‹ Lettres et pièces militaires [microforme]Chapitre 28 sur 94 · PRÉSENTATION · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION

Les différents avis que j'ai eus des desseins qu'avoient pie formés les Anglois de venir attaquer sur les glaces la

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Présentation et brûler nos corvettes en construction à la Pointe-au-Baril, m'ont déterminé à y faire passer un détachement de près de deux cents hommes, tant des troupes de la colonie que d'ouvriers et de sauvages, afin d’être plus en état de s'opposer à leurs projets et d'accélérer la construction de nos corvettes.

Afin de profiter de la première navigation, j'ai fait hiverner des bateaux au-dessus de la batture des Cèdres et y ai fait conduire sur les glaces l'artillerie et les agrès des corvettes, les munitions, vivres et marchandises que les circonstances nous permettoient de pouvoir y envoyer. En conséquence des nouveaux avis que j'ai eus, que les Anglois se mettoient en mouvement sur la rivière de Corlar, j'ai détaché M. Pouchot, officier d'expérience, d'intelligence et de la meilleure volonté, ainsi que le sieur Despinassy, officier d’artillerie, pour-se rendre sur les glaces à la Présentation et y prendre le commandement jusqu’à son départ pour Niagara ; il a dû partir des Cèdres le 28 de ce mois avec environ deux cents hommes, la plupart du gouvernement de Québec.

Les piquets de troupes de terre sont en mouvement pour les Cèdres, ainsi que le reste des trois cents Canadiens du gouvernement de Québec, quatre-vingtquatre Canadiens de celui de Montréal, allant pour tenir la campagne, cent soixante-huit pour éervir de devant et derrière, trente-un matelots ou canonniers pour compléter l'équipage des corvettes, qui y attendront que les glaces leur permettent de se rendre à la Présentation.

Si tous ces secours peuvent y arriver, M. Pouchot aura à ses ordres, les sauvages compris, seize à dix-sept cents combattants qui, protégés par les corvettes et les protégeant eux-mêmes, peuvent occuper longtemps un ennemi nombreux, et même le battre.

Sans la disette des vivres, j'aurois envoyé un plus grand nombre ; mais, de tous les ennemis, le plus redoutable est la famine où nous sommes exposés, et, si je me fusse déterminé à envoyer pendant l'hiver quatorze ou quinze cents hommes pour complaire au public et calmer la terreur qu’on leur avoit fait pren- | dre, je serois dès aujourd’hui réduit faute de vivres à abandonner la partie des lacs, ce qui seroit un grand

Qu | \ii] malheur pour cette colonie.

Il ne restera à M. Benoît, après le départ de tous ces détachements, que trois cent trente-un soldats, quatrevingt-un miliciens, trente-deux ouvriers, soixante autres personnes en officiers, employés et domestiques, | avec deux à trois cents sauvages qui sont en cette MR RINE partie. D'après les comptes qui me seront rendus par ENS MM. Pouchot et Benoît des positions, du plan et du

AIRE À mémoire que je lui ai demandé, des connoissances que

j'aurai des mouvements des Anglois, je pourrai faire usage de partie des farines qui nous rentrent journelleail ment des dtmes, de la mouture des moulins et de ce RATES que chaque habitant s’est retranché, pour pourvoir y | li envoyer une augmentation de forces, qui y arriveront

Lei avant même le départ de M. Pouchot,.

Je ferai construire une troisième barque pour faciliter

+} les transports ; les agrès ne monteront qu’au moment qu'on en aura besoin.

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convaincu, je ne changerois pas ma destination, d’au-

LA nn | LETTRES ET PIÈCES MILITAIRES 157 1) | | | t CARILLON {A A J'ai destiné les bataillons de la Reine et de Berry qui sont dans le gouvernement de Québec, les troupes de la colonie et mille à douze cents Canadiens, au " moins, de ce gouvernement à en partir, aussitôt que 1 les glaces le permettront, pour se rendre à Carillon. t, Aussitôt que je saurai les Anglois en mouvement " pour aller au lac Saint-Sacrement, ou que j'apprendrai u qu'il y a des vivres en rivière, je ferai passer de suite de les bataillons qui sont dans les gouvernements de à Montréal et des Trois-Rivières, ainsi que les troupes \d de la colonie, ne laissant que les infirmes tant à Québec qu'à Montréal.

cé | En prenant des précautions pour avoir à Saint-Jean e- des bateaux, ainsi qu'à la Chine, il me restera trois à te quatre mille habitants de ce gouvernement et de celui es, des Troïs-Rivières à faire passer au moment qu'ils te seront nécessaires, soit à Carillon, à la tête des Rapides ar et même à Québec. De cette façon, je serai en état de lu | fournir au besoin et de faire face partout, à Si j'apprenois cependant les ennemis sur le lac Saintre Sacrement avant l’arrivée des troupes et des miliciens “ du gouvernement de Québec, je ferois de suite marcher ce tout ce que je pourrois de ce gouvernement, afin de | y primer l'ennemi, | nt QUÉBEC L | AU dé Je ne présume pas que les Anglois entreprennent de , ail nt venir à Québec; mais, quand bien même j'en serois À | ir

tant que, si j'abandonnois Carillon, que l'ennemi s’en emparât ainsi que de Saint-Frédéric, une fois sur le lac, je serois obligé à laisser dans la partie de Saint-Jean un corps considérable pour empêcher qu'il ne pénétrât par cette partie; au lieu que, les ayant conservés jusqu'au moment que la flotte sera en rivière, j'aurai le temps de faire descendre à Québec la plus grande partie de nos troupes, pendant que Carillon, Saint- Frédéric et les chébecs seront suffisants pour arrêter successivement l'ennemi et nous donner le temps d’avoir une ou deux batailles Une seule de gagnée sauve la colonie ; la flotte s’en va, et nous retournons nous opposer aux progrès de l'ennemi.

A l'égard des travaux de l'extérieur de Québec, le défaut de vivres ne permet pas d’y penser. Il faudroit y employer quatre mille hommes, auxquels, n'ayant pas de frine à donner, je serois obligé de fournir deux livres en vi: de à manger ; ce qui feroit une tonsommecion de dix à douze cents bêtes à cornes pour un ‘aois, unique ressource que je réserve pour vivre si nous avions le malheur que tous nos convois fussent interceptés. Je me borne donc à laisser continuer tous les approvisionnements, à la fermeture des portes de la ville, à travailler à l’enceinte, à l'établissement des batteries, enfin à tout ce que l’on peut faire sans une consommation extraordinaire de vivres, et à procurer à l'habitant autant que je le pourrois les moyens de faire les semences. Sans cela les secours de France, quelque grands qu’ils puissent être, ne pourroient subvenir à la subsistance d'environ quatre-vingt-dix mille âmes qui sont dans cette colonie.

Par la même vue d'économie, je vais également employer les Canadiens aux transports du lac Champlain. J'attends au printemps les sauvages des pays d'en haut.

J'ai pris les mesures les plus justes pour être informé du moment où les Anglois entreront en rivière, J'ordonne aux habitants de Rimouski, Saint-Barnabé et du Bic, à la première nouvelle certaine qu'ils en auront, sans qu’il leur soit bescin d’autres ordres, de faire passer leurs femmes, enfants et animaux à l’tle Verte. Il partira de Québec des officiers qui auront ordre de faire consommer les vivres et les fourrages qui seront depuis ce lieu jusqu’à la Pointe de Lévis, en observant de n'avancer qu'à proportion que la flotte le fera, en laissant toujours à huit ou dix lieues derrière eux un corps de Canadiens, Acadiens ei sauvages pour empêcher qu'aucun détachement n'ose mettre à terre et donner le temps d’évacuer la côte sans confusion.

Ces bestiaux arrivés à la Pointe de Lévis, s’il ne nous arrive des vivres de France, y seront tous tués et salés pour servir de subsistance à l’armée, en prenant la précaution de dresser des états et de donner des certificats «ux particuliers pour leur payer partie des dits bestiaux et leur remplacer le reste.

Toutes les femmes et enfants passeront le fleuve et iront se retirer à portée des Trois-Rivières, où on aura soin de pourvoir à leur subsistance,

Les habitants de l’île aux Coudres, Eboulements et Malbaie auront soin de retirer leurs femmes, enfants et bestiaux jusqu’à Saint-Joachim, et d'y amener le plus de vivres qu'ils pourront. Les hommes resteront

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à l’île aux Coudres pour y consommer les fourrages. Aussitôt que l'ennemi sera à la vue et engagé dans le mouillage de la prairie, ils manœuvreront les cajeux de l’île et profiteront du désordre qu’ils produiront pour traverser au Nord, où tous réunis pourront harceler l'ennemi, s’il veut mettre à terre, ayant toujours les caps pour pouvoir se replier sans craindre d'y être poursuivis.

Une fois que les Anglois seront mouillés à l’île aux Coudres, on fera usage des cajeux qui auront été préparés le long des caps ainsi que dans la dernière guerre, Les ordres avoient été donnés en conséquence l’année dernière. On fera usage des chaloupes portant du gros canon et des brûlots qui seront préparés à Québec. S'il est arrivé une escadre, toutes ces manœuvres seront dirigées par les officiers de mer.

Les Anglois étant donc à l’île aux Coudres, les habitants de l’île d'Orléans s’occuperont de faire passer au nord de l’île leurs femmes, enfants et bestiaux, afin de les évacuer par la côte du nord. On formera un corps de miliciens de l’île pour la garantir d’être ravagée par quelques détachements dans des chaloupes, qui pourroient tenter de venir s’en emparer, et ils auront toujours leur retraite, étant forcés par le nord de Pile,

A la première nouvelle que j'aurai de l'ennemi en rivière, j2 pourvoirai à la sûreté des frontières de ce gouvernement, Je descendrai personnellement à Québec avec tous les habitants des gouvernements de Montréal, des Trois-Rivières, tous ceux de celui de Québec depuis Sainte-Anne jusqu'à cette ville. Je les ferai de suite travailler aux retranchements de Beau-

port, en attendant que les troupes et les milices que j'aurai mandées à Carillon aient pu m’y joindre. Alors, suivant ce que j'aurai, tant en troupes, milices, sauvages et gens de mer, je ferai mes dispositions, soit pour s’opposer à la descente de l'ennemi de Sainte-Anne à l’île d'Orléans, ou pour me réduire à l’attendre au passage de la rivière de Montmorency jusqu’à la rivière du Cap-Rouge.

MM. le marquis de Montcalm et le chevalier de Lévis seront alors à Québec. Comme j'aurai toujours grand plaisir de leur faire part de tous les mouvements que j'ordonnerai, je serai à même de faire usage des réflexions que les circonstances et les lieux leur suggèreront.

Quelques efforts que fassent les Anglois, je me flatte toujours que Sa Majesté nous fera parvenir de puissants secours, et que la valeur des troupes, les intérêts personnels des colons, leur attachement au Roi, le nombre des sauvages que nous aurons, toutes ces forces réunies et animées du même désir, rendront la conquête de cette colonie bien difficile, pour ne pas dire impossible,

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