‹ Lettres et pièces rares ou inédites publiées et accompagnées d'introductions et de notesChapitre 65 sur 137 · MÉNAGE A NUBLÉ · texte numérisé non relu

MÉNAGE A NUBLÉ

[Aulogra|)hc. — Bibliothèque impériale de Vienne. Papiers Huhendorf, t. I, fol. 135,leltre 152.]

Paris [1645 ou 1646].

Monsieur,

La Requeste des Dictionnaires court par Paris * depuis quelques jours. Girault me fait des serments horribles qu'il n'en a point donné de copie. D'un autre costé je suis plus assuré de vostre fidélité que de la mienne propre. Mais, quoique il en soit, la pièce est publique. Cela me fait plus de tort et m'attriste plus que je ne saurais vous dire. L'humeur où je suis ne me permet [pas] de vous escrire davantage.

C'est, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

MÉiNAGE.

«A Monsieur Nublé, à Grenoble. » [sans date.]

REMARQUES SUR CETTE LETTRE

Ménage dit vrai quand il parle des craintes qu'il éprouve ; mais il n'est pas sincère quand il veut donner le change sur la joie qu'il ressent de son succès. Il aurait voulu ce succès sans les tribulations dont il fut suivi; et bientôt il se fit illusion à ce sujet. Dans une lettre un peu postérieure, qui se trouve dans les mêmes papiers , mais que nous ne publierons pas , il raconte combien cette affaire a fâché l'Académie. Chacun y a vu, dit-il, une satire personnelle. Puis il ajoute : Enfin on s'est raccommodé.

Mais en ceci Ménage se flattait; c'était là de l'optimisme de la part de l'agresseur. Les académiciens ne furent pas de son avis, et il paraît que Ménage ne tarda pas à s'en apercevoir. Du moins reprit-il bien toutes ses craintes. Une lettre écrite la même année , et peu de temps après la pré cédente , le montre de nouveau partagé entre la peur d'être connu et celle de ne l'être pas.

Voici ce curieux document.

Page 1