Concernant les apparitions surnaturelles
même y penser, et puis il m'engagea à vous écrire à ce sujet. Père, priez Jésus de me venir en aide, parce que, avant tout, je ne voudrais pas tromper les autres. J'ai peur, bien peur : à certains jours, je voudrais môme n'être vue de personne. Et puis, écoutez encore : Parfois, lorsque je me mets en prière, et spécialement lorsque je fais la méditation sur la Passion de Jésus, la tête me part. (Oh! ne croyez pas que ce soit précisément la tête qui s'en va, mais ce qu'il y a dedans; car je reste comme je me place) ; et alors je ne vois rien autre que Jésus, et je ne sens plus rien, même si on me fait quelque chose. Mon confesseur a voulu que je vous écrive cela aussi. J'ai essayé, soyez-en sûr, de me distraire pour voir si je réussirais à m'empêcher de sommeiller (c'est-à-dire de perdre les sens en Jésus), j'ai essayé même de prier des lèvres; mais il me semble que cela ne me réussit pas 1
Parfois, si j'ai été bonne, Jésus se fait sentir après la communion. De grâce, Père, dites-le-moi, me tromperais-je et tromperais-je les autres? Priez Jésus de vous éclairer un peu là-dessus. En aucune manière je ne voudrais faire des péchés et offenser Jésus. Mais Jésus m'assiste, je le sens. Une chose d'ailleurs me console : c'est de n'avoir jamais rien autre à la pensée que Jésus. Il arrive souvent qu'on me demande quelque chose ou qu'on me parle, et je ne comprends rien. Alors je suis traitée de folle à souhait : ce qui me rend heureuse. Et Jésus, lorsqu'il voit que j'ai été un peu sage (il me fait, en effet, toujours assister par mon Ange et me châtie même si je suis méchante), Jésus, dis-je, se tient clans mon cœur et s'y fait sentir. Parfois même il se fait trop sentir, parce que mon cœur bat bien fort; et j'ai toujours peur qu'il ne sorte de sa place; car alors je mourrais. Or, si tel est le bon plaisir de Jésus, je ne voudrais pas mourir encore, n'ayant rien fait pour lui, alors qu'il a tant fait pour moi. Dans ces moments-là, je crains de perdre la tête, à force de bonheur. Il me semble que Jésus m'aime beaucoup, et cependant je suis bien mauvaise; mais avec son aide, je veux être bonne. Si vous saviez, Père, comme je me trouve mal dans le monde. Aidez-moi à devenir Religieuse Passioniste. — Priez beaucoup pour la pauvre Gemma.
17. — Elle revient sur ses craintes de se tromper et de tromper les autres.
Père béni, — Voici une chose que je vous soumets : Ce matin, avant deux heures, je me suis éveillée. Tout à coup une foule de pensées concernant mon âme sont venues me troubler. C'était des pensées de ce genre : Et si j'étais trompée? Et si toutes ces choses qui m'arrivent devaient me conduire à ma perte? Et si mon d'recteur se trompait ? Et je suis restée dans ces angoisses ; savez-vous, Père, jusqu'à quelle heure? Jusqu'à cinq heures. Je ne sais où Jésus s'en était allé; il ne me répondait pas un mot. A la fin, il s'est un peu ému de compassion et, m'aliénant les sens un instant, il m'a (semblait-il) fait entendre ces paroles : « Ma fille, ne crains pas, cest moi qui opère en toi. Je ne t'abandonnerai jamais. Vis en paix. » Père, faites-vous dire par Jésus si c'est lui qui a parlé ainsi, ou bien qui1. En tout cas, j'en ai x'essenti un contentement infini; et il me semble que je dois m'y fier. Père, écrivez-moi longuement à ce sujet; mais n'avancez rien dont vous ne soyez certain. Priez pour moi et bénissez-moi. Je suis la pauvre Gemma.