BIBLIOTHÈQUE DE LA SORBONNE
On a de cette collection , de la bibliothèque de la Sorbonne , un catalogue manuscrit des années 1290 et 1338.
D'après ce document, dont la publication , confiée à des mains exercées, ne se fera pas attendre, la première et la plus illustre de toutes les maisons d'études religieuses, cette forte institution qu'il importerait peut-être de rétablir sur une échelle conforme au nouvel état de la science , la Sorbonne, possédait en 1338 :
Soixante-deux Bibles, du prix de 480 livres 10 sous;
Vingt- quatre ouvrages d'histoires bibliques, ecclésiastiques ou scolastiques, du prix de 84 livres 6 sous ;
Dix-huit gloses sur les Livres de législation de l'Ancien Testament ;
Huit gloses sur les Livres historiques, du prix de 76 livres 10 sous;
Dix-sept gloses sur le Psautier, du prix de 159 Hvres;
Quinze gloses sur les Livres de sapience, du prix de 83 livres 6 sous ;
Vingt gloses sur les Livres prophétiques, du prix de 106 livres 4 sous ;
Vingt-neuf gloses sur l'Évangile, du prix de 135 livres ;
Douze gloses sur les Épîtres de saint Paul , du prix de
Vingt-sept gloses sur Job, les Actes, les Épîtres canoniques et l'Apocalypse, du prix de 101 livres 27 sous;
Sans compter les gloses sur les Livres mixtes, les Postules sur tous, et les Concordances.
Puis venaient , après les textes sacrés et les ouvrages siiy ces textes, les travaux propres des docteurs, les Sentetices, les Ouvrages et les Questions sur les sentences , le tout d'un nombre considérable et d'un prix élevé.
Aux Sentences et aux Questions succédaient les Sommes de ces questions et de ces sentences , en grand nombre et d'un grand prix encore.
Aces volumes succédaient ceux des Pères, parmi lesquels les écrits d'un seul , saint Augustin , prennent huit pages du catîilogue.
Il est vrai que les autres Pères latins y prennent moins d'espace, et que les Pères grecs manquent complètement; mais en revanche les scolastiques sont d'autant plus nombreux.
Aux gcolasticpies succèdent les OEuvres mêlées des saints et des philosophes , union très-belle et très-flatteuse en apparence pour la philosophie. Mais d'abord cette rubrique se comprend peu ; car ce ne sont pas les œuvres des saints ordinaires qu'on entend , ce sont celles des docteurs de
l'Kglise , (le saint Aiiil)r«»ise, saint .Viigdstiii et de saint Grégoire. Ensuite, dans cette rubrique il n'y a pas de philosophes ; il n'y a que quelques traités de Cicéron , de Sénèque et de Boëce , moralistes estimés , mais étrangers à la métaphysique. Enfin ce qui domine dans cette classe, ce sont des traités de théologie et de morale , au milieu desquels on est surpris de trouver, sous un tel titre, les livres de la Sibylle et une chronique.
Sous le titre de Flores originalium , la Sorbonne possédait encore des extraits d'écrits théologiques. Le titre de Flores y a fait mettre un ouvrage d'histoire naturelle intitulé (le Arboribus, Fructibus et Metallis.
Elle avait douze ouvrages sous le titre général de Chroniques ; mais dix de ces ouvrages étaient des légendes ou des biographies de saints et d'abbesses.
Sa richesse en Distmctions n'était pas grande; mais elle abondait en Sommes morales, et surtout en Sermons.
Les livres d'église ou d'offices ecclésiastiques ne prennent (lue deux pages du catalogue.
Les ouvrages de grammaire étaient très-nombreux , mais on rangeait dans cette catégorie les auteurs classiques , et nous rencontrons les poètes Horace, Virgile, Ovide, Juvénal , Lucain , Stace , Térence et un livre de Lyriques , a côté de Priscien et de Marcianus Capella.
La Sorbonne possédait seize volumes de logique , la plupart imités ou traduits d'Aristote, mais traduits ou imités de loin.
Sous la rubrique de Libri nuturales non commentati, elle possédait des ouvrages de physique et de métaphysique , des traités de la génération , de la corruption , de la vie , du sommeil et de la mort, dont le fond remontait encore à Aristote.
Elle avait aussi les livres de morale et de politique du célèbre philosophe , les œuvres de Sénèque , de Cicéron , de
Boëce, et parmi les TJbri mixti philof^ophorum, les traités d'Agazel et d'Alpharabius , sur la logique et les sciences en général.
Elle possédait près de soixante volumes de commentaires et de questions sur les œuvres d'Aristote, dont plusieurs étaient mis à la chaîne ou à la disposition de tous {catenati).
Elle comptait , en ouvrages de médecine , vingt-huit numéros dont trois manquaient aux armoires (étant à la chaîne pour l'usage commun) et quatre d'une manière absolue.
Elle comptait, sauf les enchaînés et les absents, soixantedix-neuf articles quadriviaux , sur les quatre derniers des sept arts libéraux (la géométrie, la musique, l'astronomie et l'arithmétique), rubrique où Ptolémée et Albumazar, c'està-dire l'astrologie, jouaient un rôle considérable.
Elle en avait treize de Raimond Lulle , mais dont deux seulement se trouvaient aux armoires.
Elle possédait bon nombre de livres de jurisprudence.
Elle avait enfin dix volumes français.
Mais un seul de ces dix, un écrit sur Moïse, se trouvait présent quand fut dressé le catalogue que nous analysons.
Tout cela formait incontestablement la plus belle collection de livres qu'on eût dans le monde occidental et septentrional en deçà des Alpes , et l'on ne saurait donner trop d'éloges au fondateur d'une bibliothèque aussi précieuse, aux nombreux donateurs qui l'enrichirent sans cesse par des générosité^ nouvelles. En effet, la plupart de ces volumes si curieux et si chers, de ces volumes de quarante à cent marcs , on les avait reçus par voie de dons et de legs.
Mais, envisagé sous le point de vue d'une science élevée, cela ne formait pas une bibliothèque suffisante pour les immortels besoins de l'intelligence humaine. Il n'y avait pas là d'ouvrages d'histoire, pas de livres de philosophie proprement dite, point de sources d'histoire naturelle, aucun traité de législation et de politique nationales. 11 y avait en
aboiKlanci'()elatlir^()l()},M(' laliiio, de ht philosophie romaine, de la poHtique grecque, de la morale polythéiRUî, de l'histoire ecclésiastique : il n'y avait pas l'instruction nécessaire, la science complète pour une éducation française.
Le nombre des volumes de la Sorbonne était de mil sept (!ent cinquante-neuf. On les a classés dans le catalogue manuscrit dressé de 1290 à 1338 en cinquante-neuf chapitres, dont le dernier intitulé : Libri in (ialHeo. Ce registre forme un fort volume in-folio. 11 est a la bibliothèque de l'Arsenal, coté 1583. Il ne porte aucun intitulé général et commence immédiatement par le mot Biblia. 11 n'indique jamais le foraiat , mais il indique d'habitude le prix et le donateur de l'ouvrage, ainsi que cette circonstance, s'il est à chaîne pour l'usage commun, ou dans une armoire.
A l'exception des dix ouvrages français et d'im autre , tous étaient en latin. Cet autre , enregistré p. 144, parmi les Oriyinalia mixta Sanctorum et PhUosophorum , est intitulé : Liber quidam in (jnvco vel arabico vel hebraïco, intitulé qui révèle l'état de la science. On ne distinguait pas les caractères de ces trois langues, et l'on attribuait tout naturellement le livre inconnu à un saint ou à un philosophe. Or, je l'ai dit, c'est l'absence de la vraie science, d'une science nationale, grave et forte, qui a jeté les gens d'Église dans la scolastique dont nous venons d'énumérer les œuvres. Elle a jeté les gens du nu)nde, dans cette littérature frivole et superstitieuse que nous allons trouver entre les mains des grands et des femmes du monde, au xtv* et au xv siècles, et dont la bibliothèque de madame la duchesse de Bourgogne est, je crois, l'expression la plus franche, si non la plus complète.