REMARQUES SUR CE DOCUMENT
Toute cette affaire fut traitée, de part et d*autre, avec le plus grand soin , deux ambassadeurs ayant été délégués à cet effet par chacune des cours contractantes.
On peut voir les clauses principales stipulées au contrat de mariage, dans le grand recueil de Rymer [tome XYII, années 1624 et 1625]. L'engagement à prendre par le roi d'Angleterre y est mentionné expressément. Il n'y est pas question de celui du prince. Mais on y trouve des conventions très-précises sur les libertés de culte dont jouira la fille de Henri IV. Cette princesse aura des chapelles dans toutes les maisons royales et elle pourra inscrire jusqu'à vingt-huit prêtres sur l'état de sa maison. Cela indique évidemment qu'on voulait assurer à un grand nombre de ministres de sa religion le moyen de s'établir en Angleterre sous sa protection*
Ces conventions furent-elles sérieufiea? ou bieu les deux puissances curent-elles en les signant pour objet principal d'abuser la cour de Rome ?
Le sceptique Hume , pour employer une épithète reçue , me parait ici trop afSrmatif , si réservée que soit d'ailleurs sa parole , lorsqu'il met presque hors de doute, que ctr^ taina articles du contrat de mariage, fiivorablea «ui catholiques, n'y furent inaéréa « que pour amuaer le pape, et qu'aucun des deux partis n'eut jamais dessin de les exécuter. » [Histoire de la maison de Stuart, année 1625.]
Cela peut être fondé en partie, par exemple en ce qui concerne l'éducation des enfants issus de ce mariage. Ces enfants, selon le contrat, devaient être élevés sous les yeux de leur mère jusqu'à l'&ge de treize ans. Par ces mots d'une ambiguïté parfaite , on avait l'air de laisser à Henriette de France une action profonde sur l'éducation religieuse de ses enfants. On ne prenait cependant aucun engagement précis, et il est certain que cet article ne fut pas même observé dans son sens le plus large. H ne pouvait pas l'être dans des temps d'une ombrageuse intolérance. Mais pour tout le reste , la fille de Uarie de Médids insista si bien et exerça sur l'esprit du roi lui-même une action religieuse à ce point efficace , qu'un des plus grands griefs articulés contre Charles I*** par la révolution , ce fut précisément le penchant qu'on lui supposait pour la foi de la reine. U le savait si bien que , dès le commencement des guerres civiles, il adressa aux Églises réformées du continent un mémoire où il combattait ce soupçon , en appelant en témoignage l'éducation protestante qu'il faisait donner à ses enfants. [ Rusworth , vol. V, p. 572. ]
On sait comment ces enfants, Charles II et Jacques II, embrassèrent, l'un en secret, l'autre publiquement, la religion de leur mère, et amenèrent ainsi la révolution de 1Ô88, qui fit perdre au dernier de ces princes la couronne d'An-
gleterre pour la même raison qui avait fait perdre à son aïeule la couronne d'Ecosse , un siècle auparavant.
Peu d'engagements politiques ont été suivis de conséquences aussi graves, et pour ainsi dire aussi immédiates, que celui du petit-fils de Marie Stuart épousant la fille de Marie de Médicis. Et s'il était vrai de dire avec Hume, que Louis Xni et Richelieu avaient mis dans le contrat de mariage des jeunes époux des articles pour amuser le pape , Charles I*' aurait payé bien cher ce funeste caprice. Mais tout fut, au contraire, sérieux dans cette affaire. À cette époque les mœurs étaient non-seulement religieuses, elles étaient intolérantes. L'union entre les lois de r£glise et celles de r£tat était encore intime, et Ton ne pouvait garder sur la tète certaines couronnes qu'en gardant dans le cœur certains articles de foi.
Soua ce rapport, une illustre prinoease, contemporaine de Charles I'', et qui succéda en Suède k Gustave^Adoiphe , comprit les mœurs de son siècle, mieux que Charles I*'. Christine abdiqua dès qu'elle se sentit un penchant décidé |M>ur un autre culte que celui de son pays.