AU ROI JEROME
Parii, 5 juin 1815.
J'ai reçu votre lettre. Je ne puis pas consentir à ce que vous paraissiez à l'armée française entouré d'Allemands. De tous ceux qui sont avec vous, vous n'en pourrez conserver qu'un, qui sera votre écuyer. Je leur donnerai des grades et des traitements en France : envoyez au ministre de la guerre leurs états de service. Vous aurez un maréchal de camp pour premier aide de camp, et deux chefs de bataillon et quatre capitaines pour aides de camp ; vous n'avez pas besoin d'officiers d'ordonnance.
1223. — AU COMTE CARXOT.
MINISTRE DE l'iXTÉRIEUR (2).
Parif, 11 jnin 1815.
Les préfets ne doivent jamais se laisser enfermer dans les places» excepté dans celles de Lille, Strasbourg, Metz et Besançon, qui sont tellement importantes que je désire qu'ils y restent. Les sous-* préfets qui ont leur domicile dans des places fortes dont la population est de plus de 8,000 âmes, peuvent y rester.
(1) AFiv 908. — Raron Du Casse, Supplément à la Correspotidance,
(2) Recueil de pièces sur le captif de Sainte-Hélène, t. V, p. 443.
Laon. 12 juin 1815.
11 doit exister des reconnaissances de la Marne, depuis sa source jusqu^à son embouchure. Je désire que le comité de défense en fasse la recherche, et me présente un rapport à cet égard. Ce rapport devra faire connaître tous les ponts, ceux susceptibles de défense, ceux qui devront être détruits à Tapproche de Tennemî, les différents points qui sont retranchés sur cette rivière, les gués qui existent, etc.
Le général Decoux joindra à la reconnaissance que je lui demande la situation de Tarmement et approvisionnement des différents ponts et têtes de pont; il s'entendra avec le général Évain.
Laon est beaucoup plus susceptible de faire une bonne place que Soissons. Avec 150,000 francs, on ferait à Laon ce qu'on ne ferait pas avec 1 million à Soissons ; mais l'avantage de Soissons est de se trouver sur l'Aisne. Le génie a demandé 40 pièces pour armer Laon; il faut activer Tarrivée de ces pièces.
PhilippeTille, 19 juin 1815.
... Tout n'est point perdu. Je suppose qu'il me restera, en réunissant mes forces, 150,000 hommes. Les fédérés et les gardes nationaux qui ont du cœur me fourniront 100,000 hommes; les bataillons de dépôt, 50,000. J'aurai donc 300,000 soldats à opposer de suite à l'ennemi. J'attellerai l'artillerie avec des chevajux de luxe; je lèverai 100,000 conscrits; je les armerai avec les fusils des royalistes et des mauvaises gardes nationales ; je ferai lever en masse le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Lorraine, la Champagne; j'accablerai l'ennemi ; mais il faut qu'on m'aide et qu'on ne
(i) Mauouit, Les derniers jours de la Grande Armée, t. I, p. 438. II faut rapprocher de cette lettre celle donnée dans la Correspondance, sous le n» 22048.
(â) Fragment publié dans les OEuvres de Napoléon Bonaparte, Paris, Panckoucke, 1822, t. VI, p. 330
m'étourdisse point. Je vais à Laon : j'y trouverai sans doute du monde. Je n'ai point entendu parler de Grouchy ; s'il n'est point pris, comme je le crains, je puis avoir dans trois jours 50,000 hommes. Avec cela j'occuperai l'ennemi, et je donnerai le temps à Paris et à la France de faire leur devoir. Les Autrichiens marchent lentement ; les Prussiens craignent les paysans et n'osent pas trop s'avancer ; tout peut se réparer encore. Écrivez-moi l'effet que cette horrible échauffourée aura produit dans la Chambre. Je crois que les députés se pénétreront que leur devoir, dans cette grande circonstance, est de se réunir à moi pour sauver la France. Préparez-les à me seconder dignement; surtout du courage et de la fermeté.