LETTRE XVII
Je l'ai rappelé précédemment (V. lettre xm); un des plus grands hommes d'État d'Angleterre a dit : u Si nous étions justes un seul jour, nous <t n'aurions pas un an à vivre ! ! »
Cette pensée est atrôcè ; mais elie est vraie.
Dans cette douzaine de mots, Pitt a révélé toute la politique de sa nation. Elle n'en a pas d'autre ; elle ne peut pas en avoir d'autre , sous peine de mort...
L'Angleterre est en embuscade contre toutes les puissances de la terre. Elle les guette, elle les épie, comme un voleur de grands chemins, et elle les assassine quand leur butin lui semble bon à prendre.
Nous avons détruit les forbans et les corsaires de l'Algérie qui n'étaient ni aussi dangereux, ni aussi immoraux que les Anglais»
Si rAngletcrre était juste, elle ne pourrait pas vivre : d'où la conséquence effroyable qu'elle peut faire ce qu'elle veut et quand elle le veut. Il n'y a ni mesure, ni moralité, ni droit, ni justice qui l'embarrassent. Son principe est de n'en avoir aucun ; ses intérêts deviennent son seul guide. Un blocus lui convient-il? elle le fait. — Un embargo lui plaît-il ? elle l'exécute. — Un commerce maritime lui déplaît-il? elle capture et garde les cargaisons. — Une colonie est-elle à sa convenance ? elle s'en empare. — Une marine quelconque lui porte-t-elle ombrage? elle la détruit. — N'a-t-elle même que des inquiétudes ou des soupçons sur d'humbles vaisseaux marchands? elle les visite, elle les dépouille, elle les insulte. — Un peuple prospère- t-il? elle le lance eu révolution. — Un autre met-il en fuite ses démagogues inccntjLiaires, elle donne asile à tous les proscrits pour dire, avec Ganning : «c Je tiens <( dans mes mains la paix ou la guerre avec le <( monde ! »
En faisant tout ce qu'elle veut, l'Angleterre, avec l'or dont elle dispose , agite les continents par ses coalitions, domine les mers par sa puissance de destruction, et ne permet à l'élément colonial d'essor étranger que celui qui , loin de l'offenser, s'humilie sous ses lois. — L'Angle-
terre raccourcit les étrangers à la mesure qui lui convient; c'est le Procuste des raers.
Cependant les nations ont fait des traites, voire même de saintes alliances pour lesquelles je professe un profond mépris ; car elles n'ont sauvé ni un souverain, ni un principe. — Elles ont établi une balance. Que signifie tout cela au regard de l'Angleterre ?
Que signifient, je le demande , ces traités qui n'obligent pas , ces balances qui ne pondèrent rien? Comment se fait-il que les puissances de l'Europe aient laissé prendre à l'Angleterre un ascendant sans limite?...
Je l'ai déjà dit , les nations ont leurs lois comme les individus. Il n'est pas plus permis à une nation d'être injuste qu'à une société particulière de l'être vis-à-vis de l'un de ses membres. Cesser d'être juste, c'est cesser de vivre comme homme social; c'est tomber dans la barbarie, le droit du plus fort qui n'est que la sauvagerie en principe.
Un roi disait « que la justice fût-elle bannie « de la terre , elle se retrouverait dans le cœur « du roi de France ! » tant ce sentiment est profond parmi nous.
Il n'y a pas de limites aux excès là où la justice ne règne pas.
Comment ! on punira daws V.o\\Ve.^ Vs» %^^x^^'5*
la moindre atteinte portée aux lois de ces sociétés, et il n'y aurait pas de moyen pour châtier l'attentat coupable d'une nation envers une autre nation? Gela ne saurait être admis sans bouleverser toutes les idées.
Il est donc de droit naturel, il est de toute justice qu'un peuple sOit ramené aux principes constitutifs de l'existence de toutes les sociétés. Il doit y être ramené par deux voies , celle de la conciliation d'abord; et, s'il résiste, par celle de la contrainte.
De conciliation, l'Angleterre parait peu s'en soucier. De contrainte , elle la brave. Quand on parle, comme elle, le langage presque officiel que nous avons rapporté, il faut d'attendre à la lutte et à une lutte terrible. C'est Un malheur; mais il la faut ! Dussions-nous succomber encore une fois, nous ne pouvons pas, ne serait-ce que par dignité, souffrir une humiliation qui atteint en même temps nos intérêts les plus graves.
Nous devons forcer l'Angleterre à être jxtste, ou brûler avec elle jusques à notre dernière cartouche!... Mais nous vaincrons, patce que le Dieu d^ armées, qui est aussi le Dieu de justice, combattra avec nous!...
LETTRE XVin
Première objection : Les puissances s'opposeront à rimmolation de TAugleterre.
Deuxième objection : Les puissances restassent-elles neutres ,' l'Angleterre serait, à elle seule , invincible par sa marine et sa position topographique. Toutes les descentes tentées chez ce peuple ont échoué.
Troisième objection : L'Europe ne tient pas à changer la tyrannie des mers. Autant vaut, pour elle, l'Angleterre que la France.
Quatrième objection : La liberté défend d'attaquer la liberté d'autrui.
Je vais répondre à ces objections dans l'ordre où je les ai posées.
Nous assistons à une époque de transformation dont chaque peuple de l'Europe commence a ressentir les vives influences. Le mouvement s'en opère du centre à la circonférence, de la France à l'Univers.
Le droit commun se lève; l'ordre et la liberté, dans un sublime concours, marchent à toutes les conquêtes. Ils ne s'arrêteront qu'assis sur une base éternelle.
En s'agitant dans leurs sphères respectives, après des siècles d'expériences , les nations ont reconnu les avantages et les vices de ce qu'on appelle les traités existants, les alliances, la balance européenne. Quel traité invoquerait-on aujourd'hui qui n'aurait point été altéré, déchiré , méconnu en totalité ou en partie? La pierre angulaire de l'édifice européen était placée dans les traités de Westphalie. Eh bien , que sont-ils devenus, surtout depuis les traités de i8i5?... L'Europe vit de son passé tant bien que mal ; mais elle est inquiète, agitée, brûlante. Des nationalités éteintes veulent renaître à la vie des peuples ; d'autres veulent une indépendance plus grande, d'autres encore aspirent à des agranâissemtïiis ou réclament \iwe ^otvdé-
ration plus juste; et il y a malaise, souffrances, injustices à réparer, satisfactions à rendre. La vieille Europe, en un mot, a fait son temps pour bciiucoup de choses; et la civilisation moderne aspire à se débarrasser de son vieux linceul.
L'Italie le veut, l'Autriche le veut, la Russie le veut, la Pologne le veuty la Prusse le veut, la France le veut ;
L'Angleterre, seule, ne le veut pas!
L'Angleterre ne le veut pas, parce que la balance aux plateaux inégaux faite en 1815 est son œuvre; parce qu'elle a placé la division, la contradiction partout ; parce qu'elle n'a élevé d'un côté que pour abaisser de l'autre et créer un antagonisme qui use, sur place, l'énergie des peuples et leur fait oublier dans des intrigues de cabinet les grandes questions de l'avenir; — parce que l'Angleterre est partout, pèse sur tout, corrompt tout, neutralise tout.
L'Europe le sait, elle en souffre, elle en est fatiguée.
L'Europe s'assombrit... Il ne faut qu'un éclair pour annoncer la foudre , et vous êtes cet éclair.
L'Europe n'empêchera pas de forcer, encore une fois, l'Angleterre à être juste. Elle le voudra... Elle le veut déjà. C'est son plus grand intérêt.
Vous savez, prince, ce qyiow «lXxo^n^^^^^
les cartons des affaires étrangères en i830. La France devait porter ses frontières aux limites mérovingiennes. Cela devait avoir lieu quand éclata cette révolution misérable, faite au profit d'un homme anglais par le cœur, et qui a retardé, pour plaire aux Anglais devant lesquels il n'a cessé d'être k genoux pendant dix-huit ans, l'heure de notre émancipation.
L'Angleterre est redoutable; mais elle n'est pas invincible.
L'Angleterre a une marine supérieure à celle des deux plus grandes puissances de l'Europe; elle n'est pas invincible.
L'Angleterre commande à plus de 150 millions d'hommes, elle est la plus haute expression de la force brutale; elle n'est pas invincible.
Si l'Angleterre a un immense développement de forces maritimes, elle a aussi d'innombrables ports à surveiller. Ses forces sont divisées comme ses colonies; c'est une cause d'affaiblissement pour ses escadres qu'elle n'aura jamais toutes sur un point : cela serait impossible. Il n'y a jamais eu de flottes de quatre cents voiles portant canons, combattant dans le même mojsent, sur le même point -, comme \l u'7 ^ \«mdi«
eu , sauf dans les temps barbares , d'armée terrestre de deux millions d'hommes en face de deux autres millions d'hommes. Il y a un nombre au-dessus duquel règne la confusion, le désordre; la puissance de l'homme, ici comme partout, a ses limites qu'on ne saurait dépasser sans danger. — Les plus fortes escadres n'ont jamais excédé cent vaisseaux , comme les plus grandes armées de terre n'ont jamais excédé cinq cent mille hommes. Ce n'est pas le nombre ajouté au nombre qui faisait vaincre Turenne; ce n'est pas le nombre qui a donné la victoire à Bonaparte sur Wurmser, Mêlas et Beaulieu ; comme ce n'est pas le nombre qui a donné la victoire aux Anglais à Trafalgar et Aboukir, ni le nombre qui nous a donné sur eux l'avantage dans de nombreuses rencontres.
Cent vaisseaux de ligne, dans un moment donné et sur un point déterminé, se feront jour, quand ils seront maîtres de l'heure; — cent vaisseaux de ligne partiront, arriveront, se battront et débarqueront; — cent vaisseaux de ligne vaincront ! Si un plus grand nombre est nécessaire, la France les aura, les trouvera; elle en aura à opposer à sa rivale, dans le moment et à l'heure dite, autant que celle-ci pourra en mettre en ligne : c'est un point certain. Et ces cent vaisseaux, montés par des fiowTnes à'efn\\iaTYa^,\sska^
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trcront ce qu'ils sont à leurs orgueilleux rivaux. . . ■— Mais cent vaisseaux de haut bord sont loin d'être nécessaires.
Il s'agit, pour nous, pour le succès, non d'une bataille navale succédant à une bataille navale , mais d'un départ et d'une arrivée, — d'un parcours de quelques heures, avec des accidents faciles à prévoir. Je n'ai certes pas la prétention de donner des leçons à nos habiles marins et de leur apprendre ce qu'ils auront à faire et ce qu'ils savent mieux que moi. Je n'entends faire ressortir que cette donnée générale , que l'agression ennemie (en supposant qu'il lui soit donné l'occasion d'éclater avant tout débarquement) , n'ayant sur le point choisi par nous qu'un développement possible et limité, trouvera, pour lui résister, des moyens au moins égaux à l'attaque. — Celui qui attaque choisit; celui qu'on attaque doute, hésite; le premier est maître de tous ses moyens , le second subit souvent l'effet des calculs de son adversaire : c'est le soleil et la poussière, à Pharsale, dans les yeux des soldats de Pompée.
Telle sera la position de la France en face de l'Angleterre, pourvu que le débat se circonscrive entre ces deux puissances. Ce sera le combat corps à corps , le combat où le soldat français n'a jamais été vaincu par l'anglais ni par d'au-
trcs. Disposez tout, prince, pour ce grand duel. Je n'ai pas besoin de redire que l'Europe vous sera sympathique, et que la Russie, à elle seule, commandant la neutralité , parce qu'elle a ses intérêts d'Orient qui doivent triompher avec . vous, vous n'aurez pour témoin que le Dieu des batailles et pour gages de succès que la poitrine de vos soldats qui n'attendent qu'un signal pour lâcher leur colère, condensée par tant de siècles d'humiliation...
Je ne raisonne que dans le sens des moyens ordinaires, des moyens connus jusqu'au commencement de notre siècle. Je ne veux pas même quitter cette thèse pour répondre à l'argument tire des tentatives infructueuses qui ont eu lieu jusqu'à ce jour.
Sauf les apprêts du camp de Boulogne , en 1804, il n'y a jamais eu, de la part de la France, de tentative sérieuse de descente en Angleterre; il n'y a eu que des diversions , sous Louis XIV comme sous Louis XV.
Le directoire est le premier qui , sous l'influence de Bonaparte qui avait devancé ses contemporains dans l'intelligence du génie anglais, ait fait d'immenses préparatifs contre l'Angleterre. Cent mille hommes avaient été rassemblés sur les côtes; 80 millions aviiiewV. ^.Vîi. vixsc-
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prunti^s: noU>f mariDe se relevait et devenait prestiue aussi formidable que sous Louis XVI.^ On ne pouvait plus compter sur l'assistance de la flotte de TEspagne , à moitié détruite au cap Saint-Vincent ^ ni sur celle de la Hollande, détruite à Camperduyn. 11 fallait donc se relever et marcher seuls contre rAngletcrre...
Ici se placent deux pensées d'envahissement : Tune directe, consistant, comme nous venons de le dire , à marcher droit vers le royaume-uni pour y descendre et le soumettre ; — l'autre, indirecte, et révélée par ce passage d'une lettre écrite de Milan par fionaparte à Tallcyrand, le 16 août 1797 : «i Les temps ne sont pas éloignés K où nous sentirons que, pour détruire véritau blemcnt rAnglcterrc , il faut nous emparer «c de rÉgypte. L'empire ottoman croule tous les «^ jours. La possession des îles Ioniennes nous «r mettra à même d'en prendre notre part. »
La voie indirecte de Bonaparte n'a pas réussi; la voie directe devait être reprise par Bonaparte lui-même en 1804. — On se souvient du camp de Boulogne et de ses formidables apprêts; on se souvient de la terreur de l'Angleterre par ce dévelop|)emcnt de flottilles que les vaisseaux de haut bord anglais venaient attaquer toujours avec perle, je devrais dire avec honte ; car l'épouvûûlc de ces loups de mer, comme ils s'appellent, 1
fut telle , et la défaillance de leur confiance si grande, qu'ils ne jugèrent rien de plus favorable que de former, avec leur or, une nouvelle coalition de l'Europe qui devait détourner les préparatifs de Boulogne de leur but.
Il n'est donc pas jugé qu'avec de tels moyens une descente ne puisse pas s'opérer en Angleterre. La conduite de l'Angleterre semble avoir prouvé le contraire. — Je reviens donc toujours à ma pensée : soyons seuls avec elle, et en avant !
Mais nous n'en sommes plus là aujourd'hui.
Le chemin est fait y comme on l'a dit, pour arriver sans trop d'encombre au sein du royaumeuni. La vapeur, à laquelle Bonaparte n'a pas cru. Ta tracé. Les orages et les tempêtes ne sont plus à craindre. Ce ne sont plus des jours qu'il faut compter, mais des instants. £t nos armées, le sac au dos, peuvent, en apprêtant leurs armes, dire : u A Londres ! » comme leurs aines disaient : « A Vienne, à Berlin ! ! j»
Je le répète, ce n'est point le nombre que nous avons jamais eu à craindre , mais les tempêtes. La question dégagée de cette grave complication, il ne restera plus que le nombre. £li bien! au nombre nous opposerons le nombre,
— au courage le courage, — à la ruse le génie ,
— au patriotisme anglais les mâles accents d^Vs^ liberté... £t ils auront élé\..«
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pruntés; notre marine se relevait et devenait presque aussi formidable que sous Louis XVI.— On ne pouvait plus compter sur l'assistance de la flotte de l'Espagne , k moitié détruite au cap Saint- Vincent, ni sur celle de la Hollande, détruite à Camperduyn. 11 fallait donc se relever et marcher seuls contre l'Angleterre...
Ici se placent deux pensées d'envahissement : Tune directe, consistant, comme nous venons de le dire, à marcher droit vers Iç royaume-uni pour y descendre et le soumettre ; — l'autre, indirecte, et révélée par ce passage d'une lettre écrite de Milan par Bonaparte à Tallcyrand, le 16 août 1797 : » Les temps ne sont pas éloignés tt où nous sentirons que , pour détruire vérlta- » blement l'Angleterre , il faut nous emparer «c de rÉgyple. L'empire ottoman croule tous les u jours. La possession des îles Ioniennes nous «r mettra à même d'en prendre notre part. »
La voie indirecte de Bonaparte n'a pas réussi ; la voie directe devait être reprise par Bonaparte lui-même en 1804. — On se souvient du camp de Boulogne et de ses formidables apprêts ; on se souvient de la terreur de l'Angleterre par ce développement de flottilles que les vaisseaux de haut bord anglais venaient attaquer toujours avec perte, je devrais dire avec honte; car l'épouvante de ces loups de mer, comme ils s'appellent,
fut telle , et la défaillance de leur confiance si grande, qu'ils ne jugèrent rien de plus favorable que de former, avec leur or, une nouvelle coalition de l'Europe qui devait détourner les préparatifs de Boulogne de leur but.
Il n'est donc pas jugé qu'avec de tels moyens une descente ne puisse pas s'opérer en Angleterre. La conduite de l'Angleterre semble avoir prouvé le contraire. — Je reviens donc toujours à ma pensée : soyons seuls avec elle, et en avant !
Mais nous n'en sommes plus là aujourd'hui.
Le chemin est fait y comme on l'a dit, pour arriver sans trop d'encombre au sein du royaumeuni. La vapeur, à laquelle Bonaparte n'a pas cru, l'a tracé. Les orages et les tempêtes ne sont plus à craindre. Ce ne sont plus des jours qu'il faut compter, mais des instants. £t nos armées, le sac au dos, peuvent, en apprêtant leurs armes, dire : u A Londres ! » comme leurs aines disaient : « A Vienne, à Berlin ! ! j»
Je le répète , ce n'est point le nombre que nous avons jamais eu à craindre , mais les tempêtes. La question dégagée de celte grave complication, il ne restera plus que le nombre. Eh bien! au nombre nous opposerons le nombre,
— au courage le courage, — à la ruse le génie ,
— au patriotisme anglais les mâles accents de la liberté. •• Et ils auront étéU.«
Aux temps où nous vivons , les peuples ne se détruisent plus, ils se transforment.
Il ne peut pas entrer dans la pensée d'un chrétien d'exterminer un peuple vaincu. On le châtie : cela suffit. Quand la Turquie opprimait la Grèce et que, cédant (la France du moins) h un profond sentiment d'humanité , en face des Hellènes, nous avons hrûlé à Navarin une partie de la flotte ennemie , le sang a cessé de couler quand la résistance s'est éteinte.
Vaincre l'Angleterre , sous un autre point de vue , n'est pas substituer une tyrannie à la tyrannie vaincue , c'est mettre le droit à la place de la force brutale.
La France n'entend pas devenir Angleterre ; elle a un assez beau titre pour le conserver. — » Elle veut moins encore exclusivement dominer sur les 150 millions de populations soumises à ses lois. Elle ne veut pas, comme l'Angleterre le demandait pour la France en 1815, effacer sou nom de la carte d'Europe; elle ne veut pas mcendier ses ports, ses arsenaux, ses flottes et saisir ses marchandises.,. Elle veut l'empêcher de nuire ; elle veut fonder chez elle le droit commun des nations, le droit des gens maritime; elle veut détruire dans sa racine sa politique
aussi injuste que barbare ; elle veut, en un mot, faire marcher d'un grand pas la civilisation. Voilà ce que veut la France, et l'Europe avec elle; voilà ce que veulent les intérêts internationaux; voilà ce que veut l'humanité !
La France, tyran des peuples! — jamais, jamais! ! Elle a, pour répondre à une telle calomnie, des certificats solennels qui, j'espère, datent de quelques siècles. La France n'a jamais combattu que pour la liberté. Mettre en doute ce sentiment national, serait nous insulter en mentant à toutes les traditions de notre histoire.
Si la liberté défend d'attaquer la liberté d'au- Irui, c'est à la condition que celle-ci ne violera pasles lois de Dieu envers les autres. Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit : cette vérité morale et religieuse vivra autant que le monde.
Vous êtes le premier, prince, j'en suis sûr, à admettre en principe qu'il est défendu à une nation de se mêler des querelles intérieures d'une autre nation. Que .celle-ci se dispute sur des formes, sur des droits agrandis ou diminués, cela la regarde et ne regarde qu'elle. Mais que son principe de gouvememcnl exeTc.^ «v« ^^%N^\i\as»
une fatale influence, c'est autre chose. Alors c'est le voisin qu'on attaque, c'est le voisin qu'on offense , et c'est à ce voisin qu'il appartient de se défendre, de se faire respecter, et d'imposer au peuple insulteur un frein, des limites qui mettent obstacle à ses caprices comme à ses mauvais desseins.
Tel est le rôle de la France envers l'Angleterre.
L'Angleterre, quoi qu'on en ait dit, ne jouit que des semblants de la liberté.
L'Angleterre est le pays des privilèges et des monopoles.
L'Angleterre est aristocratique par les whigs comme par les tory s. Elle méprise tout ce qui ne lui ressemble pas ; elle se moque de ceux qui l'imitent... — Le plus grand malheur de la France , depuis soixante ans , est d'avoir copié certaines formes de ce peuple , auquel nous ne ressemblons pas plus que la nuit au jour.
L'Angleterre est féodale ; le joug de ses trente . mille propriétaires terriens pèse encore sur 27 millions de regnicoles, sur 125 millions de colons.
L'Angleterre est protestant^ ; ou, comme l'on dit, le protestantisme est la religion de VÈtat ; ce qui veut dire la religion de l'inégalité, du despotisme des castes, la religion qui fait ou qui
inspire les révolutioDs. C'est à cette cause que l'Europe doit le spectacle déplorable que lui donne l'Angleterre dans l'oppression de l'Irlande, qui n'a plus d'O'Conncl pour lui dire d'espérer. . .
L'Angleterre est encore sous le joug de ses seigneurs et de ses hauts barons. Le gouvernement habile de ces derniers feudataires a surexcité l'activité de la nation et lui a fait oublier jusqu'aux idées morales dans les agitations et les spéculations mercantiles de l'univers.
L'Angleterre est le pays de la corruption par excellence. Comme l'or y est abondant et concentré dans quelques mains , c'est avec cet or qu'on paye les suffrages ; c'est avec cet or qu'on paye le fer et le plomb lancés par les coalitions contre nous. L'Anglais paye bien et il est bien servi ; 182 millions de populations ont 50 mille oligarques pour maîtres ; il reste, pour les servir, 150 millions d'esclaves : voilà la liberté anglaise qu'on vante tant.
Donc, en châtiant l'Angleterre, la France, sous un autre point de vue, n'offense point la liberté; elle lui donne au contraire l'essor qu'elle doit avoir chez toutes les nations aux temps où nous sommes. En châtiant l'Angleterre, nous détruisons la dernière et la plus redoutable des barbaries civilisées de l'Europe.