CHANCELIER DU SÉNAT
FonUinebleaa, 27 septembre 1810.
Je VOUS écris cette lettre pour vous faire connaître que le nom du (l)AFiv»49.
sieur Lacien Bonaparte ne doit plus être porté sur la liste des sénateurs. Absent depuis cinq ans du territoire de TEmpire, et, lorsque Rome en est devenue partie, ayant quitté ce pays pour passer les mers et se retirer en Amérique, il a renoncé aux devoirs et an titre de sénateur. En notre qualité de président du Sénat, nous devons le considérer comme démissionnaire.
Lorsque le vœu du peuple français nous a élevé sur le trône impérial, nous avions droit à la coopération de toutes les personnes qui, comme lui, avaient à remplir des devoirs si particuliers envers nous. Mais il s*était abandonné à une honteuse passion pour une femme dont les mœurs avaient mis une insurmontable barrière entre elle et tout ce qui est honnête, et nous jugeâmes qu*il ne pouvait être compris dans la ligne de Thérédité. Tandis que nous élevions nos frères au rang qui convenait à leur naissance et aux intérêts de notre couronne, il resta dans Tétat de simple particulier. Depuis, lorsque nous eûmes à surmonter de grands périls et à lutter contre TEurope entière conjurée, son devoir devait le ramener à nos côtés, et nous avions le droit de réclamer les talents qu'il avait reçus du ciel. Il a été constamment sourd à notre voix. Il vient enfin de chercher un refuge hors de TEmpire, sous la protection de puissances qu'il savait peu affectionnées à notre trône, et de rendre plus irrévocable sa renonciation à tous ses devoirs envers nous, envers le Sénat, envers la patrie. Il a demandé à notre ministre de la police des passeports pour lui et pour le coupable objet de sa passion, et il s'est éloigné de l'Empire, qu'il ne pouvait quitter sans une autorisation spéciale. Les intérêts et la tranquillité de l'État exigent que non-seulement il ne fasse partie d'aucun corps politique en France, mais que ni lui ni ses enfants ne reviennent jamais dans notre empire.
Nous vous avons écrit cette lettre en si grand détail, parce que notre intention est qu'elle soit transcrite, à la date de ce jour, sur les registres du Sénat, et l'acte de transcription sera signé an registre par vous et par les autres officiers du Sénat. Notre intention est aussi que cette lettre soit secrète et ne reçoive de la publicité qu'en temps convenable et opportun, et lorsque cela sera utile à l'intérêt de nos peuples et de la postérité.
n LETTRES INÉDITES DE NAPOLÉON I-. -^ 1810.
MINISTBB DE LA GUBRRB (1).
FonUinableto, 27 leptembre 1810.
Donnez ordre qa*on mette aax arrêts pour un mois Tofficier da 28* de dragons qui a reçu ordre de fournir 100 hommes au régiment de marche de dragons de Tarmée de Catalogne, et qui a présidé à la composition de ce détachement. Ce polisson (car je ne puis me servir d'un autre terme) a envoyé un détachement en si mauvais état, que le prince Borghëse a jugé avec raison devoir le renvoyer. On Ta composé d'hommes qui étaient aux hôpitaux et proposés pour la réforme. On a retiré les bons chevaux pour ne donner que des mauvais, notamment un cheval de caisson boiteux, deux chevaux de trompette boiteux et d'autres aveugles. On a ôté aux hommes leurs habits, leurs culottes, leurs bottes, pour leur donner des habits, des bottes et des culottes de rebut. On leur a donné des pistolets sans chien ou sans bassinet. Les manteaux, portemanteaux, housses, selles, tout a été changé. Donnez ordre que ce détachement soit recomposé d'hommes bien montés, bien équipés, en bon état et capables de jouer un rôle. Faites-moi connaître l'oflicier qui s'est permis une pareille plaisanterie.
FonUinebleao, 27 teptembre 1810.
Le ministre de l'intérieur vous a fait connaître que je désirais que les journaux ne parlassent pas d'Austerlitz dans leurs articles sur le fronton du Corps législatif, c'est-à-dire, de ce qui pourrait humilier la Russie. A cela près, ils peuvent faire les remarques qu'ils voudront, pourvu qu'ils ménagent l'amour-propre des puissances amies.
(1) AFiv 885. — Mémoires du prince Eugène, t. IV, p. 399.
(3) Ibid. — L. Di Brotonni, dans k Nouvelle Revue, t. LXXXVI (1894).