FRANÇAIS
Les Français sont fous, et c'est parce quMls sont fous que la révolution s'est faite. Il m'est impossible de vous décrire ce que leur indiscrétion ma fait souffrir, surtout pendant mon séjour à Rome. L'un m'envoyait des titres de famille par la poste ; l'autre, une brochure; un troisième, une estampe roulée autour d'un bel et bon bâton de chêne ; — et toujours par la poste. Je recevais vingt mille lettres par an; ne pas répondre aurait été une grande imprudence. D'abord, c'étaient autant d'ennemis : et puis, tout homme dont la première lettre restait sans réponse en écrivait une seconde, une troisième : il y avait de l'économie à répondre.
Je me suis brouillé avec mon ancien collègue Cazalès, pour n'avoir pu lui envoyer de Home un passe-port qu'il me demandait. Je suis persuadé qu'il ne me pardonnera jamais de n'avoir pas fait ce qu il m'était absolument impossible de faire.
Voilà encore une foule d'émigrés français cha^sJs du
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Piémont par la révolution, et retenus sur la frontière par les derniers ordres du gouvernement autrichien, qui ne veut point d'étrangers dans l'État de Venise : ils m'écrivent pour avoir des passe- ports; mtds comment faire? Dois-je dire aux gouvernants : a Je vous demande une exception seulement pour trente? d Notez que ces messieurs ne m'envoient pas un seul papier , un seul titre pour appuyer leur demande. Quelques-uns même, en m'écrivant^ ne me donnent pas leur adresse. — Us sont fous.
BIBLIOTHÈQUES. LIYBES.
Quand on a vu la bibliothèque du Roi, à Paris, on n'a plus rien à voir; celle même du Vatican ne la valait pas. Le cardinal Borgia me demanda un jour si je n'étais point allé voir la bibliothèque de Saint-Marc ; je lui répondis que non, et que même je ne la verrais pas. Ma raison était qu'on ne doit point se compromettre avec des bibliothécaires qui se croient des géants et qui vous croient des pygmées , parce qu'ils sont plus forts que vous dans la science des livres et des manuscrits, qui est la plus facile et la plus insignifiante de toutes. J'ai vu des personnages illustres qui ont fait très-mauvaise figure pour avoir voulu raisonner avec ces bibliographes. (J'observai à Son Éminence que l'inconvénient me paraissait égal à l'égard d'un bibliothécaire de Paris. — Elle passa légèrement sur cette objection.) Ces gens-là vous mépriseront profondément, si vous ne savez pas qu'il y a eu tant d'éditions d'un tel li\Te dans un siècle, et que la meilleure est celle de telle année.
Que m'importe un manuscrit? je préfère beaucoup l'imprimé, que je lis mieux.
Peu de jours après, la conversation étant tombée chez lui sur Tordre de Malte, il nous dit au coin du feu :....
Si j'avais l'honneur de conseiller le roi de France, je ne
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serais pas embarrassé de loi suggérer une loi sur Tordre de Malte. — Considérant^ etc. (et Son Émineuce nous improvisa toutes les raisons qui motivaieot, selon lui, l'inutilité de Tordre et la nécessité de Fanéantir) ; il terminait par réunir tous les biens à Tordre de Saint-Louis. — Il ajouta: Il est bien singulier qu^un gredin de gentilhomme portugais^ Pinto, donne pour quatre à cinq cent mille livres de bénéfices en France. — Je ne sais pourquoi il nomma ce pauvre Pinto, qui est mort depuis longtemps^ plutôt qu'un autre. Mais je rends ses propres expressions.