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de la marine, au plus cinq ou six mille miliciens, voilà nos forces, On ne peut mettre les sauvages en ligne de compte. Les présents des Anglois, notre misère, notre si prodigieuse infériorité, que de motifs pour ralentir leur ardeur. D'ailleurs indépendants absolument; ne faisant jamais deux expéditions de suite ; la première n’eût-elle aboutie qu’à lever une chevelure ; peu propres à la défensive, craignant la mort, quel parti peut-on se flatter d’en tirer ?
Places. —Nulle place forte dans le pays. Niagara, la plus soutenable de toutes, ne peut, bien attaquée, tenir plus de trois semaines. Des bombes seules forceront de rendre Carillon, petit rectangle étroit, puisque son plus grand côté a cinquante-quatre toises, et le petit trente-neuf ; d’ailleurs sans casemates. Toutes ces autres bicoques qu’on appelle forts, sont à peine à l'abri d’un coup de main, Je n’en excepte pas Montréal et Québec, si l’on est une fois arrivé au pied de leurs murs,
Vivres.— Nous manquons de vivres, c’est-à-dire qu'en économisant bien le peu que nous en avons, à peine pourra-t-on entrer en campagne et y subsister le premier mois.
Munitions de querre, — Nous manquons de poudre au point que, si les Anglois viennent à Québee, on n'a point de quoi tirer du canon six jours. Presque tous les canons sont de fer et mauvais ; on manque de mortiers et plus encore de bombes du calibre de ceux qu'on a,
Corps d'artillerie et génie. — On n’a dans toute la colonie pour le service de tous les forts et de plusieurs corps d’armées répandus dans plus de cinq cents lieues
de pays que deux ingénieurs sans aucun dessinateur; huit officiers d'artillerie, dont cinq venus de France, le fond de quatre-vingt-six canonniers, quatre sergents et dix cadets, ces derniers inutiles à un service urgent ; pas un seul homme qui ait la plus légère idée des mines, pas un ouvrier dans quelque genre que ce soit,
Marchandises de traite, — Les marchandises de traite avec les sauvages manquent presque entièrement.
Moyens — Enfin on y manque absolument de tous moyens pour agir, transporter, marcher promptement, fournir même le nécessaire à un corps un peu nombreux, enfin de tous ces accessoires qui ne sont pas la guerre, mais sans lesquels la guerre ne se peut faire, J’ajouterai qu'à qui n’est pas sort: d'Europe, il n’est pas possible de concevoir quel miracle, et miracle de création, il faut pour faire en Canada une guerre européenne; cette peinture est au-dessus du pinceau le plus énergique du coloris de Rubens même.
Impossibilité de rétablir une espèce d'équilibre.
Dans cette position, on voit que la France en envoyant dix mille hommes avec des munitions de guerre et de bouche, proportionnées à cet envoi et aux besoins actuels de la colonie, ne s’y rétabliroit pas à beaucoup près sur le pied de légalité vis-à-vis de ses ennemis,
Mais pour faire cet envoi, il faudroit au moins cent voiles, et cette flotte, soit par le danger des mauvaises rencontres, soit par le retard forcé des glaces, courroit le risque ou de ne pas arriver ou d’arriver trop tard, la campagne déjà ouverte et la colonie peut-être entamée,
Il paroît donc qu’on ne peut songer à cet armement, et qu’il faut se réduire à traiter le Canada comme on
traite un malade désespéré, qu’on soutient avec des
cordiaux, en attendant qu'il s’éteigne ou que peut-être
une crise le sauve, c’est-à-dire n’y envoyer que l’abso-
lument récessaire pour qu'on puisse tenter de s’y défendre.
Or cet absolu nécessaire, quel est-il ?
Quel est l'absolu nécessaire qu'il faut envoyer pour qu'on puisse tenter de se défendre ?
1° Vüivres.—En charger des bâtiments pour le compte du Roi; favoriser le munitionnaire qui fait dans ce î genre de très grands armements, afin que ses vaisseaux JR aient des équipages; envoyer de la poudre alimentaire Ê éprouvée aux invalides,
29 Munitions de guerre, train d'urtillerie, artilleurs et ingénieurs. — 1° Le plus de poudre qu’il sera possible, des mortiers de neuf et douze pouces et la plus grande quantité de bombes de ces calibres possible, dût-on en lester tous les vaisseaux ;
2° Un train d'artillerie de campagne, et pour le servir, un détachement à la suite des troupes de terre composé de quatre ingénieurs * et deux dessinateurs, cinquante canonniers, cinquante bombardiers, quatre
* Qu'on se représente cinq cents lieues de pays où il faut sans cesse construire et se retrancher, et l'on verra s'il y a trop d’un ingénienr en chef et de cinq ingénieurs sous ses rrdres,
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sergents, compris * trente ouvriers, charrons, menuisiers, charpentiers et forgerons, y compris cinq sergents ou caporaux avec un officier d'ouvriers, vingt mineurs, y compris deux sergents et deux caporaux avec un officier de mineurs, observant que les deux susdits officiers fussent moins anciens que ceux détachés du corps royal en 1757 pour le Canada ;
3° Un grand nombre de fusils, pierres à fusil et cornes à poudre qui épargnent moitié de la consommation.
3° Marchandises de traite, — T1 en faut envoyer et beaucoup ; cet article est de la dernière nécessité, si l’on veut conserver quelques sauvages.
4° Recrues, — Savoir: 1° mille hommes au moins avec leurs armes et leurs vivres pour dix-huit mois ;
29 Des miquelets, troupes inutiles en Europe et dans la guerre présente et qui rendront en Canada les plus grands services ;
3° Cent cinquante Ecossois, Irlandois et Allemands pour favoriser et attirer les désertenrs de ces nations qui, dans ce cas, nous viendront en grand nombre,
Observations.
On peut aussi relativement aux articles précédents : 1° ordonner à tout corsaire soit du munitionnaire ou bâtiments marchands qui demandera permission d’aller
* Les officiers du corps royal détachés en Canada en 1757, y sont tous portés pour commander cette troupe, qui seroit détachée avec son train d'artillerie à la suite des troupes de terre et qu'on ne perdroit pas, quand même il faudroit rendre la colonie, par le projet qui seru exposé plus bas.
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en Canada d’avoir : 1° tout le lest en boulets et bombes ; 2° pour le compte du Roi, un chargement en munitions de guerre et de bouche, fusils, marchandises de traite, et de porter quelques hommes de recrues ; 3° négocier pour que des Espagnols, Portugais, Hollandois, Irlandois et Anglois même y portent des munitions de guerre et de bouche; négocier en particulier pour cet objet avec la Suède et la Moscovie, situées d'autant plus avantageusement à cet égard que la mer Baltique et les ports de la Norwége sont presque à hauteur du détroit de Belle-Isle, et qu’ainsi leurs vaisseaux seroient presque sûrs de ne rencontrer aucun vaisseau anglois,
Ordres que la Cour doit envoyer en Canada, relativement à la prochaine campagne.
Quelles dispositions la Cour peut-elle faire ? Quels ordres envoyer en, Canada, relativement à la prochaine campagne ? 1° On sent que, menacé d’être attaqué par des forces supérieures de trois côtés à la fois, si des dix mille hommes qui composent toutes nos forces, on faisoit trois corps, ce seroit le moyen d’être anéantis sans avoir même tenté le moindre effort,
I faut donc que la Cour ordonne de se tenir tous assemblés dans une espèce de centre avec des bateaux, munitions de guerre et de bouche, tous prêts sur les trois communications, afin de se porter rapidement et en force au premier endroit attaqué, ou, si plusieurs le sont en même temps, à celui dont la défense nous présentera le plus d'avantage, et joindre la ruse à l’audace la plus déterminée ;
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LETTRES ET PIÈCES MILITAIRES 85 29 D'’ordonner que, tous les miliciens divisés en trois classes : bons, médiocres, mauvais, la première fasse la campagne en entier incorporés pour ce temps dans nos bataillons, dans ceux de la marine, le reste faisant le corps particulier des milices; cet arrangement étant absolument le seul par lequel on puisse tirer parti de ces milices, les deux autres classes ayant dans leurs maisons, équipements, fusils, une livre de poudre, deux livres de balles, pour dix jours de vivres en biscuit, en lard, un certain nombre de bateaux, chaudières et prelarts par paroisse, afin que, dans un cas urgent tous les hommes soient partis aussitôt que commandés, Les moines, prêtres, officiers civils, les femmes feront les travaux de la campagne.
Par rapport à la défense de Québec, la Cour doit :
En particulier, dispositions à faire et ordres à envoyer, relativement à la défense de Québec.
I. Destiner quatre flûtes ou vaisseaux marchands à être échoues dans des endroits qu'indiquera le sieur Pellegrin, capitaine du port de Québec, pour y servir de batteries et de forteresses, Ilen résultera pour la défense générale du pays, cet autre grand avantage que les équipages de ces vaisseaux qu'on tâchera de faire commander par des ofticiers marchands qui aient fait la course, auront ordre de monter la marine qui doit défendre les lacs Champlain et Ontario ;
IT. Ordonner que l’on construise des batteries 1° aux Eboulements, à la pointe aux Bouleaux, et presque visà-vis de celle-là, à l« Prairie, sur l’île aux Coudres,
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2° Au cap Tourmente, laquelle battra les vaisseaux qui, pour faire la traverse, sont forcés de passer un à un et de rester exposés à son feu plus d’un quart d'heure à la petite portée de fusil. 3° Sur l’île d'Orléans, une à Saint-François et l’autre à Saint-Laurent. Il faudroit qu'il y eût sur la flotte un officier intelligent qui eût ordre, dans le cas où les glaces ou les vents la retiendraient à portée des endroits ci-dessus, de faire construire, pendant ce retard, les ouvrages proposés, en tout ou en partie, suivant le temps, par les recrues, canonniers et équipages même,
III. Ordonner qu’on construise les redoutes et lignes proposées en 1757 dans un mémoire envoyé à la Cour.
IV. Ordonner qu'on propose sans délai, brûlots, radeaux, bateaux montés d’un canon et redoutes semblables à ceux déjà faits par le sieur Jacau, capitaine d'artillerie de la colonie.
V. Ordonner qu’on consulte, sur toute cette défense maritime, les sieurs Pellegrin et Levasseur et qu’on suive leurs avis.
VI. Qu'on fase sur le champ retirer aux Trois- Rivières les femmes et enfants, les magistrats et toutes les personnes nuisibles à la défense, et qu’on ramasse dans cette ville le plus qu’on pourra de vivres et de. munitions de guerre, les plaçant dans les maisons des particuliers, dans les églises, s’il le faut.
Québec pris, le Canada l’est-il?
Maintenant on fera cette question : Québec pris, le Canada l’est-il? Oui, sans doute, puisque: 1° il n’y a
c en seconde ligne aucune place forte, aucun lieu où il y ait un dépôt de munitions de guerre et de bouche ;
2° Le Canada ne peut se soutenir par lui-même et sans le secours de la France.
Le Canada perdu, la France peut-elle soutenir la Louisiane?
On fera cette deuxième question: Le Canada perdu, la France peut-elle soutenir la Louisiane ? Non, dans la situation actuelle de la Louisiane,
1° Puisqu’il n’y a dans cette dernière colonie ni général, ni homme de guerre, ni troupes aguerries, ni ingénieurs, ni artilleurs, officiers et soldats en nombre suffisant ; 8, 2° Puisque le Canada perdu, la Louisiane serait enclavée dans les forces angloises, sans pouvoir recevoir 16 , les secours de France que par une seule porte étroite,
et que la puissance la plus forte sur mer fermeroit se aisément.
Dispositions à faire, ordres à donner, relativement à ces deux objets.
es De la solution de ces deux questions je conclus :
: 1° Que la Cour, en prévoyant le cas de la prise de fe . Québec, et même la perte inévitable de la colonie, si bg l’armée est battue et les autres frontières forcées, envoie à son gouverneur général plein pouvoir de capituler pour tout le Canada, et ses instructions sur le genre et la nature de cette capitulation, Sans cela, le pays tout ouvert seroit entièrement saccagé, les habitants dispersés et détruits, la colonie perdue sans ressource pour le