‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 212 sur 263 · A M. DE CADLAINCOURT, DUC DE VICENCE · texte numérisé non relu

A M. DE CADLAINCOURT, DUC DE VICENCE

Paris, 19 janvier 1814.

M. La Besnardière a dû vous faire connaître mes intentions relativement à un armistice.

Je reçois votre lettre du 17. Quelle que soit l'importance des circonstances qui me retiendraient à Paris, je vais partir pour me rendre à Châlons. Je pense que si, le 20, vous n'aviez pas encore reçu la lettre de M. de Metternich, c'est-à-dire douze jours après l'arrivée de sa réponse, et probablement huit jours après l'arrivée de lord Castlereagh, il y a bien peu de choses à espérer; vous serez alors le maître de venir me rejoindre.

La conduite du duc de Bellune est affreuse. J'y envoie le prince de Neuchàtel. Le duc de Bellune pouvait, sans aucune difficulté, tenir sur la Meurthe.

Il paraît que le roi de Naples a à peu près conclu son traité. C'est le général autrichien Neipperg qui en a été le négociateur, ainsi qu'un colonel anglais avec qui le roi a traité sans qu'il eût de pouvoir et même sans qu'il l'eût reconnu comme roi. Ces messieurs, comme il arrive en pareilles circonstances, voyant l'élan de joie et l'influence que leur présence occasionnait dans l'opinion de Naples, feraient au roi des conditions très hautes, contre lesquelles il paraissait encore se débattre.

Je crois que la clause qui pourrait intéresser l'Autriche pour les conditions de l'armistice, serait la cession de Palmanova et de Venise, puisqu'il parait que sou projet est de garder l'Adige.

(1) AViv 90C.

«INISTRB DB LA POLICE GÉNÉRALB (1).

Parif. 21 janvier 1814.

Faites partir cette nait (da 21 au 22), et avant cinq heures du matin, le Pape, pour se rendre à Savone. Il aura dans sa voiture Tévêque d^Édesse. L*adjudant du palais le mènera à Savone. Une autre voiture transportera les domestiques, en ayant soin de la tenir à une distance suffisante pour que le voyage soit déguisé. Les voitures passeront le Rhône au Pont-Saint-Esprit et se dirigeront sur Savone par Nice, sous prétexte d^éviter les montagnes. L*adjudant du palais dira qu*il le mène à Rome, où il a ordre de le faire arriver comme une bombe. Arrivé à Savone, le Pape y sera traité comme précédemment.

Concertez-vons avec le ministre des cultes aujourd'hui, pour me faire connaître Tétat des cardinaux et où il est nécessaire de placer chacun d'eux. Je suppose qu'ils pourraient être envoyés dans la Provence, dans la rivière de Gènes et du côté de Montpellier et de Nîmes. Aussitôt que j'aurai arrêté la liste, vous prendrez des mesures pour qu'ils partent dans la nuit du 22 au 23, tous accompagnés d'officiers de gendarmerie, de manière que Fontainebleau et les environs de Paris soient libres de tous ces ecclésiastiques. Il sera bon que l'un ne sache pas où se rend l'autre, et que vous les fassiez passer par des routes différentes.

1129. —AU RARON DE LA ROUILLERIE,

Paris. 24 janvier 1814.

A compter du 1" janvier, vous ferez payer à l'impératrice la cassette de 10,000 francs par mois qu'il est d'usage de lui payer pendant que je suis absent.

(1) AFiv 906.

(5) Ihid.

Brienne. 81 j«DTier 1814.

Le sénateur Pontécoulant rêve des chimères. Aux maux réels se mêlent toujours des maux imaginaires, et c'est un grand malheur que la manie de se mêler des affaires militaires quand on n*f entend rien. Blûcher, au lieu de s'amuser sur la Meuse, est ici, comme vous Tavez vu par ma relation.

Brienne» I» fëvrier 1814.

Je ne sais pas comment les princes d'Espagne ont quitté leur position sans un passeport signé de moi. Donnez-moi une explication là-dessus. Est-ce qu'il y a eu un passeport autorisé par la régente?

Troyei, 3 (ivrier 1814.

Il est impossible de rédiger les journaux avec plus de maladresse qu'on ne fait. Si c'est pour rendre la France ridicule, on y réussit parfaitement. Après des phrases pompeuses, on dit qu'on est armé de fusils de chasse, on dit qu'on a de bons fusils, qu'on vient d'avoir 100 hommes, etc. Tout cela est pitoyable et fait un mal affreux. Lorsqu^on n'a à nombrer que 100 hommes, pourquoi s^aviser de nombrer? Pourquoi dire qu'on a des fusils, quand personne n'en doute? Qu'on a des fusils de chasse, qnand il n'en est pas question? Pourquoi apprendre qu'on attache de l'importance à

(i) AFiv 906.

3iS LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON I«. ^ 1814.

CCS fusils? Il faut vous occuper un peu de cette partie si importante de votre ministère. L*extrait de la correspondance ou bulletin ne peut pas être imprimé. Il faudrait avoir quelqu*un qui comprit bien l'importance de ce quHl faut dire ou ne pas dire.

ARCH1CHANCELIBR DE l'bMPIRB (1).

Troyei. 6 fétrier 1814.

J'ai reçu votre lettre du 4. Monge a perdu la tête depuis le commencement jusques à la Gn de sa mission. C'est un homme qui a la tête trop chaude pour être chargé de quelques affaires.

LmCTENANT GÉNÉRAL DE L'EMPBREUR A PARIS (2).

Nogent-inr-Seine, 7 février 1814.

Je ne vous donne pas d'ordre pour La Bouillcrie ; je ne crois pas que cela soit nécessaire. Toutefois, il faut, en six heures de temps, charger tout ce qu'il y a sur quinze voitures et avec des chevaux que fourniront mes écuries, pour le transporter d'abord à Rambouillet. Mais je ne pense pas que les choses en soient encore là. Je ne crains point l'ennemi ; je suis plein d'espérance dans l'événement. Tenez ferme aux barrières de Paris; faites placer deux pièces de canon aux différentes barrières; que la garde nationale, qui a des fusils de chasse, y ait des postes ; surtout faites en sorte que le ministre de la guerre envoie des fusils à Montereau et à Meaux.

Il doit y avoir à chaque barrière 50 hommes armés de fusils d'ordonnance, 100 armés de fusils de chasse et 100 armés de piques : ce qui fait 250 hommes à chaque barrière. Vous devez former tous les jours une réserve de 4 à 500 hommes armés de fusils d'ordonnance, du double de fusils de chasse et d'un tiers de piques : ce qui fera une réserve de 2,000 hommes, pour se porter partout où il serait nécessaire, avec des batteries attelées de la garde ou de l'École polytechnique.

(1) AFiv 906.

(2) Baron Du Gassi, Supplément à la Correxpondance,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE l'eMPEREUR A PARIS (1).

Nogent^snr-Seioe. 7 février I8I4, à cinq heures du loir.

Faites mettre dans le Maniieur de demain que, le 5, le duc de Viceuce a donné à dîner au lord Castlereagh, ministre des affaires étrangères d'Angleterre, au lord Cathcart, au lord Aberdeen, plénipotentiaires au. congrès pour TAngleterre, au comte de Stadion, plénipotentiaire pour rAutriche, au comte Rasumovsky, plénipotentiaire pour la Russie, et au baron de Humboldt, plénipotentiaire pour la Prusse, et que les négociations paraissent marcher avec activité. Cet article ne sera pas mis au Moniteur pour Tarticle de Paris» mais sous la rubrique de Chàtillon-sur-Seine.

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