LOUIS XIII AU DUC DE MANTOUE
[Original '. — Bibliothèque impériale de Vienne.]
[Paris] , 8 mars IGJT.
Mon cousin ,
J'ay esté très aise d'apprendre, par vostre lettre du neuvième du mois passé, l'heureux accomplissement de vostre mariage avec ma cousine la princesse Catherine.
.le vous expédie la présente pour vous tesmoiguer que je participe au contentement que vous eu avés , vous asseurant [que] je seray tousiours très aise de vous faire cognoistre, aux occasions qui se présenteront, l'amitié et la bienveillance que je vous porte.
Sur quoy je ne vous la ferai plus longue; priant Dieu, mon cousin, qu'il vous tiene en sa saincte garde.
Escrit à Paris , ce huitième iour de mars 1617.
Louis.
UE Richelieu, « Mon cousin le duc de Manloue. »
' 11 n'y a pas d'alinéa.
lŒMARQUES SUR CETTE LETTRE.
La princesse Catherine, que Louis XIII appelle sa cousine, avait droit à cette qualification. Elle était sa parente par Catherine de Médicis.
La signature de Richelieu , qui était son secrétaire d'État de la guerre et des affaires étrangères depuis un an , uiontre qu'il ne s'agit pas tout à fait d'une affaire d'étiquette.
On dirait d'ailleurs que le rédacteur de Louis XIII avait consulté , non-seulement les derniers précédents , ce qui est hors de doute, mais un des plus anciens, la lettre de Louis XI. C'est, en effet, dans les mêmes termes, à peu près, qu'au bout de cent soixante ans le roi de France régnant assure de sa bienveillance le duc régnant de Mantoue. « Je seray tousiours très aise de vous faire cognoistre, aux occasions qui se présenteront , l'amitié et la bienveillance que je vous porte. >»
Ces paroles sont toutefois moins caressantes que celles de Louis XI. C'est que la civilisation a marché; c'est que le hingage est devenu plus simple et moins cérémonieux ; c'est qu'on n'a plus guère l>esoin , en France , d'un duc de Man toue ; c'est enfin que ce sont deux rois qui signent.
Ils ne sont encore que rois futurs; mais quand ils le selont tout à fait , leur règne ne se bornera pas à changer l'étiquette de leur chancellerie ; ils changeront beaucoup d'autres choses en France et J^eaucoup d'autres choses en Europe. Dans un document que nous allons donner, qui est postt';rieur de six ans seulement et qui se rapporte encore à un mariage , on aperçoit déjà l'ascendant qu'ils ont obtenu ou (ju'ils prétendent obtenir partout, jus(|ues en Angleterre ot jusque dans la question la plus délicate que connaisse rÉghse anglicane.