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OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR CETTE BIBLIOTHÈQUE

En tout, cette bibliothèque de quarante -cinq volumes embrasse environ une centaine d'ouvrages et près de deux cents livres , selon le compte du rédacteur.

La composition en était soignée. On y trouvait , en fait de littérature profane , les choses les plus utiles , ou du moins les choses les plus essentielles pour un homme instruit qui ne fût ni prêtre , ni médecin , ni avocat.

Or il est d'abord hors de doute que cette collection n'était ni celle d'un médecin ni celle d'un avocat.

Ce n'était pas non plus , ce me semble , celle d'un prêtre , quoiqu'il s'y treuve un bréviaire , des volumes divins et un peu de théologie ; il ne s'y rencontre pas assez de Pères pour un membre du clergé.

C'est encore moins la bibliothèque d'un couvent ou d'un évéché.

Il n'y a qu'un seul bréviaire.

U n'y a pas Ae Mble, pas de Pères; il n'y a du moins qu'un traité historique de saint Augustin.

C'est cependant la collection d*un homme savant et riche. Elle est d'abord plus considérable que cette bibliothèque de neuf volumes qu'on cite comme la première des Bibliothèques royales.

Elle est ensuite choisie avec un soin plus complet. Elle a été formée systématiquement , de manière à présenter une sorte d'encyclopédie du temps.

En effet; elle nous offre la grammaire , la dialectique , la rhétorique , la musique , l'astronomie , l'arithmétique et la géométrie. Ce sont les sept sciences libérales du temps.

Quel a dû en être le propriétaire?

Dans le mot de Wilelm les deux feuillets si heureusement sauvés nous apprennent-ils le nom de l'auteur du catalogue ou celui du propriétaire de la bibliothèque?

Pour moi, il n'y a pas de doute. L'interprétation, Cette céduledeWilelm, me paraltpeu juste;]e traduis, Cetteeédule contient les noms exMts des livres de Wilelm. C'est donc Wilelm qui est pour moi le fortuné possesseur de la collection ; mais j'ignore quel est ce Wilelm , et je me borne à livrer son nom aux investigations spéciales, à le recommander au souvenir des bibliographes. Ils trouveront peut-être un jour quelque trace qui nous mettra sur celle du personnage lui-même ; et de quelque voile qu'ils soient couverte pour nous maintenant, ces feuillets joueront leur rdie dans l'histoire des lettres *.

Ils montrent dès aujourd'hui que ceux qui avaient de la fortune pouvaient se procurer, même au x* siècle , des ouvrages assez spéciaux sur certaines matières ; mais que le

* Je n'ai pas besoin de dire que je compte en publier le texte ou le rac-»imile. U entrera tians ma nouvelle cdiiîon du /'oyage littéraire de dw Jittinart.

choix des livres sur ces matières était très-borné^. En philosophie, par exemple, Wilelm n'avait qu'un ouvrage d'Aristote, et celui de Boece ; pas une page de Platon.

En général, la poésie, la philosophie, la physique, l'histoire naturelle, tout ce qui, dans les études profanes, élève le plus et affranchit le mieux la pensée, était alors comme retiré du conmierce de la vie littéraire.

Or, cela ne fut pas désastreux seulement pour l'état de la science , cela fut désastreux pour les mœurs. C'est là ce qui livra la société du moyen âge, société d'autant plus difficile à conduire qu'avec plus de force physique elle avait une sphère d'intelligence plus restreinte, — c'est là ce qui la livra à toute cette littérature frivole et superstitieuse que nous allons trouver dans une bibliothèque du x v* siècle , appartenant à une femme distinguée.

Nous voulons parler de celle de Mai^uerite de Flandre, duchesse de Bourgogne, collection que nous allons rencontrer tout à l'heure.

Nous ajouterons seulement, avant de l'aborder, que, depuis la fin du xi* siècle, il n'y avait pas de milieu entre les bibliothèques tout à fait religieuses, ecclésiastiques même , et les bibliothèques tout à fait frivoles. Sauf quelques-uns de ces livres de piété qu'on mettait au milieu des ballades et des romans, l'instruction sérieuse manquait partout.

Nous avons en effet , sur les ouvrages qu'on étudiait , toute sorte de catalogues, les uns publiés, les autres inédits. Nous avons surtout , parmi les derniers , celui de la Sorbonne, de la fin du xin* ou du commencement du \vi* siècle , monument précieux qu'on ne saurait trop se hâter de faire paraître par la voie de la presse. Eh bien , tous ces catalogues attestent la même lacune.

Ainsi , le monde fut livré à la scolastique et aux romans. Il n'y avait pas d'études sérieuses, indépendantes de la

tliéologie , je veux dire d'études de philosophie , d'histoire , de physique , de politique. Or, en Fabsence de ces choses , c'était naturellement à la scolastiqiie , aux légendes , à Tastrologie, à la magie, à ralchimie, au fabliau, à la ballade et au roman que devait échoir l'intelligence himiaine , trahie par de cruelles destinées.

Nous allons , d'après les catalogues des bibliothèques , voir d'abord la société engagée dans la scolastique ; nous la verrons ensuite engagée dans le roman.

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