LE TESTAMENT DE MAIMBOURG
NOTE INTRODUCTIVE.
Nous avons vu quelques documents de la seconde ère de Louis XIV, celle de son émancipation politique et de son émancipation morale. Nous arrivons à des documents de la troisième ère de son règne, celle de la réaction religieuse.
La femme distinguée dont nous venons de lire une lettre dé reine. M"" d'Aubigné , n'était pas encore assise à côté de soii trône, et son influence sur le monarque, d'ailleurs frappé de la supériorité de son esprit, était peu sensible encore, que déjà l'on remarquait dans les mœurs une réaction notable.
Cette réaction se développa sous trois formes diverses. Ce fut d'abord celle de la polémique contre la dissidence, suivie de celle de la persécution ; ce fut ensuite celle de la répression contre la licence des écrivains; ce fut enfin celle de la soumission absolue au dogme de l'Église.
M"* de Maintenon a peut-être conseillé quelques-unes de ces formes. En tout cas elle s'est associée à toutes, et les écrivains les plus distingués ont, pour la plupart, subi son influence ou imité l'exemple d'un monarque qui ne souffrait pas de contradiction, qui encourageait, au contraire, le culte de ses idées connue celui de sa personne.
Le preoiier document que nous allons donner est de l'écrivain qui a le plus marqué dans la réaction polémique ; ' il est du jésuite MaimboUrg.
On sait la valeur de ses écrits historiques, qui forment quatorze volumes in-4". On connaît l'exagération de ses principes de gallicanisme et l'ordre qu'elle lui attira, de la part du pape, (le sortir de la compagnie des jésuites. On n'ignore passes longues querelles avec cette compagnie, qui se-refu sait à ses répétitions de deniers qu'il lui avait donnés plus définitivement qu'il ne pensait.
C'étaient là les grandes affaires, les grands débats de sa vie ,et son testament doit nécessairement en porter les traces, ^lais ce n'est pas là ce qui rend cette pièce le plus digne d'attention. Ce qui nous y frappe, c'est l'esprit de soumission absolue, c'est la profession de foi complète; mais c'est aussi la piété vraie et sincère.
11 était bon , je crois , de faire ressortir ces traits dans la vie intime de ce jouteur si rude, de ce polémiste si ardent, et sous ce rapport c'est avec plaisir que je publie ce document.
11 faut, pour en faciliter l'intelligence, rappeler que Louis XIV, afin de dédommager cette victime d'un gallicanisme exagéré mais rare , lui fit une pension et lui accorda un asile dans l'abbaye de Saint-Victor à Paris , où il mourut le 13 août 1686.