LB PRESTRE
Philippes de Bourgogne, Le roy Charles huitième et Louis, ô vergogne ! Un duc et deux grands rois : sa vui tu, toutefois, Ne se vit guerdonner, ni de ducs, ni de i^ois.
,0 toy, qui que tu sois, qui t'enquestes ainsi, Retonme en ta maiaon, et conte à tea fila comme
, Tu aa van la tombeaa du premier gantilhomme Qui, d*nn cœur Tcrtnens, fit à la France voir Que c'est bonnanr de Joindre anz armas la sçam.
DE COMMIMES. £85
Dans la maison même de Commines et presqu'anssitôt apràs sa mort S on panégyriste dont le nom est resté inconna et ne saurait cTaillenrs être dtë après celui dé Ronsard, composa des vers emphatiques et obscurs mêlés
de prose, consacrés à Téloge du seigneur d'Argenton. Le manuscrit même qui fut offert à sa veuve, a été conservé, et nous l'avons reproduit à la première page de ce recueil, tel qu'il fut écrit et même avec quelques-unes des miniatures dont il est orné. Comme jadis dans les allégories de Froissart, c'est Cognoissance qni éveille Tacieiir, qni lui apprend quel deuil profond a causé la perte inopinée d'un bon maître et seigneur, et qui lui montre au milieu de ce séjour de deuil une douleur plus extrême que toutes les autres, celle de la veuve à qui ce panégyrique est dédié. La doletUe (c'est Hélène de Chambes) parie la première. Elle se compare à Andromaque privée d'Hector. L*ami qu'elle a perdu, était plein de vertus et pur de tons vices. Son courage était tel que jamais il ne rècula devant ses ennemis, pas plus à Montlhérj (jue dans cinq autres batailles dont la dernière fut Fornoue. 11 était aussi sage que Salomon, aussi éloquent que Thaïes, aussi savant que Virgile, aussi prudent qu'Aristote. Dieu l'avait créé pour qu*il fài Vexemple du monde. Cest par vous, Prudence, Force, Justice et Tempérance, qu'il triomphait et marchait de succès en succès : à vous il appartiendra de louer ses hauts faits, et quand votre tâche sera achevée, après vous viendront Foi, Charité et Espérance, c'est-à-dire les vertus théologales succédant aux vertus cardinales. Et voyes
* L'mtear du panégyrique lerait-il ai|ni Mini d«fl miniatarm? Sersit^M le ohapelain Pétorio, rantenr du traité De Arfi/kiMU pk" tnnf
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comment Tacteur» commensal reconnaissant du château d'Argenton, représente ces yertus sons rinfluenoe de ses impressions et de ses souvenirs. Prudence tient d'une main le miroir où se reflètent les grandeurs et les misëres, et de l'autre, elle arrdte la roue de la F'ertune : un trésor roule à ses pieds. Elle a soin de rappeler que l'homme illustre dont Louis XI se fit accompagner à Pecquiguy, qui aima Florence et négocia avec Venise, passait pendant sa vie « pour prudent sur tous. » Justice a ses balances et son ghdTe, et si elle est un peu trop voilée, c'est qu'elle n'a pas toujours été l'amie de Conunines : elle n'hésite pas, du reste, à le glorifier du crédit dont il jouissait près de Louis XI et vante la protection assurée dans ses domaines au pauvre comme au riche. Force a moins à revendiquer dans ses qualités, car, connaissant mieux que personne l'Italie, il eut pour adversaires des hommes qui ne cherchaient que € butins. » La vertu de Commines , c'est bien plutôt la Tempérance ici représentée avec des traits grotesques, mais énergiques : elle porte des lunettes pour mieux voir, et un bâillon pour ne pas se compromettre par des discours imprudents ; elle s'est perchée sur Taile d'un moulin pour tourner avec le vent^ et elle porte sur le front l'horloge qui marque l'heure des revirements politiques. Tempérance a bien le droit de réclamer Commines pour sien. Jamais il ne manifestait ni émotion, ni joie, ni colère, et c'est ainsi qu'il se rendit si utile au roi Charles VIII, eu amusant les Vénitiens « par son très-doulx parler. »
Moins d'intérêt se retrouve dans les discours de Foi, qui atteste la sincérité des serments de Commines, et sa loyauté, surtout visnàrvis des marchands ; d'Espérance qui^ en louant
DE COlfMlNES.
sa science, compare ses pacifiques services à ceux de Roland et de Jeanne d*Arc ; de Cliarité qui exalte ses nombreuses aumônes anx monastàres et aux hôpitaux 1
Il estoit tendu A toat bien faire dès la aiedne naissance.
La politique et la science aVaient Tune et l'autre couronné Gommines. La première se personnifie dans Mercùre qui porte le caducée en tenant le doigt devant la boUcfie ;
la seconde, dans le radieux Apollon. Elles félicitent successivement Commines d'avoir effacé Platon et Homère, Cicëron et Ovide. C'était lui qui savait faire entendre les plus sages avis dans les assemblées publiques et dans les conseils secrets ; ce fut lui aussi qui écrivit un livre oi tout est complet, où tout est vrai, et qui se plaça ainsi le pre^ roier entre les grands historiens. Enfin, la France clôt le dialogue en louant le seigneur d'Argenton d'avoir contribué souvent à maintenir la paix et à empêcher l'élévation des tailles. Commines devait donc avoir sa place parmi les astres.
Hélas t la dokute, oubliant Andromaque, ne resta point,
parait-il, fidèle & cette poignante affliction, car elle négligea de faire graver sur le. mausolée de Commines l'inscription quMl devait recevoir ; et, après elle, sa postérité associa à toutes les gloires qu'avaient chantées les poètes, les hontes qu'ils avaient passées sous silence.
Le gendre de Gommines, René de Brosse, mécontent et toujours chargé de dettes, suivit l'exemple qui lui avait été donné. Il trahit la France et fut tué sous des drapeaux étrangers à la bataille de Pavie. Son fils ne rentra en grâce qu'à de flétrissantes conditions. Il devint, il est vrai, due
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d'Étampes, maÎB ce titre ne devait qu'abriter le scandalé ÔÊB publiques amours de la maîtresse de François I*'.
Plus tard. Une petite-flUe de Commines épousa Oësar de Venddme, fils du roi Henri IV et de Gabrielle d'Estrées;
cette fois, rillégitimité de la naissance n'affaiblit point l'influence du rang et de la gloire, et les généalogistes placent dans sa descendance directe les maisons royales de France, de Savoie, d^Espagne et de Portugal
Le nom de Commines, éteint avec lui, ne s'était pas, il est vrai, transmis à cette illustre postérité; mais il brillait de tout son éclat dans ses écrits qui étaient devenus, comme il l'espérait, la leçon des rois et des princes.
Si l'on ne possède plus le manuscrit des Mémoires qui ne cessait d'être médité par Charles-Quint, on montre dit moins encore aqjourd'hui l'exemplaire du roi de France Benri m * et celui de Diane de Poitiers
Plusieurs des sénateurs de la cité de Saint-Marc qu'avait connus Commiiies, vivaient encore, quand, en 1544, parut à Venise une traduction italienne des Mémoires *.
Quatre ans après , en 1548 , Sleidan dédia sa traduction
' II y f it réconciliation entre les rlescendants de Comraines et ceux de Louis de La Trémoille. Madeleine de Luxembourg, fille de François de Luxembourg et de Charlotte de Brosse , épousa Georges de la TrémoïUe , et un arrière-petit-fils de Philippe de Conimines puf ainsi porter paisiblement le titre à» comte d^Olonne.
* Bm, imp. de Paris, L fr. 10,166.
* Bm, imp, de Pari», i, fr. 1053.
* A Flor«noe, Fnutçoiji LuchioflUt au gnmd-dacFerdimuid 1*' une' traductioD des méinoirea de Commines. pour qii*elle tint place d*uiie antre peu correcte, doni Tantenr le nommait Nicolas. L*épttre ûidicatoire de Ftamçrài Lvdii porte la date du l'' témw 1&93. (Note oom-» mnmquée par M. Rudens.)
DE GOMMINES.
latine au duc de Sommerset, en rappelant combien Commines avait été frappé de la grandeur et de la puissance de rAngleterre. Vers cette éi»oqae, un étudiant de lUniversité de Canil»ridge, nommé Thomas Danett , en fit une Tersion
anglaise qui comprend Thistoire de Charles VIII aussi bien que celle de Louis XI, et qui porte ce titre : The excellente kùtorie o/PMlH^^e de Commines. Ce manuscrit appartint à Lejoester qui, au mîtieu des splendeurs de la cour d'Élisabetli, put y méditer la vanité des grandeurs humaines
En 1622, on adressait de Païenne au roi Philippe IV une traduction des Mémoires en espagnol. Jean Vitrian en publiait une autre d'abord à Anvers en 1643, puis à Madrid en 1652. La traduction portugaise qu'en fit Antoine de Menesès, est conservée aujourd'hui au British Muséum *.
Depuis longtemps, les Mémoires de Gommines étaient lus et étudiés jusque dans les régions les plus septentrionales de FEurope; car, en 1574, Hans MogwiAon, év^ue.de Drontheim , les traduisit en danois
Lorsque l'imprimerie introduisit un nouveau système de diâ'usion de plus en plus rapide des créations de l'esprit humain, les Mémoires de Gommines se répandirent promptement, interprétés et commentés dans toutes les langues. Il serait trop long d'énumérer id tous les travaux dont ils ont été Tobjet depuis trois siècles, mais il n'en
* Renseignements oommnzùquét par M. StinUton, l'oD <]«■ ooDMv
vateurs du Britùk muséum.
* British muséum, fonds Egerton, 538.
* Des manuscrits de cette tra(hjction se trouvent à la Bibliothèque royale de Stockholm, à la Bibliothèque royale et aux archives de Copenhague. (Note de M. Bruun, directeur de la bibliothèque royaW do Copenhague.)
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