LES SEPT ARTS LIBÉRAUX
Ce document , un des plus anciens et des plus curieux do ce genre , se trouvait perdu , inaperçu du moins , ù la fin d'un volume manuscrit de la bibliothèque du Roi, ou M. Paulin Paris me le fit remarquer. 11 n'a que deux t'cuillels.
Le volume qui contient cette précieuse relique, petit in-folio, coté 7581 , est intitulé Expositio Sermonum anticorum.
C'est un recueil , non pas de sermons anciens , mais de
traités de grammaire et de rhét<jri(|ue , de traites sur le discours, d'après les théories des anciens. 11 est écrit tout entier de cette écriture courante , fine et belle , qui caractérise le x" siècle. Les deux feuillets qui s'y trouvent joints sont d'un caractère, d'un parchemin et d'un calligraphe différents; ils n'y tenaient pas dans l'origine. C'est par un heureux hasard que l'esprit conservateur d'un savant , ou la précipitation d'un ignorant , les y a rattachés. Cependant ils sont également ou de la fin du même siècle ou du commencement du xr.
Détachés comme ils le sont, ils ne disent pas de quelle collection ils off'rent le registre ; mais c'est sans nul doute une collection du nord ou du centre de la France. Peut-être les paléographes nous renseigneront-ils à cet égard d'après le fac-similé que je me propose d'en publier ailleurs. Ici , je donnerai d'abord la traduction de ces feuillets , en les expliquant ; j'y rattacherai ensuite quelques considérations générales sur l'état des lettres et des mœurs , objet spécial de ce volume. Voici les deux feuillets.
Cette cédule-ci contient la liste pure
Des livres de Wilelm, leur ordre et leur nature.
Ces deux lignes , pour ne pas dire ces deux vers , répondent à un distique latin qui forme l'intilulé du catalogue , et qui promet de faire coiinallK! quels sont ces livres , quel en est le nombre et en quel ordre ils sont rangés *.
1. Le premier est l'ouvrage de Donatus, qui contient ceux de Caton, d'Avianus, et le petit Priscien.
Les noms de Priscien et de Donatus , les deux grammairiens les plus
X Hoh; rntinet scedulu ^Vllo^nli noniina ceria Libroi uni , ijui siut et quoi simul ordine pundil.
célèbres, annoncent qu'il s'agit de la collection d'un littérateur, et qu'à cette époque on mettait à la tèle d'une bonne bibliothèque les deux grammairiens les plus illustres.
En effet, on suivait la classification des sept arts libéraux , dont le premier était la grammaire.
Avianus est un poète ou plutôt un versificateur qui a mis en vers élégiaques quarante-deux fables d'Ésope ; mais j'ignore s'il est question ici d'un ouvrage de poésie. Peut-être est-ce de quelque traité de grammaire qu'il s'agit. Il est vrai , toutefois , que la plupart des grammairiens de la décadence étaient aussi poètes , et qu'au besoin on avait pu relier un poème dans un volume de traités de grammaire. En général, cette première partie de la bibliothèque de Wilelm contenait beaucoup de poètes.
Caton d'Utique s'est occupe de questions de style et d'éloquence ; mais je présume qu'il s'agit ici du grammairien Valerius Gato, affranchi gaulois, dont les écrits sont maintenant perdus.
2. Le second [volume] contient l'ouvrage de Donatus et celui de Servius.
3. Le troisième contient l'ouvrage de Donatus, celui de Servius et un glossaire.
4. Le quatrième contient le grand ouvrage de Donatus avec le Barbarisme.
Nous avons de Donatus, qui fut le professeur de saint Jérôme, trois ouvrages : Le Premier Art (le petit), qui traite des lettres, des syllabes , des piods et des tons ; le Second Art (le grand), qui traite des huit parties du discours ; et le Traité du Barbarisme , du Solécisme, des Figures et dei Tropes.
5. Encore un autre grand Donatus avec le Barbarisme et l'ouvrage de Remigius.
6. 11 y a, de plus, un troisième Donatus avec le Barbarisme , et un commentaire sur les petites parties (lettres, syllabes, etc.), avec Touvrage de Persius et celui d'Homère.
On est tenlè de croire qu'il s'agit des satires de Perse cl des épopées d'Homère, et cela avec d'autant plus de raison qu'il va être question ciapres de Térence et de Virgile*
A lu vt-nii;, «riif inciiiicre partie de lit bibliollit;ijii<- |iaiiiit m- < tjiii|njser cssentiellcmenl de livres de grammaire, et il pourrait élre quesliun aussi dans ce catalogue de quelque traité de Persius Toraleur , que Cicéron appelait le plus savant homme de son temps { De Oral. , II, G) et de quelque imitation latine d'Homère comme il s'en fit à Rome. Toutefois nous allons rencontrer tout à l'heure, avant d'arriver à la rhétorique , des ouvrages de théologie et de philosophie , et il n'est pas impossible que Perse le poêle ou un texte original d'Homère se soient trouvés dans la bibliothèque de Wilelm.
T. Après ceux-là suit le commentaire sur la voix (vocis), la lettre, la syllabe, les pieds, les accents , les parties majeures et les énigmes (difficultés) du Barbarisme.
8. 11 y a aussi T ouvrage [ou un livre] de Caton, celui de Priscien sur la Formation, celui du grammairien Phocas (Focce), celui de Persius, celui de Prudentius sur la Sichomachie [Psycbomachie], et celui d'Avianus.
Phocas était un grammairien de Constantinople, antérieur à Priscien et à Cassiodore, qui le citent. Il a écrit en latin.
y. Puis il se trouve un autre livre de Phocas, avec l'exposition d'Augustin sur les Catégories.
L'on attribue à saint Augustin , outre les Catégories, qui sont de lui , un assez grand nombre de traités de grammaire, de rhétorique et de philosophie, dont il n'est pas l'auteur.
10. Il y a aussi un troisième ouvrage de Caton, avec les déclinaisons, les parties et la guerre aux sottes questions.
Le texte dit : stultaritm prepul.HunL nin-^mninin. Je m- lunn.ic? \<a:> atraité de Galon le grammairien.
1 1 . Suivent deux livres de Bède sur l'art métrique.