; vous ne sauriez vous imaginer le bon effet que cela produirait, car j'ai cru m'apercevoir qu'on voyait ici avec envie la préférence que Votre Majesté donnait aux troupes du royaume d'Italie, en ne parlant jamais des troupes napolitaines, quand les généraux nous en faisaient des rapports avantageux.

Le 102'"" régiment de ligne est j)arti avant-hier pour Rome; le 25'"" arrivera ici le 21 et continuera sa route pour les Ktats Romains. Les Napolitains voient avec peine le départ de ces troupes.

L'esprit continue à être excellent. Tous les nouveaux tribunaux seront organisés et installés dans les premiers jours de janvier, et le Code Napoléon y sera suivi, sans aucune espèce de modiflcation. La procédure civile de France sera également adoptée, et j'espère que Votre Majesté ne me désapprouvera pas de proposer l'adoption de sa procédure criminelle, après la sanction de son Corps législatif.

J'ai fait ado[)ter hier, en plein Conseil d'Ftat, le titre et le système monétaire de votre Empire; le droit d'enregistrement et d'hypothèques a été également adopté, mais avec des modifications telles, quant au tarif, qu'on ne peut le regarder que comme garantie et non comme un impôt.

J'ai aussi décrété le partage des biens comnmnaux; cette mesure était sollicitée de toute la nation. On ne parle plus de mon décret sur la dette de l'Etat, et la nation a vu avec plaisir un gain de

' Loiiis-Jeau-François Gliabot, ne à Niort (Deux-Sèvres) le 27 août 1755, lieiitenaot de cavalerie en 1776, général de brigade fe 30 juillet 1793, général de division le 10 septembre 1795.

20 millions de d. (iiic ccUc iiiosiirc Itii a procuré. J'ai flojà mis à la disposition de la (iuone plus de deu\ millions pour solder l'arriéré de \otre armée, cl, je ne désespère pas, avec l'ordre et réconomie (pie je niiiinticus avec la plus ipandc sévérité dans toutes les parties de l'administration, de parvenir à mettre tout au courant |)endant ISOî>. Je sais que c'est là le seul moyen de plaire à Votre Majesté.

J'espère que le 1'' Hidletin de Votre Majesté nous annoncera que l'affaire que je supj)ose avoir en lieu à Sarrayosse après celle de Tudela, aura entièrement détruit le reste des révoltés, et (pic Votre Majesté nous apprendra que le calme est rétabli dans toutes les Espajpies, et que les Anjjlais se sont rembarques sur tous les points, car je ne pense pas qu'ils veuillent tenter la fortune dans une bataille contre Votre Majesté.

S'il entrait dans les intentions de Votre Majesté de faire mettre, dans mon royaume, à exécution la conscription militaire, j'oserais assurer Votre Majesté que je le pourrais aujourd'hui sans aucune espèce d'inconvénients, la nouvelle des victoires de Votre Majesté en Kspa;jne eu assure le |)lein succès.

Je suis....

Archives n.ilionales, .'\F"' ni't', Il34), et .Arcliiies du prince Murât. H. XXIX, p. 3S.

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