DE BOUGAINVILLE
Lettre du sieur Pellegrin, capitaine de port, officier de marine expérimenté, à M. le marquis de Vaudreuil, communiquée et concertée avec le marquis de Montcalm. (Copie) * |
A Québec, le 13 janvier 1759.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous envoyer un plan de la traverse, et en même temps vous aurez pour agréable que je vous fasse part de mes idées sur l'opération maritime de ce printemps, en cas que l'ennemi vienne par en bas, Je suppose, Monsieur, qu'il nous arrive une escadre avant l'ennemi. Si elle est composée de huit, dix ou douze vaisseaux de ligne, mon sentiment seroit d’en vlacer la moitié au pied de la traverse du cap Tour- ».-nte, ot l'autre moitié à la sortie de la dite traverse, e.tre la nointe du sud-ouest de l'ile aux Reaux et celle du nord-est de l'ile d'Orléans, ainsi que je le marque sur mon pion #.
Les vaisseaux qui seront au cap Tourmente recevrout le premier feu de l'ennemi, qui ne pourra se présenter que l’un après l’autre, ou tout au plus deux à la fois. Si on s’apercevoit que l'ennemi voulût forcer ces premiers vaisseaux (et il le feroit s’il avoit envie de faire la traverse pour venir devant Québec), alors, après avoir essuyé le feu des trois ou quatre premiers vaisseaux ennemis, on couperoit les cables et on continueroit le combat en filant la traverse et se repliant sur nos
* Ce titre est de la main de Montcalm.
t Ce plan n'est pas joint à la lettre.
vaisseaux, qui seroient à sa sortie, lieu où l’on ne peut passer qu’un vaisseau à la fois; et on livreroit là un second combat. Nos forces réunies, je ne crois pas que les Anglois voulussent faire la traverse en combattant, Vous voyez, Monsieur, par ce que je viens de dire, qu’il se trouveroit trois ou quatre de leurs vaisseaux entre deux feux, En supposant qu'ils ne voulussent point faire leur descente À Saint-Joachim (et c’est mon sentiment), alors, je voudrois placer trois navires ou frégates, depuis la pointe de l'ile d'Orléans jusqu’au cap Tourmente, au nord de la grande batture, à égale distance l’un de l’autre, pour s'opposer aux bâtiments qui seroient destinés pour le débarquement qui ne pourroit être que des bateaux, goélettes et bâtiments à rames. Si ces navires ou frégates étoient forcés par l'ennemi, ils pourroient veni' s’échouer entre Saint-Joachim et Sainte-Anne à demiportée de terre où ils se trouveroient encore très utiles pour foudroyer l'ennemi qui seroit obligé de filer le long de la côte; car je ne pense pas qu’il voulût risquer de monter les hauteurs qui sont toutes boisées.
Je serois d'avis que l'on fit faire quatre ou cinq bâtiments plats de la forme de nos bateaux de Roi, mais assez furts pour pouvoir porter un canon de 12 ou de 18. Il faudroit que ce canon fût monté sur coulisse comme nos galères. Ces bâtiments seroient très nécessaires pour harceler l'ennemi à quelqne endroit qu'il veuille tenter la descente, On pourrait les placer d’ahord avec les bâtiments qui seroient devant la petite ferme pour être en état de se porter où besoin seroit, Si malheureusement il ne nous arrivoit aucune escadre avant l'ennemi, il y a ici au cul-de-sac trois petits navires que
l'on pourroit mettre en : état de porter du canon de 12 en les époutillant, et, au cas qu'ils ne pussent pas résister au flot, on pourroit les échouer sur le plateau de la petite ferme, vis-à-vis de ceux que je place dans mon plan qui ne seroient plus éloignés de ces derniers que de demi portée de fusil. Alors les bâtiments plats qui aurojent du canon, seroient d’un puissant secours pour soutenir les navires échoués. Il est vrai que, si ces derniers étoient forcés, ils n’auroient d'autre ressource que de se faire brûler, et pour lors les équipages se réuniroient à ceux des bateaux plats, qui, selon moi, pourroient faire beaucoup de mal à l'ennemi, tant avant qu'après le débarquement, en les harcelant le long de la côte,
Présentement, Monsieur, je suppose que l'ennemi surmonte toutes les difficultés du fleuve et qu'il se présente à la vue de Québec; je serois du sentiment qu’on fit orienter en brûlots tous nos petits bâtiments que nous avons, tant bateaux que goélettes. On conduit ces bâtiments où l’on veut puisqu'ils sont à la voile. Cela vaudroit incomparablement mieux que les cageux, Ce n’est pas que je veuille exelure ces derniers ; au contraire, mais je ne voudrois pas les enchaîner plusieurs ensemble, parce que, le plus fort emportant nécessairement le plus foible, ils se trouveroient être en peu de temps tous de file au courant, et par conséquent ils n’embrasseroient pas plus de terrain qu’un seul, Je voudrois en envoyer un certain nombre détaché et les placer à différents fils de courant ; de plus, je voudrois qu'au; quatre angles de chaque cageux, il y eût une pièce de lwis de treñte à quarante pieds de
long, et plus, s’il étoit possible, à l’extrémité de laquelle il y auroit un grappin suspendu à dix ou douze brasses au-dessous de la superficie de l'eau, afin que le vaisseau qui voudroit par le moyen de son gouvernail éviter le dit cageux, les grappins pussent s’accrocher aux cables, qui, par la force du courant, viendroient presque par leur travers, aussitôt que quelqu'un des grappins auroit accroché le cable, il est sensible que dans l'instant le cageux prolongeroit le vaisseau. Il faudroit aussi que le grappin fût attaché par un cordage fort ou une chaîne par-dessus le cageux, afin que le vaisseau accroché ne pôût s’en délivrer en coupant l'aussière qui le suspendroit au bout de la pièce de bois.
Je serois aussi du sentiment que, si le Roi envoie ici une escadre de dix-huit, vingt ou vingt-cinq vaisseaux de ligne, de les faire rester tous au Bic. C’est un poste très avantageux pour attendre l'ennemi qui, quand même il seroit de moitié plus fort, ne voudroit pas tenter une aventure, surtout ayant un envoi aussi considérable que celui qu’il leur faut pour porter quinze à dix-huit mille hommes, leurs vivres, munitions et ustensiles, Voilà, Monsieur, une pièce de mes foibles idées. Je souhaite qu’elles puissent servir au moins d'introduction à des projets plus étendus et mieux dirigés.
Je suis avec un profond respect, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,
Signé : PELLEGRIN.
voie aistun qui, lroit ussi inze s et bles oins ieux