‹ Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815) (volume 2)Chapitre 44 sur 263 · AU COMTE DE MONTALIVET · texte numérisé non relu

AU COMTE DE MONTALIVET

MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR (2).

Rambouillet, 16 juillet 1810.

J'ai arrêté le système de commerce avec les Américains, et je suppose que vous me présenterez au conseil de demain les trente permis pour les cotons. S'il y avait difficulté pour l'association exigée avec des fabriques , vous pouvez en dispenser ; vous pouvez vous contenter delà promesse, promesse qui vaudra ce qu'elle pourra ; mais je ne vois pas d'inconvénient à passer outre. Quand ces trente permis seront épuisés, on en donnera trente autres, de manière à avoir soixante ou quatre-vingts licences pour le commerce avec l'Amé-

(1) Publiée par M. F. RoGQUAor, Napoléon et le roi Louis.

(2) AFiv 884.

riqne. Par ce moyen, mes manufactures seront abondamment pourvues de coton.

Le commerce des blés en France est défenda, par mesure de sûreté pnblique. Aussitôt que je serai rassuré sur la récolte, je «rouvrirai mes ports, et je permettrai Texportation sur toute la frontière.

Je suppose qu'aujourd^hui, dans les lieux où la sortie des blés est permise, aucun bâtiment ne peut sortir sans licence, et que, par mon décret, on ne les laisse plus sortir en aventurier. Si je me trompais, revoyez la législation, afin de le défendre positivement, de manière qu*aucun bâtiment ne sorte plus, pour le grand commerce, qu^avec des licences.

Je suppose que demain vous me présenterez à signer des licences pour Bordeaux, la Rochelle, et pour les ports où l'exportation est permise, afin que le commerce n'éprouve pas de retard. Je suppose que vous me présenterez des licences pour les ports de la Méditerranée, afin de permettre le commerce avec les États du Levant et d'Afrique.

Ayant ainsi pourvu aux besoins les plus indispensables de l'exportation de l'Empire, il est convenable de pourvoir à l'exportation des pays alliés. Présentez-moi un projet de décret, dans lequel vous discuterez les raisons pour et contre, pour donner des licences à Hambourg et à Brème. Par ces licences, les bâtiments actuels du pays, et non autres, seront expédiés chargés de blé; vous me ferez connaître s'il y a dans ces ports beaucoup de blés. Ils seront expédiés pour le port de Dunkerque sur acquit-à-caution. Le bâtiment, bien numéroté et en règle, comme ceux qui font le commerce d'Amérique, ayant une phrase en chiffre sur sa licence (le consul d'ailleurs en écrivant à Paris), pourra aller en Angleterre, y débarquer et y décharger son blé. Mais, V son chargement en retour sera en bois et objets nécessaires à ma marine, qu'il sera obligé de venir décharger à Dunkerque; 2" il devra à Dunkerque se recharger de vins, de soieries et autres marchandises des manufactures françaises pour les rapporter à Hambourg ; 3* il devra payer sa licence par tonneau, et je désire y mettre un prix très considérable, qui équivaille bien au delà au double droit imposé en France à l'exportation du blé, de sorte que cela me fasse un objet considérable.

Je gagnerai donc à cette manière de faire trois choses : P un bon octroi de navigation ; 2^ l'exportation des marchandises françaises ; 3* des bois, du goudron et autres objets dont peut avoir besoin ma marine.

54 LETTRES INEDITES DE NAPOLÉOIV I* — 1810.

Je suivrai la même chose ponr Dantzick, ce qai fera le bonheur de la Pologne, qui est encombrée.

Hambourg et Brème sont les débouchés de TElbe et du Weser, comme Dantzick Test de la Vistule. Je puis donc mettre un impôt considérable sur ces ports, approvisionner ma marine de bois du- Nord, et arriver à un résultat très avantageux.

A dater du jour où je prendrai ce décret, ni à Hambourg, ni à Brème , ni à Lûbeck , il ne sera plus expédié de bâtiments , sinon pourvus d'une licence.

Ce décret, dont vous m'apporterez le projet, portera : V que les bâtiments pourront venir débarquer à Dunkerque et à Nantes; 2"* qu'ils devront avoir une partie de leur chargement en bois; 3' qu'en France ils remporteront une certaine quantité de vins et autres marchandises du produit et des manufactures françaises; 4'' qu'il y aura des douaniers français à Hambourg, Brème et Lûbeck, qui expédieront sur licences et sur acquits -à-caution les bâtiments, les numéroteront, instruiront de l'expédition le directeur général des douanes, et enfin prendront les autres précautions usitées pour l'Amérique.

Quant à l'Italie, je donnerai à Venise et à Ancône des licences pour exporter le blé. Ce blé pourra se détourner de sa navigation pour aller à Malte et même en Angleterre. Indépendamment du blé, je permettrai l'expédition des fromages et autres produits du cru d'Italie. Mes consuls prendront les mêmes précautions pour ces bâtiments que pour les autres. Ceux qui iront en Angleterre devront revenir débarquer à Nantes; ceux qui iront à Malte feront leur retour sur Gènes, Toulon ou Marseille. Il sera permis d'exporter, soit directement, soit à Venise et à Ancône, des draps, des soieries et autres objets des manufactures et du cru de France et d'Italie. Enfin, j'autoriserai par des licences les bâtiments napolitains à exporter de l'huile et des cotons ; il y aurait des certificats d'origine pour les cotons, et ils seraient obligés d'emporter de mes ports des marchandises françaises.

Vous voyez que ce vaste système tendra à alimenter mes ports, à faire de ce commerce un commerce d'exception, et à me faire un revenu considérable, système avantageux sous tous les points de vue. C'est répondre à la contribution maritime anglaise par une contribution continentale; c'est rendre injustice pour injustice, arbitraire pour arbitraire. Je ne me soumets pas alors à une chose insensée.

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