‹ Lettres et opuscules [microforme]Chapitre 28 sur 38 · M. MERCIER · texte numérisé non relu

M. MERCIER

à LE Evénement s'est fait l'écho de cer- Ex tains racontars qu'ont soulevé les commentaires faits par Crispen sur le discours de M. Laurier au Banquet National.

On a voulu voir dans notre attitude le malicieux désir de donner au discours de M. Laurier la prééminence sur celui de M. Mercier.

La vérité est que nous avions résolu de reproduire certains discours prononcés au banquet, et d'apprécier les autres.

L'un de nous s’est chargé de ces appréciations, et, en exprimant son opinion sur le talent de M. Laurier, il n’a pu que donner des impressions personnelles.

Ces appréciations du talent oratoire d’un homme ne touchent aucunement aux questions

politiques ; ou ne doit donc y voir autre chose que les opinions de l’un de nous.

Si, en poutique, notre direction est une, dans les matières libres, chaque masque dans notre journal peut couvrir autont d’opinions et de nuances différentes.

Pour ma part, et puisqu'il faut parler net, je ne serais pas prêt à admettre tout ce que les remarques de Crispin semblent impliquer.

L'écrivain de l’Zvénement déclare d’abord qu'on ne peut comparer M. Laurier à Papineau, parce que le dernier n'éveille que le souvenir d’un grand nom sans qu’il soit possible d'en apprécier la valeur, puis de suite, sans perdre de temps, il place avec aplomb M. Lautrier après Papineau et même, je crois, au troisième plan.

Je n’entrerai pas dans la discussion, sur cette question, mais comparant M. Laurier à M.

Mercier, je dirai que si l’éloquence de M. Laurier se joue dans la lumière avec plus d'éclat et de grâce, celle de M. Mercier donne de plus larges et de plus hardis coups d’ailes.

Les discours de M. Laurier nous charment

RS RE ET OPUSCULES 193 en par la justesse de l’expression et le choix heureux des images, mais portent-ils, comme ceux de M. Mercier, les traces de cette volonté tenace et passionnée, de cet esprit dominateur, qui par la violence de ses Sarcasmes et les éclats de son éloquence, a porté au pouvoir une poignée de libéraux, les Y à maintenus par la force de son caractère, sa prodigieuse capacité au travail et la multiplicité de ses ressources, et qui aujourd’hui attire et passionne l'opinion publique dans tout le Dominion ?

Le premier nous séduit par les grâces de son talent, le second nous domine et nous entraîne, par les forces d’une volonté supérieure à la nôtre,

J'ai écouté M. ïjaurier avec enthousiasme l’autre jour ; jai été charmé de ce geste noble et poli, de ce goût délicat des nuances ; mais j'ai été surtout ému, vivement ému, de la généreuse protestation de M. Mercier, de ce défi hautain, de cet éloquent cri du cœur ; il m'a rappelé qu’il était bien un des fils de cette forte race qui, abandonnée, oubliée, appauvrie, a

5 { mo

tort strirntrmte eeepc ES re don merite rm

pt

mo

lutté durant tant d'années contre une nation ennemie sur ce sol d'A’nérique, avec des revers terribles, mais aussi avec des triomphes encore plus éclatants.

Il appartenait à M. Laurier, chef de lopposition à Ottawa, d’effleurer les grandes questions et de se tenir sur la réserve ; quels sont les gens de cœur qui n’applaudiront pas à M.

Mercier d’avoir parler comme il l’a fait, d’avoir prononcé ce hardi et impartial discours ?

Devait-il laisser dans l'ombre les questions vitales qui 1ous tiennent tant à cœur, lui surtout qui est le chef de la Province de Québec ?

Le Dominion nous devient tous les jours plus étranger ; la Confédération ne répond pas à nos aspirations ; c’est une institution qui craque et fait eau de toutes parts ; nos intérêts se concentrent dans la Province, et c’est sur ce théâtre plus étroit que va se jouer le drame de notre destinée. Pounvions-nous alors désirer un autre couronnement à notre grande démonstration nationale, que cette révendication ardente et passionnée de notre liberté et de nos droits,

faite par le Premier Ministre de la Province, l’un des hommes d'Etat les plus remarquables que nous ayons eus ?

Page 1