‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 31 sur 263 · A M. DE CHAMPAGNY, DOC DE CADORE · texte numérisé non relu

A M. DE CHAMPAGNY, DOC DE CADORE

MINISTRE DES RELATIONS EXTArIEURES (1).

Lille. 23 m«i 1810.

Vous voudrez bien, au reçu de cette lettre, faire venir l'ambassadeur de Hollande et lui faire connaître qu'il doit quitter Paris sans délai et retourner à Amsterdam. S'il exige une note, vous lui en remettrez une conçue à peu près en ces termes :

tt M. l'amiral Verhuell est prévenu que, l'intention de S. M. l'Emu pereur et Roi étant qu'il n'y ait plus d'ambassadeur de Hollande tt en France, mais de n'y recevoir qu'un simple chargé d'affaires, u il ait à quitter Paris. Les outrages faits à son ambassadeur par le u peuple d'Amsterdam obligent l'Empereur à cette mesure. Le roi a apprendra que l'Empereur est résolu à tirer une vengeance éclau tante de ces outrages. Si Ton n'eut pas renvoyé l'ancien bourgtt mcstre, qui était un homme sage, et si le gouvernement de Holu lande n'avait pas pour principe de maltraiter tout ce qui tient à u la France, cela n'arriverait pas. Cette conduite est le résultat de tt la mauvaise direction que l'on donne à l'esprit des habitants. Le u soussigné est chargé d'ajouter que Sa Majesté regrette que cette

(1) AFiv 884. — Publiée par M. Rocquain. Napoléon et le roi ÎAiuis.

« expression de son mécontentement tombe snr M. Famiral Verhuell, c dont elle n*a point à se plaindre et dont elle apprécie le bon esprit, « les qualités et rattachement à sa patrie et à lui. »

Vous écrirez au comte de la Rochefoucauld de revenir sur-lechamp à Paris ; je ne veux plus tenir d*ambassadeur en Hollande. Envoyez des lettres de créance au sieur Serurier, pour Taccréditer comme chargé d^afTaires. Vous lui ferez connaître que j'ai approuvé la note qu'il a remise ; que je prendrai des mesures pour mettre à la raison les malveillants d'Amsterdam ; que je demande que Fancien bourgmestre soit remis en place, et que tous ceux qui ont composé le rassemblement qui a insulté les gens de l'ambassadeur soient remis en mon pouvoir.

Vous direz dans la conversation à l'amiral Verhuell, en quittant le ton officiel, que le roi de Hollande se comporte plus mal qu'auparavant, et qu'il parait possédé par une espèce de folie; que sa conduite ne peut s'expliquer autrement.

MAJOR GÉNÉRAL DE l' ARMÉE d'bSPAGXB (1).

Lille. 23 mai 1810.

Écrivez au maréchal Oudinot que je suis fort mécontent de la conduite des habitants d'Amsterdam, et que je me verrai forcé, d'ici à très peu de temps, à faire entrer de nouvelles troupes en Hollande. Recommandez à ce maréchal d'avoir les yeux sur tout ce qui se passe à Amsterdam et dans tout le pays. Mon intention est qu'il n'ait aucun rapport avec le roi et qu'il ne souffre pas qu'aucun officier de son armée en ait.

MAJOR GÉNÉRAL DE l'aRMÉE d'eSPAGNB (2).

Dieppe. 27 mai 1810.

Écrivez au duc de Dalmatie que Lérida et Hostalrich sont pris

(1) AFnr 884.

ÇQ Ibid.

que Mequinenza Test sans doute à Thenre qu'il est ; que j'ai donné ordre au général Suchet de marcher sur Tortose, et au maréchal Macdonald de prendre Tarragone; que, ces deux places prises, le général Suchet pourra, avec un corps de 30,000 hommes et Tattirait de siège nécessaire, marcher sur Valence et soumettre cette ville; que l'opération du général Sébastiani était déjà prématurée et n'a pu que nous faire perdre du monde ; que le siège de Ciudad- Rodrigo pourra donner lieu à une bataille; qu'en conséquence le général Reynier avec le 2* corps doit se porter sur Alcantara, sous les ordres du prince d'Essling, pour manœuvrer sur la rive droite du Tage; que les 1*', 4* et 5* corps et la division DessoUes sont plus que suffisants pour le Midi ; que le 5* corps doit manœuvrer contre les Portugais du côté de Badajoz ; que l'Empereur ne comprend pas ce que veut dire cet armement de toutes les villes d'Espagne, et comment l'expérience n'éclaire pas sur le danger de mettre dans les mains de ces peuples des armes dont ils ont toujours fait un si mauvais usage ; que c'est une pratique insensée ; qu'il est également inconcevable qu'on ne lève point de contributions dans les pays qu'occupe l'armée, pour la nourrir et la payer.

MINISTRE DB LA POLICE GÉNiRALB (1).

Rouen, 31 mai 1810.

Après la mauvaise conduite que tient Hyde en Amérique, il est convenable de s'assurer de son frère et de le faire mettre dans une autre prison équivalente au Château d'If.

Saint-Clond. 6 join 1810.

L'affaire d'Onvrard devient grave. Il faut le couler à fond. Faites-le conduire à Vincennes. Vous en ferez venir le gouverneur;

(1) APiv 884.

(S) Ibid.

vous Y mettrez quelques gendarmes de confiance ; enfin vous prendrez toutes les mesures pour qu'il ne puisse communiquer avec qui que ce soit. Apportez-moi demain matin les interrogatoires de Desmarest et d'Hauterive. Vous ne laisserez plus Ouvrard communiquer avec ce dernier, dont la mission est terminée.

Comme il me parait que les gens du ministère de la police n*ont pas riudépendance nécessaire pour pousser cette affaire, je ferai faire les interrogatoires par mon secrétaire du cabinet Mounier, afin d^en imposer davantage et de savoir sûrement et clairement tout ce qui s'est passé.

L'essentiel est qu'il soit mis au secret à Vincennes, et que désormais il ne puisse voir personne. Jamais il n'y a eu criminel d'État d'un genre plus grave.

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